La vérité sur la comtesse Berdaiev (Jean-Marie Rouart)

la vérite sur la comtesse Berdaiev de Jean-Marie Rouart aux éditions folio

« La vérité sur la comtesse Berdaiev » est le dernier roman de Jean-Marie Rouart (de l’Académie française), paru chez Folio. D’entrée de jeu, le titre interpelle le lecteur, comme la ‘une’ d’un journal: on s’attend à des révélations ! Pourtant l’auteur prend son temps, et ne renonce ni au style, ni aux digressions, pour distiller progressivement cette belle histoire poignante, à la fois très romantique et hautement politique.

L’histoire

Issue de l’émigration russe qui a suivi la révolution de 1917, la comtesse Berdaiev est une femme magnifique et fascinante: elle a vécu une passion torride à Ibiza avec Eric, un journaliste politique, puis est devenue la maîtresse ‘officielle’ de Marchandeau, président de la chambre des Députés. Malgré elle, elle se trouve entraînée dans une affaire de mœurs qui vise en réalité à déstabiliser Marchandeau, dont les ambitions politiques ne sont pas du goût de tous.

Mon avis sur « La vérité sur la comtesse Berdaiev »

« La vérité sur la comtesse Berdaiev » est un roman très agréable à lire, non seulement grâce à son style, impeccable et limpide, très évocateur, parfois poétique, ou teinté d’humour, mais aussi parce qu’il fait revivre le Paris ‘aisé’ de la fin des années 50. On y côtoie la communauté des russes blancs émigrés, on suit les affaires qui agitent le milieu politico-juridique, en lien avec la presse, on pénètre dans les secrets d’alcôves où s’exhale une sensualité raffinée. Je n’ai pu m’empêcher d’y voir aussi un panorama de la condition des femmes à cette époque, les beaux atours et les bijoux de la comtesse, signes extérieurs d’une liberté et d’une frivolité factices, cachant en fait une détresse réelle, fruit d’un passé douloureux et d’une dépendance financière à Marchandeau qui l’entretient. Les autres personnages féminins, quel que soit leur milieu social, ne sont finalement pas mieux lotis. Quant aux hommes, à l’exception d’Anton, dont la figure presque christique illumine quelques passages du livre, ils sont pour la plupart uniquement occupés à surnager dans les méandres d’une société encore meurtrie par les horreurs de la Guerre et à l’avenir incertain. « La vérité sur la comtesse Berdaiev » raconte la fin d’un monde – peut-être faut-il y voir aussi une métaphore de notre société actuelle, en proie à de profondes mutations.

Poursuivre la déambulation

Nombreux sont les russes qui ont choisi d’émigrer en France après la révolution de 1917. Dans son film ‘Foolish wives’ (Folies de femmes), sorti en 1922, Erich von Stroheim met en scène un trio de ‘pseudo-russes’, un soit-disant comte et deux fausses princesses, qui sévissent à Monte-Carlo, arnaquant les riches estivants. Là encore, l’opulence et la gaîté sont factices, et les proies plutôt faciles à capter, à force de boniments.

Extraits de « La vérité sur la comtesse Berdaiev »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« A nouveau seul, le président Marchandeau s’abandonna à la méditation. Il sentait une angoisse ancienne remonter à la surface de sa conscience. En politique, à un certain niveau de responsabilité, on ne sait jamais de quoi on est menacé. Le danger est partout. On ne peut faire confiance à personne. »

« Aussi cette considération, en avait-il un besoin vital comme une plante l’eau et le soleil. Il en était affamé. Et avec le temps ce penchant ne s’arrangeait pas. Plus il prenait de l’âge et plus la crainte de ne pas voir ses mérites reconnus à leur juste valeur le désolait. Cette promotion de procureur général lui apparaissait donc comme la juste rétribution de sa carrière, correspondant à l’exact point de rencontre raisonnable entre l’estime qu’il se portait et celle qu’il était en droit d’attendre. »

« Calfeutré dans sa bibliothèque à l’abri du froid, devant un feu de bois, il écoutait un concerto de Bach joué au piano par Glenn Gould. Il lui semblait que ce n’était pas sur les touches du piano que les belles mains de l’interprète se promenaient mais sur son propre cœur. Comment exprimer cela avec des mots? Combien de pages faudrait-il pour rendre la mélancolie poignante de ce concerto? »

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