La clé USB ( Jean-Philippe Toussaint)

la clé USB de Jean-Philippe Toussaint aux éditions de minuit

« La clé USB » est le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint, publié aux éditions de minuit. Les aventures du narrateur, Jean Detrez, peuvent paraître totalement loufoques, et pourtant elles reposent sur des faits bien réels : cette clé USB d’apparence anodine va vous entraîner avec lui dans l’enfer des usines de minage de bitcoins en Chine – bonne visite.

L’histoire

Jean Detrez, le narrateur, travaille à la Commission Européenne sur des missions de ‘prospective’, en lien avec les nouvelles technologies. Il est subitement contacté par deux lobbyistes, John Stavropoulos et Dragan Kucka, à propos d’une importante commande de la Bulgarie à une société chinoise. Fonctionnaire incorruptible, Detrez se laisse pourtant entraîner dans cette affaire, et, sans en informer qui que ce soit, se retrouve comme malgré lui, en train de visiter une usine à Dalian, en Chine.

Mon avis sur « La clé USB »

« La clé USB » se présente comme un roman d’espionnage, avec ce qu’il faut de mystère et de zones d’ombres pour titiller la curiosité du lecteur, et l’inciter à poursuivre. Mais au travers de cette trame enlevée apparaissent les réflexions et questionnements soumis par l’auteur au travers de la ‘confession’ du narrateur. On notera tout d’abord la vacuité d’une existence professionnelle vouée à la ‘prospective’, au sein d’une ‘communauté relativement homogène’ : le héros est coupé du monde, et il vit avec une sorte d’exaltation mêlée d’inquiétude son incursion clandestine dans le ‘réel’, avec ce voyage impromptu en Chine. Qu’est-ce que le réel d’ailleurs, à une époque où les usines sont là pour produire des clics…la dernière partie du livre, qui interrompt brutalement l’intrigue principale, nous ramène à l’essentiel, trop souvent sacrifié sur l’autel des fausses obligations professionnelles et autres injonctions sociales. Jean-Philippe Toussaint introduit également une réflexion sur la mémoire et la dépendance aux objets technologiques, puisque la perte (réelle ou feinte?) d’une clé USB et le vol d’un ordinateur sont les vecteurs principaux de l’arc narratif.

Poursuivre la déambulation

Le malheureux Jean Detrez est un type à la vie un peu monotone, qui perd ses repères et se retrouve perdu, ballotté dans un espace/temps radicalement nouveau – tout comme Bill Murray, lorsqu’il se retrouve au Japon dans ‘Lost in translation’, le film de Sofia Coppola. Avec « La clé USB », je poursuis mon exploration de la manière dont les romanciers s’emparent aujourd’hui des nouvelles technologies, pour en faire le terreau de leurs fictions : c’est le cas par exemple de Jake Adelstein dans ‘J’ai vendu mon âme en bitcoins’
Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur les bitcoins, vous pouvez visiter une (véritable) usine de ‘minage’ située précisément à Dalian, en Chine, dont le fonctionnement vous est expliqué par son directeur général (en chinois sous-titré anglais), dans cette vidéo : ‘Inside a secret Chinese bitcoin mine’.

Extraits de « La clé USB »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Dans les jours qui suivirent ne se dissipa pas le sentiment que j’avais eu d’être surveillé. Je n’avais pas de soupçons précis, mais je sentais une menace diffuse. J’avais parfois l’impression d’être épié quand je sortais de mon bureau. Lorsque, le soir, je rentrais chez moi, je m’empressais d’allumer la lumière, et je ne pouvais m’empêcher de vérifier que personne n’était entré dans mon studio en mon absence. »

« Dans la voiture, tandis que Gu me reconduisait à l’hôtel, je songeais que le réel était toujours supérieur à toutes les représentations qu’on pouvait s’en faire. Je me rendais compte qu’il y avait finalement une grande différence, pour évaluer le monde, entre être dans son bureau à Bruxelles à réfléchir à une réalité abstraite dont on pouvait en principe tout connaître (nous avions, en effet, à notre disposition, à la Commission, des milliers de rapports et de statistiques sur la situation actuelle de la Chine), et aller voir de temps à autre le monde réel, tel qu’il était, sur le terrain. »

« Et si jusqu’à présent j’avais pu me contenir, je passai soudain ma rage contre ces saloperies de cintres antivols, dont la partie haute, le crochet, est solidaire de la tringle, et la partie basse est surmontée d’un simple clou, comme un moignon qu’on ne peut accrocher nulle part. »

2 réflexions sur “La clé USB ( Jean-Philippe Toussaint)

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