Martin Eden (Jack London)

livre martin eden de jack London aux editions folio classique traduction phlippe jaworski

« Martin Eden » de Jack London a été publié en 1909, un peu plus de 6 ans avant le décès de l’auteur. Le caractère ‘autobiographique’ de cette œuvre a été amplement commenté, tant les similitudes entre le destin de l’écrivain et celui de son personnage sont nombreuses. Quoiqu’il en soit, laissons-nous emporter par cette immense vague romanesque, sur les pas de ce personnage hors-norme, lumineux et déterminé.

L’histoire

Au moment où, un peu par hasard, il pénètre chez les Morse, Martin Eden ne se doute pas que sa vie va irrémédiablement basculer. Fou amoureux de la jeune fille de la maison, Ruth, il n’a de cesse de s’éduquer pour tenter de devenir digne d’elle, et a pour ambition de devenir écrivain. Alors qu’elle l’exhorte à prendre un emploi pour s’assurer des revenus stables, le jeune homme travaille avec exaltation, ne s’accordant que quelques heures de sommeil, et vivant dans la misère, le ventre vide.

Mon avis sur « Martin Eden »

« Martin Eden » est un immense chef d’œuvre de la littérature. J’ai été bouleversée par le personnage de Martin, dont le parcours singulier et l’évolution psychologique se révèlent au fur et à mesure sous la plume virtuose, à la fois poétique et précise, de l’auteur. Obstinément, il essaie, échoue, ré-essaie, et essuie les refus les uns après les autres – la pile de manuscrits refusés et renvoyés par les éditeurs ne cessant de croître. Même s’il a cessé d’arpenter les océans, Martin est néanmoins bel et bien un héros ‘mythique’, qui, ayant traversé mille épreuves, oublie son amertume et gomme sa rancune pour partager avec générosité les fruits de son travail. Certes, « Martin Eden » est d’abord le récit d’une ambition littéraire, mais c’est aussi un formidable roman d’amour : le sentiment d’adoration que porte Martin Eden à Ruth, qu’il idéalise totalement, emporte le lecteur dans de vastes tourbillons romantiques, avant que ne survienne une ‘mise au point’ un peu moins flatteuse pour la jeune fille, bridée dans ses élans par sa famille et son milieu social.
En effet, « Martin Eden » dresse également un tableau sans concession de la réalité sociale de l’Amérique, à l’aube du XXème siècle; Jack London ne se prive pas d’une critique acerbe contre la bourgeoisie, engoncée dans un conformisme absolu ; le petit monde de l’édition et du journalisme en prend aussi pour son grade, avec son comportement grégaire, voire même parfois malhonnête. Fervent défenseur de l’individualisme, Martin Eden, pourtant sensible au sort des classes défavorisées, se heurte aux socialistes. Et c’est là peut-être une des clés du personnage : irrémédiablement solitaire, il est le témoin de son temps, mais absorbé par ses ambitions, tourmenté par ses contradictions, déchiré entre ses origines modestes et son nouveau statut d’intellectuel, il ne pourra jamais plus trouver sa place au sein d’une société corsetée par un système établi de classes sociales bien distinctes.
Traduction et édition par Philippe Jaworski

Poursuivre la déambulation

« Martin Eden » vient d’être adapté au cinéma par Pietro Marcello, avec Luca Marinelli dans le rôle principal – il a d’ailleurs remporté le prix du meilleur acteur à la Mostra de Venise, au nez et à la barbe de Joachim Phoenix. J’ai donc vu le film, alors que j’étais par ailleurs en train de lire le livre – grave erreur, car un fossé abyssal les sépare, et le film ne parvient à aucun moment à distiller cette magie, cette poésie, cette émotion qui émanent du texte de Jack London.

Extraits de « Martin Eden »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Il s’interrompit maladroitement. Il était confus, horriblement honteux de son incapacité à s’exprimer. Ce qu’il avait éprouvé dans sa lecture, la grandeur et l’intensité de la vie, son discours ne parvenait pas à le dire. Il était incapable de mettre des mots sur ce qu’il ressentait, et se comparait, en son for intérieur, à un marin à bord d’un navire inconnu, par une nuit noire, tâtonnant parmi des manœuvres courantes qu’il ne connaît pas. »

« Les nombreux livres qu’il lisait ne faisaient qu’accroître sa fébrilité. Chaque page lue lui ouvrait un judas sur le monde du savoir. Sa faim se nourrissait de ses lectures, sans jamais s’apaiser. En outre, il ne savait pas par où commencer et souffrait continuellement de son manque de préparation. Les références les plus banales que tout lecteur- il le voyait bien – était censé connaître, lui échappaient. Il en allait de même avec la poésie, qui le rendait ivre de bonheur. »

« Il était toujours sous l’emprise du passé. Il promena son regard autour de la chambre, intrigué, inquiet, se demandant où il était. Alors, il aperçut la pile de manuscrits dans un coin. Les roues de la mémoire lui firent remonter quatre années de sa vie, et il fut de nouveau dans le présent, retrouvait les livres qu’il avait ouverts et l’univers qu’il avait conquis grâce à eux, retrouvait ses rêves et ses ambitions, et son amour pour une jeune fille pâle comme un fantôme, une créature sensible, séraphique, protégée de tout, qui serait morte d’épouvante si elle avait entr’aperçu ne fût-ce qu’un instant de ce qu’il venait de revivre – cette vie passée à patauger dans la bauge. »

2 réflexions sur “Martin Eden (Jack London)

  1. Deuxième billet que je lis sur Martin Eden de Jack London aujourd’hui, pour moi un chef d’oeuvre absolu et la sortie du film va le mettre en actualité bien que je pense (comme toujours) que l’adaptation cinématographique est toujours loin derrière le livre ….. 🙂

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