Virginia (Emmanuelle Favier)

virginia d'emmanuelle favier aux editions albin michel

« Virginia » est le second roman d’Emmanuelle Favier, publié chez Albin Michel, après ‘Le courage qu’il faut aux rivières’ sorti en 2017…Emmanuelle Favier se lance dans un projet ambitieux, retracer les premières années de la vie de Virginia Woolf; cette biographie romancée est une réussite, et un très bel hommage littéraire, empli de poésie, de délicatesse, de sensibilité, pour l’auteure britannique disparue tragiquement.

L’histoire

Virginia Stephen, dite Ginia ou Miss jan, naît à Londres en 1882, dans une famille ‘recomposée’ : veufs avec enfants, ses parents, Sir Leslie Stephen et Julia, se sont remariés et ont donné naissance à une nouvelle couvée, Vanessa, Thoby, Adrian et…Virginia. Contrairement à ses frères, Ginia n’ira pas à l’université. Pour se construire, celle qui deviendra Virginia Woolf se laisse guider par son instinct, au cours de marches solitaires en contact étroit avec la nature environnante, ou d’incursions dans la bibliothèque familiale.

Mon avis sur « Virginia »

Alors que je m’attendais à une biographie romancée complète de Virginia Woolf, je n’ai compris qu’en cours de lecture que le récit en fait s’arrête au moment de la mort de son père, en 1904, c’est-à-dire quand ‘tout commence’ – ses crises dépressives et sa carrière d’écrivain. Le livre d’Emmanuelle Favier est donc le récit des prémices, de la petite enfance et de l’adolescence, l’auteure explorant avec minutie les indices (principalement des photographies) permettant de comprendre les premières années de Ginia. Par ailleurs l’ouvrage est extrêmement codifié : un chapitre par année, entre 1875 et 1904, avec l’intervention en transparence de la ‘biographe’ qui convoque le lecteur avec ce ‘nous’ récurrent, et toujours en fin de chapitre, une évocation des naissances, décès d’hommes ou femmes illustres, et principaux événements (finement sélectionnés) ayant marqué l’année. Emmanuelle Favier multiplie ainsi les contraintes, et pourtant, elle excelle dans cette évocation d’un être en construction, de la succession des saisons, des métamorphoses de la nature. Année après année, s’ouvrent les perspectives et la conscience. Mais tout bascule en 1895, lorsque meurt la mère de Ginia. Le récit devient alors totalement bouleversant, et la seconde partie du livre gagne encore en intensité, avec la folie qui rôde, l’eau et les cailloux, les obsessions, les deuils, l’incompréhension de devoir se conformer à un destin tout tracé de femme, à l’époque victorienne. Et puis très vite survient un ultime déchirement, car le livre se termine, et j’aurais tant voulu lire la suite, sous la plume ciselée d’Emmanuelle Favier…
Accédez au site de l’éditeur : Virginia, Albin Michel
Découvrez une autre chronique à propos de ce livre, sur le blog : Charlotte Parlotte

Poursuivre la déambulation

Certains ont pu reprocher à Emmanuelle Favier un style trop sophistiqué ; quoi qu’il en soit, cette langue riche et évocatrice est digne de celle qui l’a inspirée: je vous invite à lire « Orlando » de Virginia Woolf, dont il était question (pure coïncidence!) dans mon précédent article, pour en savourer chaque phrase…
J’avais lu et chroniqué ‘Le courage qu’il faut aux rivières’ d’Emmanuelle Favier, un très beau roman intense et mystérieux, mais je dois dire que j’ai été vraiment impressionnée par l’évolution du style de l’auteure, qui atteint dans ‘Virginia’ une maîtrise et une maturité rares parmi les auteurs français contemporains.

Extraits de « Virginia »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« On ne naît pas impunément fille de l’angoisse. Une nuit, miss Jan s’éveille d’un cauchemar. Le ressac par la fenêtre, d’abord doucement lissant le sable, s’est fait plus insistant et plus proche, il a envahi tout l’espace sonore et a dévoré l’enfant d’une vague épaisse, puis d’un coup l’a propulsée hors du sommeil. »

« A l’ombre de la grande bibliothèque vitrée, des vues de Venise et des portraits par Watts au mur, elle lit. Installée sur le canapé de peluche verte ou, quand les éminents Parents tiennent la préséance sur le divan, sur une chaise dans leur dos, en écoutant le craquement des boiseries gorgées d’embruns et le tic-tac du temps, elle lit. »

« La lumière du soleil, fondement de toute vie et de toute intelligence, défait le chaos pour un instant, autorise l’espoir, justifie l’errance. Et dans ces clignotements, les survivants survivent, portant ce qu’il y a à porter quand on est de ceux qui restent. »

2 réflexions sur “Virginia (Emmanuelle Favier)

  1. Encore une auteure de qualité que j’avais aimé avec Le courage qu’il faut aux rivières et qui se penche sur l’enfance d’une femme écrivaine qui me fascine et que j’aime beaucoup. Ecrire sur son enfance me semble intéressant car tant de choses se jouent à ce moment là et en particulier pour Virginia Woolf…. 🙂

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