Orlando (Virginia Woolf)

Orlando de virginia Woolf , livre de poche

« Orlando » de Virginia Woolf raconte l’incroyable épopée d’un jeune homme, né au XVIème siècle en Angleterre, éternellement trentenaire, mais devenu -par on ne sait quel sortilège- femme en cours de route, et, dont on suit les aventures, traversant les époques gaillardement, jusqu’en 1928…date de parution du roman.

L’histoire

Le destin d’Orlando était d’avoir mille vies en une : grand séducteur, il tombe fou amoureux de Sacha, qui le quitte. Après un sommeil d’une semaine, il part pour la Turquie, où il est comblé d’honneurs. Mais l’histoire se répète : après une nouvelle semaine à dormir, il se réveille transformé en femme. Il fuit et séjourne chez des tziganes, puis rejoint son Angleterre natale. Féru de poésie, Orlando apprécie la compagnie des écrivains. Il, devenu elle, finit par se marier avec un aventurier nommé Marmaduke Bonthrop Shelmerdine…

Mon avis sur « Orlando »

« Orlando » est un conte fantastique tout à fait singulier: à chaque page, le lecteur est frappé par l’inventivité sans limite de Virginia Woolf, son style foisonnant, son humour pétillant, souvent caustique, puisqu’en se dévoilant en tant que ‘biographe’, elle n’hésite pas à porter sur son personnage un regard sans concession !
« Orlando » a souvent été résumé, à tort, en une histoire de changement de sexe. Mais la confusion des genres est en fait beaucoup plus subtile, et amène toute une réflexion critique sur la place de la femme dans la société, en écho au mouvement féministe déjà bien établi en Grande-Bretagne, au moment où l’auteure écrivit ce roman (1928). La correspondance entre Virginia et son amante Vita Sackville-West laisse d’ailleurs penser que le personnage d’Orlando était en fait inspiré de Vita. Mais Orlando a aussi cette propension à se jeter dans des réceptions mondaines avant de s’en extraire, comme à bout de souffle, pour jouir du calme et de la solitude – et là, on retrouve plutôt le caractère introverti et même farouche, de Virginia. Enfin, la passion d’Orlando pour la lecture et l’écriture, la naissance et la maturation de sa vocation d’homme-femme de lettres font évidemment écho au parcours de la romancière; et son évocation des balbutiements d’une vocation qui décidément tarde à s’épanouir chez Orlando est infiniment touchante.
Accédez au site de l’éditeur : Orlando, Livre de Poche
Traduit de l’anglais par Charles Mauron

Poursuivre la déambulation

J’ai eu récemment la chance de voir une extraordinaire représentation de l’adaptation d’Orlando au théâtre de l’Odéon, mise en scène par Katie Mitchell.

Comme vous pouvez le voir, la scène était divisée en 3 zones : en haut à droite, se tient la biographe qui raconte l’histoire. Sur scène, des espaces sont aménagés et réaménagés en permanence, des caméras venant capter les séquences en temps réel – et le résultat apparaît en vidéo sur l’écran, au-dessus. Ce dispositif scénique permet de restituer le côté virevoltant et débridé du roman, établissant un lien visible et permanent entre la narration, les coulisses, et le ‘produit fini’, en l’occurrence, la vidéo…une véritable performance pour les comédiens et les techniciens, dont chaque mouvement est réglé à la seconde près, comme pour un ballet.

Extraits de « Orlando »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Ce mal, par un venin funeste, substituait un fantôme au réel; la fortune avait tout donné à Orlando – vaisselle, linge, maison, serviteurs, tapis, lits à profusion – et il lui suffisait d’ouvrir un livre pour que cette énorme accumulation de richesses se fondît en brouillard. Les neuf acres de pierre qui formaient sa maison s’évanouissaient; ses cent cinquante domestiques disparaissaient; ses quatre-vingts chevaux de selle devenaient invisibles; il serait trop long de compter les tapis, sofas, harnachements, porcelaines de Chine, vaisselle, huiliers, réchauds et autres biens meubles, souvent d’or massif, qui s’évaporaient sous l’influence du miasme comme une brume sur la mer. C’est un fait: Orlando lisant demeurait seul, tout nu. »

« C’est que tous les soupçons, tous les mystères jadis obscurs lui devenaient clairs aujourd’hui. Ces ténèbres d’erreur qui séparent les sexes, cette zone d’obscurité où flottent tant de choses troubles, s’illuminaient enfin et, s’il faut en croire le poète, unissant le Beau et le Vrai, la tendresse d’Orlando dut gagner en beauté ce qu’elle perdit en mensonge. »

« Elle poussa un profond soupir de soulagement, comme elle en avait bien le droit, car la transaction entre un écrivain et l’esprit de son siècle est une des plus délicates, et c’est d’un bon accord entre eux que dépend toute la fortune des œuvres. Orlando avait si bien manœuvré qu’elle se trouvait dans une position excellente. Elle n’avait besoin ni de combattre son siècle, ni de lui faire soumission; elle était de son siècle sans cesser d’être à soi. Maintenant donc, elle pouvait écrire et elle écrivait. Elle écrivit. Elle écrivit. Elle écrivit. »

Une réflexion sur “Orlando (Virginia Woolf)

  1. Pingback: Virginia (Emmanuelle Favier) | Cornelia

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