Les hommes incertains (Olivier Rogez)

les hommes incertains d'olivier rogez aux editions du passage

« Les hommes incertains » est le second roman d’Olivier Rogez, publié aux éditions Le Passage. Moscou fin des années 80 : l’auteur restitue avec talent l’atmosphère particulière des ‘fins de règne’, quand le système établi, toujours en place, semble destiné à basculer inéluctablement…et les hommes ‘incertains’ oscillent entre la nostalgie d’un temps déjà révolu et l’urgence de construire un ordre nouveau.

L’histoire

Anton n’en peut plus de sa morne vie à Tomsk7, une bourgade de Sibérie où il a grandi avec son père. Il part à Moscou retrouver son oncle, Iouri Stepanovitch, qui l’accueille chez lui. Iouri est un membre haut placé du KGB. En ces temps troublés de la Pérestroïka, alors que le mur de Berlin vient de tomber, et que se dévoile la rivalité entre Gorbatchev et Eltsine, les manœuvres politiques nécessitent une grande expérience, des dons d’équilibriste et un solide réseau. Iouri, infatigable, remplit sa mission, tout en gardant un œil (affectueux et protecteur) sur son neveu.

Mon avis sur « Les hommes incertains »

Il est très rare de pouvoir pénétrer ainsi dans les arcanes du pouvoir, qui plus est dans les rouages complexes de l’URSS au tout début des années 90. Ce roman est donc une fascinante plongée dans le quotidien de Iouri, dont le travail consiste essentiellement à enchaîner des rendez-vous avec toutes sortes d’individus lui permettant d’avancer ses pions sur l’échiquier, en fonction des instructions reçues de ses supérieurs. Olivier Rogez ayant été journaliste à Moscou durant cette période, son récit très documenté est parfaitement crédible. Mais ce livre qui semble construit sur de solides fondations historiques, surprend aussi par le foisonnement de personnages qui lui confère sa dimension romanesque : Anton, le neveu, Héléna, peintre et maîtresse de Iouri, Aliona, pythie des temps modernes, le ‘starets’ Volodia, vieux sage, sans parler des mafieux cupides et aventuriers étrangers venus tenter leur chance…Dans ce pays qui a pendant des années tenté d’enrayer toute forme d’irrationnel (mais aboutissant tout de même à des summums d’absurdité), les uns et les autres ressentent le besoin de se raccrocher à des signes, des paroles, tant ils sont ballotés entre la tentation de la nostalgie pour un monde qui sombre et l’angoisse de l’inconnu à venir. « Les hommes incertains » est un roman passionnant, dopé par un style dynamique et souvent plein d’humour, qui tisse avec agilité les destins individuels sur la trame de l’histoire récente.
Accédez au site de l’éditeur : Les hommes incertains, Le Passage

Poursuivre la déambulation

Il y a quelques temps, je vous ai fait part de mon enthousiasme à la lecture de ‘Limonov’ d’Emmanuel Carrère, qui montre encore d’autres facettes de l’histoire récente de la Russie. Souvenez-vous aussi de ‘Leto’, le film de Serebrenikov, qui retrace le destin de ces ‘rockers’ alternatifs (un peu déjantés, mais dans la limite de l’acceptable par les autorités), dans les années 80, à Leningrad (redevenue ensuite Saint-Pétersbourg).

Extraits de « Les hommes incertains »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Aussi ce départ est-il une fête, un moment épiphanique où la liberté qu’il éprouve en quittant son foyer trouve sa concrétisation à bord d’un Iliouchine volant à trente mille pieds d’altitude parmi les diamants du ciel. « L’oiseau a inventé les ailes pour que l’homme puisse s’en inspirer », lui a dit poétiquement son père en guise d’au revoir. Les mots sont importants lorsque l’on se quitte, ils résonnent comme le tocsin au loin et permettent de retrouver son chemin dans le noir de la mémoire. »

« De son côté, Iouri Stepanovitch est en proie à des affres nettement moins philosophiques. Il doit résoudre le problème typique auquel sont confrontés ceux qui exercent une forme de pouvoir. Comment contraindre un homme à abdiquer son libre arbitre, et à se soumettre à la volonté d’autrui? »

« Ces visites le mettent donc généralement de bonne humeur. Il en sort ragaillardi, comme si son esprit trouvait dans ce passé embelli les justifications de ses propres choix au service de son pays. Si les gens étaient si heureux à l’époque, c’est que nous avions raison. Ou du moins pas totalement tort. Pourquoi tout s’est-il dégradé ensuite? Pourquoi ces années quatre-vingt, mornes et infectes, et cette vie repoussante? »

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