Eloge des bâtards (Olivia Rosenthal)

éloge des bâtards d'Olivia Rosenthal aux éditions Verticales

« Eloge des bâtards » est le dernier roman d’Olivia Rosenthal, publié chez Verticales. Comment se construire lorsque l’on a été privé dès l’enfance de son père, ou de sa mère ? Les personnages livrent tour à tour leur version de leur histoire, et ces paroles envolées sont captées patiemment par Lily, la narratrice, qui pourrait bien être un double de l’auteure.

L’histoire

Ils sont neuf à se retrouver clandestinement toutes les nuits pour discuter, dans une ville sous haute surveillance, dont l’architecture même semble destinée à cloisonner, isoler les individus. Parmi eux, la narratrice, Lily, ne se sent pas tout à fait à l’unisson. Néanmoins, elle a ce don de pouvoir entrer dans la pensée d’autrui, et trouve dans cette écoute des récits de ses compagnons des réponses à ses propres questionnements.

Mon avis sur « Eloge des bâtards »

Cette prise de parole en nocturne des différents membres du groupe nous renvoie d’emblée aux contes de Shéhérazade. Mais le rôle de la parole est ici bien différent : en confiant ses origines, son passé, chacun des protagonistes se libère de ses poids et en partage la charge avec le groupe, qui d’une certaine manière se l’approprie. S’ils se définissent comme des résistants, ou des activistes, on sent que ces palabres sont en fait le préalable nécessaire à la réelle constitution d’une entité homogène et capable d’action: les racines sont nécessaires pour que l’arbre pousse! Olivia Rosenthal, par cette succession des récits intimes délivrés dans une forme d’urgence, nous invite à réfléchir sur le pouvoir des mots, de la parole, et sur notre aptitude à l’empathie – faut-il continuer à écouter si le récit nous bouleverse, voire nous transforme ? Jusqu’à quel point peut-on laisser la voix (et l’histoire des autres) nous pénétrer ? C’est tout l’enjeu de ce texte, qu’on aura plaisir à chuchoter, au creux de la nuit, juste pour voir…
Accédez au site de l’éditeur : Eloge des bâtards, Verticales/Gallimard
Retrouvez une autre chronique à propos de ce livre, sur le blog : Shangols

Poursuivre la déambulation

Ecoutez les voix de Tassili, Goodman et Myriam, qui eux aussi dans l’obscurité, racontent leurs histoires dans ‘Black Village’ de Lutz Bassman…ou alors, engagez-vous dans l’activisme à l’instar des protagonistes de ‘L’arbre-monde’ de Richard Powers.
Olivia Rosenthal avait publié il y a quelques années ‘Mécanismes de survie en milieu hostile’, un titre prometteur, mais honnêtement je n’ai rien compris à ce livre. Il m’a donc fallu une bonne dose de résilience pour aborder ‘Eloge des bâtards’, mais je ne l’ai pas regretté. A noter, l’auteure mentionne au cours du récit le photographe Michaël Wolf, dont vous pouvez découvrir l’œuvre : ICI !

Extraits de « Eloge des bâtards »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Tous autant qu’on était, on avait décidé de porter le nom qui nous chantait sans se préoccuper de celui qu’on nous avait donné, on avait décidé de s’affranchir du nom. Moi, par exemple, tout le monde m’appelait Lily mais je savais bien que c’était une couverture, et qu’en vrai je portais beaucoup d’autres noms qui se baladaient autour de ma tête, des noms d’hommes et de femmes que j’avais rencontrés sans les connaître et qui s’étaient invités à l’intérieur de mon crâne. Alors si on me demandait mon nom, je n’entrais pas dans les détails, je disais l’essentiel. Lily. »

« Je me suis souvenue du travail photographique que Michael Wolf a consacré aux chaises installées en bas de ces immeubles, des chaises blessées, amputées, mais rafistolées et solides, faites de fil, de corde, de bois et de plastique. L’artiste les collectionnait. Un jour qu’il préparait sa prise de vue, un passant lui avait demandé pourquoi il prenait en photo une chaise aussi vieille et laide. Et l’artiste avait répondu qu’il ne voyait pas là une chaise laide mais une chaise au caractère bien trempé, qui malgré ses quatre-vingts ans d’âge n’avait pas abandonné l’idée de vivre même si la vie était dure. »

« On a construit des hamacs géants où les passants pouvaient se balancer à plusieurs avant de s’engouffrer dans les tunnels. (…)
On est entrés par effraction au siège de la Banque mondiale pour distribuer des peluches aux employés.
On a planté des étiquettes permettant d’identifier toutes les herbes folles qui arrivent à percer la dalle. (…)
On a saturé la ville de signes invisibles.
« 

« Je leur dis que j’aime les bâtards, que je l’ai compris en les écoutant nuit après nuit. Je leur dis, c’est fou, vous me montrez en quoi consiste l’existence quand elle n’est pas préparée par des liens prévisibles, quand elle est vraiment nue. Je leur dis, vous êtes mes héros. »

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