Le chardonneret (Donna Tartt)

le chardonneret de Donna Tartt éditions Pocket

« Le Chardonneret » de Donna Tartt, paru en 2014 en France, a reçu le prix Pulitzer. « Le Chardonneret » est aussi le nom du tout petit tableau (à la valeur inestimable) d’un peintre du XVIIème siècle, Carel Fabritius. Le roman raconte comment Théo, le narrateur, se retrouve en possession de cette œuvre, ce qui marque aussi le début de sa longue descente aux enfers. La très fidèle adaptation de cette histoire au cinéma est sortie en septembre, avec Nicole Kidman dans le rôle de Mrs Barbour.

le chardonneret, tableau de carel fabritius
« Le chardonneret », tableau de Carel Fabritius

L’histoire

Théo Decker a treize ans lorsque sa vie bascule; il se retrouve porteur d’un secret qui le dépasse totalement. Hébergé quelques temps par la riche famille Barbour à New York, il atterrit finalement en Californie chez son père, joueur et alcoolique, et se lie alors d’amitié avec Boris. Livrés à eux-mêmes, les deux garçons s’adonnent gaillardement à l’alcool et à la drogue, jusqu’à ce que Théo soit finalement forcé de retourner à New York. Il devient antiquaire, sous la houlette bienveillante de Hobie. Mais les fantômes du passé ne tardent pas à ressurgir.

Mon avis sur « Le chardonneret »

Voici un chardonneret qui pèse son poids : 1100 pages (en version Pocket), mieux vaut avoir la perspective d’un peu de temps libre avant de s’y attaquer – d’autant plus que ce roman comportant quelques longueurs, il est préférable d’adopter un bon rythme de lecture pour ne pas s’y enliser. Mais une fois dedans, je suis sûre que vous l’apprécierez à sa juste valeur.
Roman initiatique, « Le Chardonneret » est avant tout la trajectoire saisissante d’un jeune garçon emporté malgré lui par des forces qui le dépassent. Comme le petit oiseau du tableau, il semble bien fragile, et ne mérite pas les lourdes chaînes qui l’empêchent de s’envoler vers une destinée plus enviable. Constamment, on le voit osciller entre des univers (trop conformistes, ou à l’inverse, totalement corrompus) qui ne lui correspondent pas, se débattre entre les affleurements d’un bonheur fugace et le gouffres du désespoir le plus absolu; éperdu de chagrin et de culpabilité, il cherche en vain sa place. Autour de lui gravitent de nombreux personnages, à commencer par le magnifique et terrifiant Boris, son ami, son frère, son double. Mais il faudrait s’attarder aussi sur le rôle des femmes, la lumineuse Pippa et l’adorable Kitsey, ou encore l’élégante Mrs Barbour. Donna Tartt prend plaisir à les faire tous successivement disparaître et ré-apparaître, provoquant des rebondissements innombrables dans cette histoire dense et ambitieuse. Il y sera bien sûr question de résilience, mais aussi, largement, d’addictions, de trahisons, de pardon. Et en définitive, le roman se clôt (un brin emphatiquement) sur un hommage à la beauté (seule puissance rédemptrice) et au pouvoir mystérieux de l’art, qu’il s’agisse de peinture ou de littérature.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt.

Poursuivre la déambulation

Je vous avais fait part il y a quelques mois de mon coup de coeur pour ‘Le sauvage’ de Guillermo Arriaga, dont le narrateur est aussi un gamin qui se retrouve livré à lui-même – sauf que l’action se situe au Mexique, où les règles du jeu sont bien différentes.
Le choc provoqué par la disparition d’un parent dans un attentat, et la quête qui s’ensuit est un thème abordé avec brio par Jonathan Foer dans ‘Extrêmement fort et incroyablement près’, que je recommande sans réserve.

Extraits de « Le chardonneret »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Le jour du match, jusqu’à dix-sept heures et quelques, la lumière blanche du désert éloignait la morne ambiance du dimanche, avec l’automne qui s’abîmait dans l’hiver, la solitude du crépuscule d’octobre et les cours le lendemain, mais il y avait toujours un long moment immobile vers la fin de ces après-midi de foot où l’humeur de la foule changeait et où tout devenait désespéré et incertain, à l’écran et hors écran, la lueur métallique projetée par les vitres du patio s’estompant vers le doré puis le gris, avec des ombres allongées et la nuit qui tombait dans l’immobilité du désert, une tristesse impossible à chasser, une sensation de gens silencieux se dirigeant vers les sorties du stade et de pluie froide tombant sur les villes universitaires de la côte Est. »

« On s’est regardés, et on a ri; tout était hilarant, même le toboggan du terrain de jeux nous souriait, et à un moment donné, au cœur de la nuit, alors qu’on se balançait sur la cage à poules et que des torrents d’étincelles s’envolaient de nos bouches, j’ai eu la révélation que rire était de la lumière, que la lumière était du rire et que c’était là le secret de l’univers. »

« Au contraire, Hobie vivait et glissait tel un grand mammifère marin dans sa propre atmosphère légère, le marron foncé des taches de thé et de tabac, dans une maison où chaque pendule indiquait une heure différente et où le temps ne se réglait pas vraiment sur la mesure standard mais préférait serpenter selon son propre tic-tac paisible, obéissant au rythme de ces eaux dormantes chargées d’antiquités, loin d’une version du monde usinée et collée à la résine époxy. »

« Sauf que parfois elle ressurgissait brutalement à des moments inattendus, en éclats si rebelles que je m’arrêtais sur le trottoir, soufflé. En un sens, le présent avait rétréci pour devenir un endroit plus petit et bien moins intéressant. Peut-être était-ce juste que je m’étais un peu dégrisé, exit le gâchis chronique ou la splendeur de ces poivrots adolescents flamboyants, notre propre petite tribu de deux guerriers se déchaînant dans le désert; peut-être que cela se passait juste quand on grandissait, même s’il m’était impossible d’imaginer Boris (à Varsovie, à Karmeywallag, en Nouvelle-Guinée, où que ce soit) menant en guise de prélude à la vie adulte la même vie paisible que celle que j’avais adoptée. »

Une réflexion sur “Le chardonneret (Donna Tartt)

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