Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson)

sur les chemins noirs de Sylvain Tesson chez Folio

« Sur les chemins noirs » de Sylvain Tesson est paru en 2016. Suite à son accident, Sylvain Tesson décide de se rééduquer en arpentant cette fois la France, du sud-est au nord-ouest, empruntant les ‘chemins noirs’, ces itinéraires presque invisibles sur les cartes, à l’écart des grandes voies de communication et de l’agitation du monde actuel.

L’histoire

Quelques mois après le décès de sa mère, Sylvain Tesson a été victime d’une grave chute; lors de son séjour à l’hôpital, conscient d’avoir échappé au pire, il s’est promis : ‘Si je m’en sors, je traverse la France à pied’. Le voici donc parti pour un périple de deux mois et demi de la frontière italienne au Cotentin. Il découvre alors ces zones de ‘l’hyper-ruralité’, territoires ‘oubliés’ par la modernité, et mène une réflexion sur la nécessité de ‘déconnecter’ pour appréhender la réalité au lieu de la percevoir à travers des écrans. Son corps peu à peu se remet en ordre de marche, et s’il chemine seul la plupart du temps, des proches viennent parfois partager avec lui ‘un bout de chemin’.

Mon avis sur « Sur les chemins noirs »

Sylvain Tesson nous avait habitués à des escapades en Asie Centrale, en Sibérie, ou à travers toute l’Europe. On ressent très clairement la rupture qu’a pu constituer cet accident dans son parcours. Désormais affecté de divers handicaps, mais heureusement toujours capable de marcher, le jeune aventurier casse-cou ‘d’avant’ s’est transformé en un pèlerin sobre et prudent, et son écriture a beaucoup gagné en profondeur et en maturité. Les descriptions de paysages abondent, et s’il fait peu de rencontres dans ce ‘désert français’, il prend le temps de réfléchir, de nous instruire sur l’évolution des territoires, d’évoquer ses souvenirs, ses regrets, ses souffrances. Ce court récit (que j’ai lu d’une traite en l’espace de trois heures, dans un train qui traversait la France) mêle donc des éléments autobiographiques, historiques, géographiques, dans un style désormais plus resserré, moins étincelant peut-être, mais toujours plein d’humour. Si vous aussi vous prenez le train dans les semaines qui viennent, n’hésitez pas à le glisser dans votre sac !

Poursuivre la déambulation

J’en profite pour vous recommander la lecture d’autres ouvrages de Sylvain Tesson, en commençant par ‘Dans les forêts de Sibérie’, mais aussi ‘Bérézina’, ‘Petit traité sur l’immensité du monde’ et ‘S’abandonner à vivre’.
Son ami Jean-Christophe Rufin a publié il y a quelques années ‘Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi’ qui devrait vous plaire si vous avez aimé « Sur les chemins noirs ». Autre récit de voyage à pieds, ‘Comme une feuille de thé à Shikoku’ de Marie-Edith Laval relate le pèlerinage de l’auteure à Shikoku, au Japon : une véritable odyssée pour rallier successivement quatre-vingt-huit temples, souvent haut perchés !
Enfin, je voudrais mentionner une exposition que j’ai visitée l’an dernier à Berlin, intitulée ‘Wanderlust’ et dédiée aux représentations en peinture du ‘Wanderer’ – terme allemand difficile à traduire, ni promeneur, ni randonneur, mais ‘cheminant’. Pour voir quelques toiles, lire le commentaire (en anglais) ou visionner la vidéo (en allemand) à propos de cette magnifique expo, c’est : ICI !

Extraits de « Sur les chemins noirs »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« A l’hôpital, rivé au banc de peine, contemplant ces cartes, il m’avait été facile d’imaginer l’itinéraire. « La nature aime à se cacher », professait Héraclite dans le cent vingt-troisième de ses fragments, obscur comme il se doit. Tels les êtres inachevés, j’avais grand goût pour les recoins. ‘L’hyper-ruralité’ était mon occasion. »

« J’allais trois jours durant sur l’échine de la montagne. Les chemins me rejetaient tantôt sur le versant nord, tantôt sur le versant sud de Lure, vieille bête couchée. Le calcaire était dur. Parfois le marcheur est un forçat, cassant son lot de cailloux. »

« Un jour où nous naviguions sur la rivière Bikine, au nord de Vladivostok, je l’avais entendu lancer à des Russes qui s’insultaient à grand renfort de putain de bite de mes couilles : ‘Messieurs, je vous prie de cesser de jurer’, ce qui avait davantage estomaqué les types qu’un coup de knout en travers de la gueule. »

Une réflexion sur “Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson)

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