La maîtresse de Carlos Gardel (Mayra Santos-Febres)

la maitresse de carlos gardel de Mayra Santos-Febres aux éditions Zulma

« La maîtresse de Carlos Gardel » de l’auteure portoricaine Mayra Santos-Febres retrace le destin de Micaela Torne, dont le chemin croise brièvement celui du célèbre chanteur de tango, décédé peu après dans un accident d’avion à l’âge de 44 ans. Cette liaison fugace entre deux êtres que tout oppose est le pivot autour duquel Mayra Santos-Febres esquisse, avec une grande tendresse, une fresque foisonnante de la vie à Porto Rico dans les années 30.

L’histoire

Au crépuscule de sa vie, Micaela Torne raconte ses souvenirs de jeunesse, et revient sur sa liaison éphémère (vingt-sept jours) et intense avec Carlos Gardel, déjà une immense vedette lorsqu’il vient se produire sur l’ile de Porto-Rico. Formée par sa grand-mère guérisseuse, Mano Santa, elle est appelée au chevet de l’artiste qui souffre de la syphilis. Etudiante infirmière, la jeune fille connaît bien les vertus des plantes. Elle deviendra ensuite médecin et participera à la mise au point de la première pilule contraceptive.

Mon avis sur « La maîtresse de Carlos Gardel »

Micaela Torne est un personnage très attachant et complexe, car elle se situe en fait au cœur de plusieurs paradoxes : tiraillée entre son respect pour les pratiques ancestrales de sa grand-mère et les enseignements scientifiques, entre un caractère volontaire, lucide, et son embrasement de midinette pour la star, elle raconte avec fraîcheur et simplicité son parcours incroyable. Bizarrement, alors que j’ai été charmée par sa voix, celle de Gardel, qui raconte à son tour son existence, m’a beaucoup moins intéressée – peut-être la tournée de Gardel à Porto-Rico n’est-elle finalement qu’un levier scénaristique permettant à Mayra Santos-Febres de nous emmener à la découverte de l’histoire méconnue de son île. Faisant fi du tango, je garderai donc de ce livre le souvenir de Micaela, cette jeune femme hardie, courageuse, émouvante, érudite. Les références à la botanique, à la médecine, sont instructives; et la question de la condition féminine, du contrôle des naissances, de la recherche médicale pour éviter les grossesses à répétition et/ou les avortements qui tournent en boucherie, me semble bien plus captivante que les déboires d’un chanteur – fût-il adulé par toutes les femmes de l’époque.
Accédez au site de l’éditeur (avec une interview de l’auteure) : La maîtresse de Carlos Gardel, Zulma
Traduit de l’espagnol (Porto Rico) par François-Michel Durazzo
Découvrez une autre chronique à propos de ce livre, sur le blog : Du merveilleux dans l’ordinaire

Poursuivre la déambulation

Si vous avez aimé ce livre, je vous invite à découvrir une autre voix de femme en provenance des Caraïbes (Cuba), celle, bouleversante, de Cleo dans ‘Un dimanche de révolution’ de Wendy Guerra.
La recherche médicale fait rarement l’objet de fictions; toutefois je ne peux que vous recommander ‘Peste et choléra’ de Patrick Deville, qui décrit dans un style admirable les péripéties de la découverte du bacille de la peste par Alexandre Yersin, au début du XXème siècle, en Asie.

Extraits de « La maîtresse de Carlos Gardel »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« La Micaela Thorné de ces années-là ne pouvait s’empêcher de penser à cette chose fragile qu’elle était, cet ange à deux têtes qui ne pourrait jamais devenir une seule et même personne. Etre quelque chose; une personne en soi, pour soi. Citoyenne, professionnelle, une unité tout entière. La fille que j’avais été autrefois avait réagi à tout ce qui pouvait l’engloutir : la couleur de sa peau, la pauvreté de son île, les corps qui la contenait, les connaissances inutiles de sa grand-mère. »

« Les îles sont-elles ainsi ? me suis-je demandé. Civilisées et sauvages en même temps ? Pleines de savants, à deux pas de guérisseuses et d’êtres primitifs ? Humboldt avait-il pu trouver des traces du cœur-de-vent à Cuba ? L’avait-il dessiné ? De quel nom scientifique l’avait-il baptisé ?
Mais l’Encyclopaedia Britannica n’a répondu à aucune de mes interrogations. »

« Tu vois ce qu’est la vie, m’a dit Gardel en prenant mon visage entre ses mains pour que je le regarde en face. Ce mal m’a conduit à toi. Une autre fille noire va achever ma guérison. »

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