Les frères Lehman (Stefano Massini)

les frères Lehman de Stefano Massini aux Editions Globe

« Les frères Lehman » est le premier roman de Stefano Massini. Roman vraiment ? Voici un livre vraiment inclassable, qui joue avec dextérité du mélange des genres, de tous les genres, pour narrer le destin exceptionnel de la famille Lehman, depuis l’émigration aux Etats-Unis jusqu’à l’effondrement spectaculaire de l’empire financier construit avec opiniâtreté sur plus de 150 ans – l’un des déclencheurs de la crise financière de 2008.

L’histoire

Venu de Rimpar, Bavière, fils d’un marchand de bestiaux, Henry Lehman est le premier à débarquer à New York au milieu du XIXème siècle. Il ouvre une petite boutique de vêtements à Montgomery. Ses frères, Emanuel et Mayer, ne tardent pas à le rejoindre. L’affaire prend de l’ampleur, on ouvre un bureau à New York pour le commerce du coton. Ainsi naquit la société Lehman Brothers qui ensuite devint une banque puissante, gérée par les enfants et petits-enfants des fondateurs, avant de faire faillite en septembre 2008.

Mon avis sur « Les frères Lehman »

Il est assez naturel d’être tenté de raconter la saga des Lehman, dont la notoriété est montée en flèche lors de la crise financière de 2008. Cependant, Stefano Massini fait un pari audacieux, en prenant le parti de raconter cette ascension extraordinaire…en vers libres ! Et ça marche ! Loin d’un exposé barbant sur les mécanismes de la finance à travers les âges, le lecteur est entraîné dans une histoire familiale incroyable, contée avec une grande liberté de ton et de style : répétitions, césures, listes, équations, citations, et même BD, l’auteur ne recule devant aucun procédé pour raconter, en détails, le destin de ces quatorze hommes sur trois générations, dont l’influence sur l’économie américaine (et même mondiale) a été déterminante. Solidement campés sur le socle commun du judaïsme, les membres de la tribu ont toutefois une identité propre, condensée à la manière des héros grecs de la mythologie (Emanuel le bras, Mayer la patate, Sigmund le lapereau, etc). La recherche de l’épouse idéale prend souvent la tournure d’une épopée (et c’est très drôle), mais les femmes ici n’ont pas grande importance; on est dans un univers résolument masculin, tourné vers la réussite, obsédé par l’argent, dévorant d’ambition. En toile de fond, les grands évènements politiques internationaux se déroulent et les Lehman, toujours, parviennent, avec un instinct inépuisable, à rebondir et tirer profit de la situation. Voici donc une livre d’une originalité et d’une audace époustouflantes, à n’en pas douter vous vous souviendrez longtemps de ce drôle de bouquin, qui ose fusionner humour, poésie, finance et judaïsme.

Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
Découvrez une autre chronique à propos de ce livre sur le blog : Garoupe

Poursuivre la déambulation

Dans un style beaucoup plus classique, mais toujours sur le thème ‘grandeur et décadence’, on retrouvera avec bonheur ‘Gatsby le magnifique’ de Francis Scott Fitzgerald, qui a fait l’objet de deux adaptations cinématographiques, la première par Jack Clayton avec Robert Redford et Mia Farrow, la seconde par Batz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio ( et une sensationnelle bande son signée Craig Armstrong)…Leonardo que l’on retrouve dans ‘Le loup de Wall Street’ sous la direction de Martin Scorsese – et l’on pourrait citer aussi ‘Wall Street’ d’Oliver Stone avec Michael Douglas. Les méandres de la haute finance ont beaucoup inspiré les réalisateurs hollywoodiens…à quand une adaptation des « Frères Lehman » au cinéma ?!

Extraits de « Les frères Lehman »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« A New York
Emmanuel Lehman
qui est un bras
ne capitule pas: il veut agir.
De l’argent, seul lui importe
des affaires seul lui importe
le coton
uniquement le coton
sauver ce qui peut être sauvé :
entre deux coups de canon
(tandis que 120 000 soldats meurent à Chattanooga)
un Lehman
embarque
(tandis que 70 000 soldats meurent à Atlanta)
désespérément
(tandis que 40 000 soldats meurent à Savannah)
700 tonnes de coton
à bord d’un navire à destination de l’Europe
où il n’y a pas de guerre
où il n’y a ni Union ni Confédération
ni Nordistes ni Sudistes
Mais surtout où l’on vend
encore
du coton ! »

« Le nombre 12
n’était pas fortuit
Philip ayant décidé
de consacrer un mois
à l’examen attentif de chacune d’elles :
au terme de 12 mois
soit un an
– concentré sur les doigts du nain –
il pourrait estimer résolu
le point MARIAGE
et
passer
donc
plus avantageusement
à autre chose. »

« Dans la plus tendre enfance déjà
une intelligence très vive exceptionnelle
excessive sans doute
et encombrante
les distinguait des autres enfants du monde.

Leur perspicacité était furieuse :
on ne pouvait rien leur cacher
et même à l’époque des joujoux
on n’avait pas la sensation d’avoir affaire à des enfants
mais à deux autorités du Panthéon moderne
déjà dignes du Nobel. »

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