Le daim (Quentin Dupieux)

affiche du film le daim de quentin dupieux

« Le daim » de Quentin Dupieux était en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019, et vient de sortir en salles. Dans la lignée de ses films précédents, le réalisateur nous propose une fable absurde et décalée, qui mine de rien révèle quelques dérèglements typiques de notre époque.

L’histoire

Georges circule à bord d’une vieille Audi. Après s’être débarrassé rageusement de sa veste, il fait l’acquisition auprès d’un vieil original d’un blouson de daim, orné de franges, parfaitement ringard et un peu trop court. L’homme lui fait cadeau d’un camescope numérique. Georges repart et s’installe dans un hôtel; il commence à filmer le paysage depuis sa chambre. Et il rencontre Denise, la serveuse du bar du village voisin.

Mon avis sur « Le daim »

« Le daim » est un film court (1H17), dont le scénario, vous l’aurez compris, est plutôt restreint. Le spectateur sera sensible (ou pas) à l’atmosphère très particulière qui s’en dégage, avec des silences, un décor suranné dans des tons brun clair (assortis au blouson), et la présence imposante puis inquiétante de Jean Dujardin, qui réalise une très belle performance, en duo avec l’excellente Adèle Haenel, toute en retenue.
Sur un plan symbolique, l’attachement de Georges à son blouson traduit l’immense solitude du personnage, mais agit aussi comme point de départ d’un comportement fétichiste (il entreprend de se vêtir de daim de la tête aux pieds), égocentrique (il se filme) et excluant (il décide de supprimer ‘tous les autres blousons’). En quelque sorte, Georges se radicalise sur la Voie du Blouson, dans une sorte de délire croissant dont Denise, d’abord simple témoin, devient progressivement complice. Car Denise veut bien se laisser croire que Georges est réalisateur; comme les autres, elle est prête à tout pour sortir de son petit univers étriqué et ‘faire du cinéma’. Tous deux sont fascinés par l’image, la petite image de l’écran du camescope, qui cache autant qu’elle révèle une réalité brutale, amorale, violente.
Un jeune daim (un vrai) regarde à plusieurs reprises la caméra et on pourrait aussi voir dans cette histoire une forme de revanche de la vie animale et de la nature sur le mode de vie artificiel et destructeur des humains. Mais ce serait probablement aller trop loin dans l’interprétation! Je crois que fondamentalement le réalisateur avec malice nous donne en pâture une dose de non-sens ; et ensuite à chacun de l’interpréter comme il le souhaite.
L’humour ici est grinçant, comme un ventilateur mal réglé dans une chambre d’hôtel. J’aime beaucoup ce genre de film, mais je peux aussi comprendre que d’autres le trouvent insupportable !

Poursuivre la déambulation

L’été dernier est sorti ‘Au poste !’ de Quentin Dupieux, qui ne durait qu’une heure treize minutes, avec l’inénarrable Benoît Poelvoorde à la manoeuvre. Je l’avais trouvé un peu décousu, ce qui n’est pas le cas du « Daim », plus resserré et cohérent, avec une montée progressive et inéluctable de la tension. On est bel et bien sur le territoire de l’absurde un peu gore, là où Albert Dupontel nous avait emmené avec ‘Bernie’ (1996) et ‘Le créateur’ (1999). Plus récemment, ‘Le monde est à toi’ de Romain Gavras est un peu dans la même veine déjantée avec anti-héros déglingué – ce qui n’exclut en aucune manière une réalisation impeccable.

Extraits de « Le daim »

2 réflexions sur “Le daim (Quentin Dupieux)

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