Incognita incognita…et autres pépites

couvertures des livres : incognita incognita, l'enfer, la plus précieuse des marchandises, le procès du cochon, au nom du père

« incognita incognita ou le plaisir de trouver ce qu’on ne cherchait pas » de Mark Forsyth est un tout petit ouvrage qui célèbre le bonheur d’aller flâner en librairie pour y dénicher des ouvrages, et s’en délecter. Je me suis donc prêtée à l’exercice, et, outre « incognita, incognita », je vous invite à la découverte de quatre autres pépites littéraires…

incognita incognita (Mark Forsyth)

« C’est ce moment de découverte, dans le fond de la librairie, quand votre main s’empare de ce drôle de petit volume, avec une drôle de petite couverture, et que vous vous dites : ‘Oui. Voilà ma prochaine lecture.’ « 

« incognita incognita » est un court texte empreint de ce délicieux humour anglais dont je raffole. L’auteur oppose les recherches de titres sur Internet (réalisées dans un but précis, ou adroitement guidées par les algorithmes) et les rencontres fortuites avec des livres, dans la ‘Bonne Librairie’. Il vous encourage à trouver ceux ‘que vous ne savez pas ne pas connaître’, laissant agir l’alchimie du titre, de la couverture, de l’humeur du moment. Le risque ici est de ne prêcher qu’aux convaincus, c’est pourquoi chacun devrait l’offrir à son entourage, pour aider les égarés à retrouver le chemin de la ‘Bonne Librairie’…au moins de temps en temps !
Lien vers le site de l’éditeur : incognita incognita, Les Editions du Sonneur
Préface de Paul Vacca – Traduction de Marie-Noël Rio – 47 pages !

L’enfer (Sylvie Drapeau)

« Dans ce concours de mutisme, papa a fait avec ta folie ce qu’il a toujours fait: il l’a ignorée. Un très grand silence. Une autre. Royal. C’est nous, tes sœurs, qui avons affronté ta monstrueuse déraison. Lui, il avait abdiqué devant la vérité. »

« L’enfer » de Sylvie Drapeau est une lettre ouverte à Richard, le frère devenu fou de la narratrice. C’est l’histoire d’une famille mutilée : Roch, l’aîné qui s’est noyé enfant, la mère qui meurt à son tour, et puis Richard, l’enfant chéri, qui peu à peu sombre dans la folie. Les souvenirs ressurgissent, et avec eux le tourbillon des questions sans réponse, la culpabilité, l’impuissance face à des malheurs trop grands. « L’enfer » est un texte déchirant, lucide, composé de courtes phrases percutantes. Il s’en dégage une beauté étrange et lumineuse.
Lien vers le site de l’éditeur : L’enfer, Leméac
Roman québécois – 95 petites pages.

La plus précieuse de marchandises ( Jean-Claude Grumberg)

« Notre pauvre bûcheronne serre le petit être contre elle, l’enfouissant sous ses fichus superposés, et la voilà qui se met à courir et courir encore, serrant son trésor contre sa poitrine. Soudain, elle s’immobilise, elle sent une bouche avide qui vient téter son maigre sein, puis cesse et hurle de nouveau, s’agitant encore davantage, se débattant, criant, hurlant. Il a faim, cet enfant a faim, mon enfant a faim. »

« La plus précieuse des marchandises » est un conte de Jean-Claude Grumberg, auteur notamment d’une trentaine de pièces de théâtre. Comme le veut la tradition, l’histoire commence par ‘Il était une fois’, mais elle ne remonte pas à la nuit des temps. Pendant la seconde Guerre Mondiale, une ‘pauvre bûcheronne’ recueille un bébé tombé d’un de ces ‘trains de marchandises’ qui passent à proximité de son logis. Elle le nourrit, l’élève… Jean-Claude Grumberg nous offre un texte singulier, à la fois intime (comme le révèle l’Appendice) et terrifiant. S’y côtoient l’amour, le dévouement, la solidarité, et la hideuse réalité de la guerre et de la déportation. Un témoignage essentiel, rendu accessible à tous par sa simplicité : peut-être sera-t-il étudié dans les écoles, d’ici quelques années ?
Lien vers le site de l’éditeur : La plus précieuse des marchandises, Seuil
106 pages.

Le Procès du cochon (Oscar Coop-Phane)

« Regardez-le. Imaginez sa vie. Il erre nu sur les routes. On l’a frappé, on l’a chassé. Toute sa vie, on l’a méprisé. On ne l’a jamais rendu digne – et maintenant, on l’estime digne d’être jugé ! Non, ça ne va pas. On ne l’a jamais considéré. Il a tenté tant bien que mal de survivre avec sa bêtise, avec tous les coups que les hommes lui ont portés. Alors s’il n’était pas digne de vivre une vie paisible, il n’est pas digne non plus de vivre une vie de criminel. »

« Le Procès du cochon » d’Oscar Coop-Phane est une farce cruelle. Un cochon ayant boulotté la joue d’un bébé se retrouve sur le banc des accusés. L’avocat commis d’office ne parviendra pas à le sauver du supplice et de la mort.
Dans toute la première partie du livre, l’auteur entretient volontairement la confusion sur l’identité du ‘croqueur’, jouant sur l’anthropomorphisme pour élargir son propos. Bien sûr, il est question de rapport de l’homme à l’animal et les procès d’animaux ont une réalité historique. Mais de façon plus universelle, Coop-Phane dénonce la bêtise et la méchanceté des hommes entre eux. Le simulacre de procès prend la forme d’une pièce de théâtre, avec tirades et didascalies. Les personnages sont ‘croqués’ au vitriol, avec un humour décapant; on se prend de compassion pour ce malheureux cochon, emblème malgré lui de tous ceux qui n’ont pas les mots pour se défendre.
Lien vers le site de l’éditeur : Le Procès du cochon, Grasset.
125 pages.

Au nom du père (Balla)

« Il n’avait aucun scrupule à régler ses comptes personnels dans la rue : une hache à la main, il poursuivait son fils tout le long de la rue Lovecka, jusqu’au bois où le gamin, heureusement, réussissait toujours à se perdre parmi les arbres.
Je n’ai jamais menacé mes fils avec une hache.
C’est peut-être cela qui leur a donné l’impression que je ne m’intéressais pas à eux. »

« Au nom du père » de l’auteur slovaque Balla est un long cri de détestation, poussé et assumé par un homme âgé, cynique, et probablement névrosé. Le narrateur évoque successivement sa femme, devenue folle, ses fils, dont il se serait finalement bien passé, sa voisine Lalika, ‘femme disgracieuse et à première vue manifestement stupide et méchante.’ Il nous entraîne dans des ruminations misanthropes, cherchant sans cesse à identifier le responsable du gâchis de son existence. Très drôle, ce roman peut avoir un effet cathartique…il est aussi le digne héritier de la lignée des fictions ‘de l’absurde’ nées au XXème siècle en Europe centrale, sous les plumes acérées de Kafka, Frigyes Karinthy ou Thomas Bernhardt.
Lien vers le site de l’éditeur : Au nom du père, éditions do
Traduit du slovaque par Michel Chasteau – 130 pages.

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