La capitale (Robert Menasse)

la capitale de robert menasse

« La capitale » est un roman de l’auteur autrichien Robert Menasse, paru chez Verdier. A l’heure des élections européennes, j’étais curieuse de découvrir ce roman, qui se déroule principalement à Bruxelles et dont certains protagonistes évoluent dans les hautes sphères de l’Union. Mais pas le cochon, évidemment.

L’histoire

Drôle de soirée à l’hôtel Atlas de Bruxelles : tandis que les passants éberlués regardent passer dans la rue un cochon, un meurtre est commis. Pas de témoins pour le crime, juste un assassin – et donc un flic. On se lancera donc plutôt sur les traces de ceux qui ont vu le cochon, et se dessine alors une mosaïque de portraits d’hommes et de femmes qui chacun incarne une version du passé, ou du présent, de l’Europe.

Mon avis sur « La capitale »

Malgré la diversité des personnages et la multiplicité des fils narratifs, « La capitale » est une évocation haute-en-couleurs et finalement crédible des arcanes des institutions européennes. On assiste à un jeu de pouvoir (ou de massacre) où se mêlent allègrement les ambitions personnelles, les basses manœuvres d’influence, la manipulation, pour des projets qui mobilisent en vain le temps et l’énergie des fonctionnaires. La farce est cruelle, troublante. Seuls quelques personnages sont réellement touchants, tels De Vriend, réchappé d’Auschwitz, Brunfaut, le policier consciencieux, ou Erhart, fidèle à ses convictions. « La capitale » est un roman polymorphe, qui échappe aux classifications, ni policier, ni politique ; il s’agit en fait d’une réflexion distanciée sur l’Europe, son passé, ses langues, ses rêves, ses blessures, et en même temps d’un plaidoyer pour une réelle politique culturelle à l’échelle de l’Union. Et l’on mesure bien la dose d’absurdité contre-productive, mais aussi la difficulté immense de construire ensemble un projet pérenne, outrepassant les différences et les intérêts particuliers.

Accédez au site de l’éditeur : La Capitale, Verdier
Traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Mannoni
Découvrez aussi une interview de Robert Menasse par Michel Eltchaninoff sur le site de Philisophie magazine

Poursuivre la déambulation

Les Editions Verdier fêtent leurs quarante ans, et l’on voit actuellement fleurir dans les vitrines des (bonnes) librairies toute une série d’ouvrages jaune d’or, promesses de lectures de qualité. J’ai déjà eu l’occasion de vous en présenter certains, ‘Black Village’ de Lutz Bassman, ‘Kruso’ de Lutz Seiler, ‘L’île aux troncs’ de Michel Jullien…et j’en ai encore quelques-uns en stock, que je ne manquerai pas de vous faire découvrir dans les mois qui viennent !

Extraits de « La capitale »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Il avait tout de même des souvenirs. Ils s’imposaient à lui. Dans sa mémoire, des noms brillaient, il voyait des visages, il entendait des intonations, il voyait des yeux sombres, des gestes et des mouvements, et il sentait la faim, ce hache-paille de la vie, qui dévore la graisse du corps, puis broie les muscles, puis l’âme que l’on découvre seulement, pour peu qu’on la découvre, au moment où la faim est devenue une métaphore : la faim de vivre. Il la sentait, cette faim, à présent, plus aussi forte, mais il la sentait, et il voulait établir cette liste, noter avec qui il avait partagé cette faim et… »

« Voilà, et maintenant imaginez un organisme, les poumons sévèrement atteints par le tabagisme, le foie par les excès d’alcool, l’estomac par la chimie alimentaire, et votre rôle est de désintoxiquer tout cela – et d’écrire les discours dans lesquels la bouche annonce que tout va pour le mieux dans la mesure où l’on produit les plus grands efforts pour assurer un meilleur fonctionnement de l’organisme, par exemple en amputant tous les doigts pour éviter qu’on se ronge les doigts. »

« Bon, une question simple : qui dispose d’un agent dans le moindre trou perdu ? Le Vatican. Pourquoi? Parce qu’il y a un prêtre dans n’importe quel bled. Et qui apprend les secrets les plus secrets dans ces coins-là ? Le curé, en particulier grâce à la confession. Ca ne couvre peut-être pas tout, mais c’est quand même beaucoup plus que les informations susceptibles d’être récoltées par les services les mieux équipés. »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s