Taqawan (Eric Plamondon)

taqawan eric plamondon

Paru initialement chez Quidam Editeur et récompensé par le prix France-Québec 2018, « Taqawan », de l’auteur québécois Eric Plamondon, vient de sortir en poche. On peut sans doute parler ici de ‘miscellanées’, puisque de multiples fragments d’histoire, de biologie viennent, comme de petites rivières, nourrir le flux du récit principal.

L’histoire

En juin 1981, la réserve mi’gmaq de Ristigouche est assaillie par la police québécoise, qui cherche à empêcher la pêche au saumon dans la rivière. Océane, une jeune adolescente indienne, est prise dans la tourmente. Yves Leclerc la retrouve en état de choc, blottie dans les fourrés. Il l’emmène chez lui pour la soigner, et demande de l’aide à un indien, William, surnommé Taqawan.

Mon avis sur « Taqawan »

L’histoire de cette jeune mi’gmaq sauvée par un homme courageux est poignante. Dans cette région où se déploie une nature grandiose, la violence des hommes vient ensanglanter le paysage. Le fil narratif est fréquemment interrompu par des digressions, sous forme de courts chapitres qui viennent enrichir le propos, apportant à la narration des précisions, des éléments de contexte intéressants et instructifs. Ainsi, il sera question des saumons, qui remontent les cours des rivières pour retrouver leur lieu de naissance, et de techniques de pêche, mais aussi de l’histoire des peuples amérindiens, de l’oppression dont ils ont été victimes, du Québec aux prises avec le gouvernement canadien pour affirmer son identité et revendiquer son indépendance. Tout au long du livre, le lecteur est happé, tantôt par l’intensité de la fiction, tantôt par l’intérêt de l’éclairage donné au travers de multiples ‘micro-histoires’ bien réelles. La lecture est aisée, l’émotion bien présente, et l’on arrive trop vite à la fin. De fait, l’auteur excelle dans les raccourcis saisissants, qui littéralement ‘font mouche’, faisant coïncider avec pertinence et agilité des faits avérés avec le récit principal.
Lien vers le site de l’éditeur : Taqawan, Quidam éditeur
Découvrez aussi une autre chronique à propos de ‘Taqawan’, sur le blog : Mots pour mots

Rencontre avec Eric Plamondon

Eric Plamondon était l’invité de la librairie ‘Les Guetteurs de Vent’ pour présenter son nouveau livre ‘Oyana’ qui se déroule entre le Québec et le pays basque. Avec humour, il a déclaré : ‘ Après Taqawan, je ne voulais pas faire Taqa-two’ ! Et voici sa dédicace à Cornelia :

dédicace eric Plamondon pour cornelia
eric Plamondon à la librairie les guetteurs de vent
Eric Plamondon (à droite), lors de la soirée de présentation d’ « Oyana », à la librairie les Guetteurs de Vent

Poursuivre la déambulation

Je vous recommande vivement la lecture de « 1984 » d’Eric Plamondon – des miscellanées, là encore, avec cette trilogie basée sur le destin de trois figures marquantes : Johnny Weissmuller (dans Hongrie-Hollywood express), Richard Brautigan (dans Mayonnaise) et Steve Jobs (Pomme S). Et l’envie vient alors me tarauder de lire tout Brautigan, dont j’avais d’ailleurs chroniqué ‘Le monstre des Hawkline’ il y a quelques mois.

Extraits de « Taqawan »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Dans l’Ouest, l’homme blanc a réussi à éliminer les Indiens en éliminant les bisons. Dans l’Est, il y avait des saumons. On les a pêchés à coup de barrages, de nasses et de filets jusqu’à l’épuisement des stocks. Les Indiens aussi sont épuisés. »

« On ignore toujours sur quel type de radar le saumon peut compter pour retrouver le lieu exact de sa naissance. Il se dirige peut-être à l’aide de la position du soleil et des étoiles. Sachant que le saumon a un odorat très développé, mille fois plus puissant que celui d’un chien, certains pensent qu’il retrouve sa route grâce à l’odeur des rivières. »

« L’art de la pêche à la mouche revient à harceler la bête en train de se reposer tranquillement dans une fosse pendant son voyage de retour. Tout le jeu de la patience est là : taquiner, agacer, tourmenter, jusqu’à ce que l’adversaire craque et se jette sur l’intrus. Quand un saumon gobe une mouche, c’est sa manière de dire : fous-moi la paix ! Crisse-moé patience ! Get out ! »

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