Par-delà la pluie (Victor del Arbol)

par-delà la pluie de victor del arbol chez Actes Sud

« Par-delà la pluie » est un roman de l’auteur espagnol Victor Del Arbol. Cette histoire intense aux ramifications multiples nous emmène sur les traces de Miguel et Helena, deux septuagénaires espagnols, au cours d’un road trip inopiné; et les petites confidences laissent place à la confiance, à l’affection, et forment le socle de la résilience.

L’histoire

Miguel, un banquier à la retraite, apprend qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer. D’un commun accord avec sa fille Natalia, il va s’établir dans une maison de retraite à Tarifa. Là, il rencontre Héléna, une femme délicieuse, fantasque. La disparition subite de l’un des pensionnaires les décide à quitter l’endroit pour un périple qui doit les mener d’abord à Madrid et Barcelone, puis à Malmö en Suède. Quoique très différents, tous deux sont profondément marqués par un passé familial qui les écrase; à l’unisson, ils ressentent le besoin de ‘régler leurs affaires’, d’être en paix avec leur héritage, leur entourage.

Mon avis sur « Par-delà la pluie »

« Par-delà la pluie » est publié dans la collection ‘Actes noirs’, le versant policier des éditions Actes Sud. Certes, une partie de l’intrigue est adossée à une histoire de flic et de truand, et bon nombre de cadavres émaillent le récit. Mais ce roman va, me semble-t-il, bien ‘au-delà’ des codes du polar, en dressant le portrait de ces deux écorchés tellement touchants, Miguel et Héléna, qui à un moment donné, parce que le temps presse et qu’ils n’ont plus grand chose à perdre, choisissent le chemin de la liberté. Leur odyssée est aussi une réflexion profonde sur la vieillesse, le délitement du corps et de l’esprit, quand vient l’heure des bilans et des regrets. Mais la dynamique du scénario ne laisse que peu de place à la nostalgie : les coups de théâtre s’enchaînent, on suit en parallèle plusieurs histoires, naviguant gaillardement de l’Espagne à la Suède, et du passé au présent. La relation à autrui est au cœur de ce livre, qu’il s’agisse des rapports entre parents et enfants, maris et femmes, ou collègues. Discrètement, la question de la condition féminine, hier et aujourd’hui, ici et ailleurs, vient s’immiscer dans le récit. Secrets et mensonges, alliances et trahisons ponctuent et modifient des destins déjà bouleversés par la violence, le sexe et la mort. Mais au-delà de cette réalité brutale émergent aussi des moments magnifiques d’apaisement, de poésie inspirée du ‘réalisme magique’ cher aux auteurs hispaniques, avec l’apparition subtile d’Amador, le père disparu de Miguel, présence fantomatique qui s’invite dans l’esprit de son fils.

Lien vers le site de l’éditeur : Par-delà la pluie, Actes Sud
Traduit de l’espagnol par Claude Bieton
Découvrez une autre chronique à propos de ce livre sur le blog : La Viduité

Rencontre avec Victor Del Arbol

J’ai eu la chance de rencontrer Victor Del Arbol lors d’une soirée de présentation de son livre à la librairie ‘Les guetteurs de vent’ à Paris, et voici sa dédicace à Cornelia :

dédicace de Victor Del Arbol à Cornelia (en espagnol)

Traduction (approximative, je m’en excuse) : ‘Les mots ne peuvent pas nous donner le bonheur, mais peuvent nous ouvrir le chemin’

Poursuivre la déambulation

Ce livre pourrait tout à fait être adapté au cinéma. Il reflète bien cette part sombre et torturée caractéristique de l’Espagne; dans la même veine, je vous ai parlé récemment de ‘El Reino’, un thriller intimiste qui dénonce les dérives liées à la corruption, mais souvenez-vous aussi de ‘Everybody knows’ de Fahradi, un mélo plombé par le silence assourdissant de toute une communauté autour de l’enlèvement d’une jeune fille – c’était d’ailleurs le film d’ouverture du festival de Cannes, il y a un an déjà !

Extraits de « Par-delà la pluie »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Mon mari. Ce n’était pas l’oiseau rare, même pas une personne qui aurait pu satisfaire la jeune fille que j’étais; j’attendais tout de l’amour : la passion, le désir, l’aventure. J’étais un volcan en éruption dont la lave ne serait jamais figée. Walter était tout l’opposé : calme, distant, consciencieux…un professeur de droit de Cambridge qui toute sa vie avait fait exactement les mêmes choses jour après jour, et pour qui le bonheur ressemblait un peu trop au confort. »

« Ni raccourcis ni possibilités de fuite. Ni excuses ni moyens de partir en sifflotant comme s’il n’avait rien vu, car le mort était là, au su et au vu de tous, sur une aire de jeux. Assis sur une balançoire. La tête séparée du cou, posée sur ses genoux entre ses mains jointes, regardant tout le monde, les yeux révulsés. Un vrai spectacle. Et c’était à lui de résoudre l’affaire, il fallait être rapide, propre, efficace. »

« En un sens, ils livrèrent un combat où elle perdit et finit par gagner. Comme s’il était un autre dans son corps habituel, Gövan n’essaya pas de l’épater, ni numéros de cirque, ni ces faux-semblants pornographiques qui l’excitaient en temps normal. Pas de mots orduriers, pas d’effets de pectoraux ou de biceps, pas besoin de calculer combien de pénétrations avant de changer de position. Il ne voulait pas être un macho, juste un amant. »

2 réflexions sur “Par-delà la pluie (Victor del Arbol)

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