Une femme en contre-jour (Gaëlle Josse)

un femme en contre-jour de Gaelle Josse, chez Notabilia - Noir sur Blanc

« Une femme en contre-jour » de Gaëlle Josse raconte l’histoire de Vivian Maier, cette photographe inconnue de son vivant dont on a découvert des milliers de clichés, par hasard, quelques années après sa disparition. Ce récit vient compléter, et sublimer par la puissance de la littérature, le portrait en ombres chinoises d’une artiste discrète, ‘invisible’ dirait-on aujourd’hui. Un bel hommage, empreint de sensibilité et de sincérité.

L’histoire

D’origine française, Vivian Maier est née et a vécu presque toute sa vie aux Etats-Unis. Après une enfance un peu chaotique, elle est devenue nourrice dans de riches familles américaines. Passionnée de photographie, elle a pris des milliers de clichés, pour la plupart non développés. Elle est morte il y a dix ans, dans la misère et l’anonymat. Son œuvre a été découverte un peu par hasard il y a quelques années, par un ‘jeune agent immobilier’, John Maloof, qui s’est totalement investi dans la mise en lumière de ce corpus exceptionnel, et a réalisé le documentaire ‘A la recherche de Vivian Maier’.

Mon avis sur « Une femme en contre-jour »

J’ai vu à sa sortie le documentaire de John Maloof, et j’avais été saisie par cette double histoire incroyable et tellement émouvante : récit du destin de Vivian Maier, et témoignage des circonstances rocambolesques dans lesquelles son œuvre a été révélée. J’étais curieuse de déceler les éléments supplémentaires que Gaëlle Josse pouvait apporter à cette matière déjà intense. Tout d’abord l’auteure plonge dans les origines familiales de Vivian Maier, raconte ses allers-retours en France, et c’est encore tout un pan inconnu de son histoire qui apparaît, et permet de mieux comprendre la personnalité complexe et les comportements troublants de la photographe. Mais surtout, Gaëlle Josse lui confère un statut clair et net d’artiste, renversant la vision, vaguement condescendante, de la ‘nounou qui faisait des photos’ – lointaine cousine de Bécassine, ou de Mary Poppins. Enfin, le livre, doté d’indéniables qualités littéraires, bien au-delà d’un simple documentaire, sublime l’histoire, en la rendant haletante, avec des phrases courtes, et l’usage d’un présent (ou même d’un futur) qui dynamisent le récit. Enfin, contrairement à beaucoup de biographies romancées, où l’on ne sait jamais où commence la fiction et où s’arrête la vérité historique, on a ici affaire à un texte court, qui ne laisse quasiment pas de place à l’extrapolation, comme si au-delà de l’hommage rendu, l’auteure avait tenu à respecter l’identité et le mystère de cette ‘femme à contre-jour’, dont on ne connaîtra probablement jamais tous les secrets.

Accédez au site de l’éditeur : Une femme en contre-jour, Noir sur Blanc
Lisez une autre chronique à propos de ce livre, sur le blog : Mots pour mots

Rencontre avec Gaëlle Josse

J’ai eu la chance de rencontrer Gaëlle Josse lors du Salon Livre Paris 2019, et de la féliciter pour « Le gardien d’Ellis Island » qui m’avait beaucoup plu. Et voici sa dédicace à Cornelia :

dédicace de gaelle josse pour 'une femme en contre-jour', à l'attention de Cornelia

Poursuivre la déambulation

On termine le livre en n’ayant qu’une envie : (re)-découvrir les clichés de Vivian Maier ! Pour cela, il existe un site officiel (en anglais) : Vivian Maier
En complément, vous pouvez bien entendu voir et revoir le documentaire de John Maloof, ou acquérir le recueil ‘Street Photographer’ qui présente une bonne centaine de tirages, y compris (à la fin), les auto-portraits énigmatiques et tellement touchants de Vivian Maier (équipée de son inséparable Rolleiflex). Elle vient rejoindre la petite cohorte des femmes photographes ‘connues’, parmi lesquelles Martine Franck et Dorothea Lange, dont je vous ai déjà parlé.

Extraits de « Une femme en contre-jour »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Il aura fallu des rêves, des départs, il aura fallu des océans et des bateaux pour que ce 1er février 1926, au cœur de l’hiver new-yorkais, naisse Vivian, l’enfant au nom de fée. Mais, des fées, Vivian ne recevra guère, dans ces années-là, d’autre cadeau. »

« Vivian, on la dit gaie, enjouée, sociable, un peu garçon manqué, avide de grand air, d’escalades et de promenades. Sur l’une des rares photos que l’on possède d’elle enfant, on la voit au côté de sa mère dont le visage disparaît dans l’ombre que pose son chapeau sur ses traits. Le cliché a été pris par un cousin ou un proche avec l’appareil de Maria. Vivian regarde l’objectif d’un air attentif, un peu boudeur, ou suspicieux. Un air d’enfant grave. »

« Vivian Maier est avant tout une artiste, même si elle n’en revendique rien. Son gagne-pain lui est indispensable, mais accessoire. Elle n’est pas une nourrice qui prend des photos pour se distraire, mais une artiste qui se contente d’un travail alimentaire. Question de focale. De point de vue. »

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