Les sorcières de la République (Chloé Delaume)

les sorcières de la République de Chloé Delaume

« Les sorcières de la République » de Chloé Delaume, est paru au Seuil en août 2016. Roman futuriste, féministe, ce livre dresse le portrait d’une ‘sorcière’ moderne, bouc émissaire d’une société normative. Mais à vouloir trop en faire, l’auteure perd son lecteur dans les couloirs du temps.

L’histoire

En 2062, en France, a lieu le procès retentissant de la Sybille. Depuis la nuit des temps, elle prédit les événements à venir, sans être toujours écoutée; elle a été impliquée dans l’accession au pouvoir en 2017 du parti du Cercle, un mouvement féministe. Et peut-être pourra-t-elle enfin expliquer ce qui s’est passé entre 2017 et 2020, une période (baptisée le Grand Blanc) tellement sombre de l’histoire du pays, qu’il a été décidé, collectivement, de l’effacer de toutes les mémoires.

Mon avis sur « Les sorcières de la République »

Le synopsis des « sorcières de la République » est prometteur : voyage dans le temps, féminisme, procès. La première partie du livre est menée tambour battant, animée par une plume nerveuse et vibrionnante, avec des interventions hilarantes de la journaliste en direct du tribunal, et les premières prises de parole de la Sybille. On y découvre une France qu’on connaît bien, avec juste ce qu’il faut de décalage pour créer un léger sentiment de malaise. Mais au bout d’une centaine de pages, il y a un effet de lassitude : Chloé Delaume dont l’imagination est pourtant foisonnante, part dans une évocation de la vie des dieux grecs, une correspondance par e-mail entre Artémis et Jésus-Christ, le portrait de la future présidente – et oublie de conter ce pour quoi le lecteur (et l’auditoire au tribunal) sont en haleine : le Grand Blanc. A force de multiplier les formules chocs, les effets de style (répétitions), et les hashtags, la romancière dilue l’intrigue dans un trop-plein hétéroclite. Son message féministe ne passe pas, peut-être parce qu’il est porté par des personnages issus de la mythologie; elle a donc souhaité enfoncer le clou en publiant sur le même thème un essai, ‘Mes bien chères soeurs’, paru au Seuil début 2019.

Accédez au site de l’éditeur : Les sorcières de la République, Seuil
Découvrez une autre chronique à propos de ce livre sur le blog : Charybde

Poursuivre la déambulation

Depuis toujours, la figure de la sorcière fascine et effraie. Pourquoi semble-t-elle aujourd’hui d’actualité ? Peut-être parce que des droits accordés aux femmes, qui semblaient inaltérables, risquent un jour d’être remis en cause? Je vous ai parlé récemment de l’essai de Mona Chollet, ‘Sorcières’ qui dresse le portrait de ‘sorcières’ des temps modernes. Côté fiction, il est intéressant de voir la manière dont un homme, Antoine Volodine, s’empare de ce sujet, dans son dernier roman intitulé ‘Frères sorcières’.

Extraits

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Entre les rares femmes qui ont su changer le plafond de verre en catwalk, le regard est griffu et la mesquinerie inventive. La place est tellement chère, combien d’années de sacrifices pour dépasser le plafond de verre. La place est tellement rare, ce podium si peu foulé par des petons en escarpins. C’est beaucoup plus qu’une récompense, c’est un accès, une carte, une clef. »

« Au commencement était le Verbe. Arrêter de voir les choses en grand, s’attaquer à la base, le verbe y mettre une minuscule. Reprendre le verbe, à la base. Pour ne pas devenir un sujet, pour ne pas être soumis au poids des adjectifs, reprendre le verbe, s’écrire. Se conjuguer soi-même, pour cela atteindre le verbe qui peut tout modifier. »

« Nous sommes le 10 février de cet an disgracieux qu’est 2062. L’Apocalypse, la magie, la politique, le Grand Blanc, le numéro de la République. Au final, pour vous, qu’est ce que ça change ? A l’intérieur, à l’extérieur. Dix milliards d’êtres humains qui consomment des yaourts. »


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