Sorcières (Mona Chollet)

Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

« Sorcières » de Mona Chollet est un essai qui établit un lien entre les sorcières d’antan, qui ont été, à la Renaissance, l’objet d’innombrables persécutions, et les femmes d’aujourd’hui, dont certaines, par leurs choix de vie ou tout simplement du fait de leur âge, sont fustigées, vilipendées. Emerge alors le portrait de ‘sorcières’ modernes, qui doivent assumer leur statut de femme indépendante, ou sans enfant, ou vieillissante. Sans chercher à créer de polémique, Mona Chollet redonne ainsi aux femmes, à toutes les femmes, le courage de vivre leur vie, indépendamment des diktats que la société pourrait leur imposer.

L’histoire

Journaliste au Monde Diplomatique, Mona Chollet a déjà écrit plusieurs essais sur la condition féminine. Dans « Sorcières », elle commence par rappeler les circonstances et les causes des ‘chasses’ dont ont été victimes des milliers de femmes, à la Renaissance. Elle invoque ensuite trois figures modernes de la ‘sorcière’ : la femme indépendante, qui subvient seule à ses besoins, la femme ayant fait le choix de refuser la maternité, la femme vieillissante. Elle termine son essai par une injonction à bouleverser l’ordre des choses, en mettant ‘ce monde cul par-dessus tête’, c’est-à-dire à se débarrasser du modèle patriarcal établi pour mieux assumer sa vie.

Mon avis sur « Sorcières »

Je ne lis pas souvent des essais, et j’ai apprécié ici la fluidité et la spontanéité du style, qui rendent la lecture très agréable et intéressante. En effet, Mona Chollet fait référence à de nombreux ouvrages, avec un hommage appuyé à Gloria Steinem, et n’hésite pas à partager aussi, parfois, son expérience personnelle. Instructif, cet essai trouve le ton juste, évitant l’écueil des extrêmes, militantisme revanchard ou auto-apitoiement larmoyant. Toutefois mon intérêt pour le livre est allé décroissant : passionnée par l’histoire des sorcières au début, j’ai lu avec attention les trois ‘portraits’ de femmes sorcières modernes, mais je n’ai pas bien saisi l’objectif de la dernière partie. De même, le sous-titre ‘La puissance invaincue des femmes’ ne reflète pas, à mon avis, le contenu de l’ouvrage.
On peut être d’accord, ou non, avec les thèses de Mona Chollet. Pour ma part, je me suis sentie vraiment en phase avec les idées développées à propos des femmes ‘indépendantes’ et ‘vieillissantes’ , mais je n’ai pas été convaincue par la vision de l’auteure sur les femmes refusant la maternité. Je trouve aussi que l’amalgame entre le féminisme et la lutte contre le racisme ou l’antisémitisme est exagéré. En revanche, il est intéressant de noter l’évolution de l’image de la ‘sorcière’, qui est devenue une héroïne dans l’imagerie de la pop-culture; et, arrivée au terme de la lecture, je me prends à espérer que les nouvelles générations de fillettes et d’adolescentes pourront s’inspirer inconsciemment de ces modèles, pour se construire une personnalité et une vie en accord avec leurs aspirations profondes, quitte à ne pas se conformer au modèle établi.

Accéder au site de l’éditeur : Sorcières, Zones
Retrouvez une autre chronique à propos de ce livre, sur le blog : Mes mille et une nuits à lire

Poursuivre la déambulation

Si vous souhaitez en savoir davantage sur Gloria Steinem, sachez que Harper Collins a publié récemment ses mémoires, ‘Ma vie sur la route, mémoires d’une icône féministe’.
Les sorcières d’aujourd’hui sont assez malines pour se fondre dans le décor. On en retrouve naturellement aussi dans les fictions: on repense aux deux sœurs rebelles, Douce et Granita, dans le très beau livre de Vanessa Bamberger ‘Alto Braco’, ou encore à Christine et Jeanne dans ‘Le roman de Jeanne’ ; au cinéma, on se souvient d’Halla, l’héroïne activiste écolo de ‘Woman at war’ ou encore de la magnifique ‘Aurore’ incarnée par Agnès Jaoui – un film cité en exemple dans ‘Sorcières’.

Extraits de « Sorcières »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Les chasses aux sorcières ont aussi inscrit profondément dans les consciences une image très négative de la vieille femme. Certes, on a brûlé de toutes jeunes ‘sorcières’, et même des enfants de sept ou huit ans, filles et garçons; mais les plus âgées, jugées à la fois répugnantes par leur aspect et particulièrement dangereuses du fait de leur expérience, ont été les ‘victimes favorites des chasses’. »

« Si elle n’en a pas l’exclusivité, la célibataire incarne l’indépendance féminine sous sa forme la plus visible, la plus évidente. Cela en fait une figure haïssable pour les réactionnaires, mais la rend aussi intimidante pour nombre d’autres femmes. »

« Quand on ne met pas en doute la ‘bonne foi’ des femmes volontairement sans enfant, on leur cherche des maternités de substitution: Les professeures seraient des mères pour leurs élèves ou leurs étudiants, les livres seraient les rejetons des écrivaines, etc. »

« Le monde médical paraît très soucieux d’exercer un contrôle permanent sur le corps féminin et de s’y assurer un accès illimité. Comme dans une répétition inlassable du processus de domestication de la nature et des femmes, il semble qu’il faille toujours réduire ce corps à la passivité, s’assurer de sa docilité. »

3 réflexions sur “Sorcières (Mona Chollet)

  1. Pingback: Frères sorcières (Antoine Volodine) | Cornelia

  2. Pingback: Les sorcières de la République (Chloé Delaume) | Cornelia

  3. Pingback: La beauté des jours (Claudie Gallay) | Cornelia

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