L’ombre des hommes (Marc Pellacoeur)

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« L’ombre des hommes » est le second roman de Marc Pellacoeur, paru chez l’Escampette dix ans après son premier opus remarqué, ‘Aux vents!’. La journée mondiale de la procrastination ayant été fixée au 25 mars, j’ai moi-même un peu lambiné avant de mettre en ligne cette chronique relatée par un champion toutes catégories de cette discipline. Notez qu’il aurait aussi pu fort bien exceller en natation en eaux troubles – mais finalement, il a choisi de se spécialiser dans l’art du poker.

L’histoire

Max Hellacoeur, le narrateur, sort de prison. Sa compagne Pupuce a bien essayé de le faire évader par la voie des airs avec un hélicoptère mais ça n’a pas marché : elle est à l’ombre encore pour un petit moment. Comme on est bien obligé de gagner sa croûte, Max démarre un petit boulot. Mais le naturel reprend rapidement le dessus, et il trouve heureusement une autre occupation qui lui convient beaucoup mieux (tout en lui rapportant un peu d’argent): organiser des parties de poker clandestines pour les petits et gros malfrats de la bonne ville de Bourges, auxquels se mêlent à l’occasion des honnêtes gens (un boucher incorruptible) ou des individus carrément louches.

Mon avis sur « L’ombre des hommes »

Y-aurait-il par hasard un lien entre Marc Pellacoeur, l’auteur, et Max Hellacoeur, son personnage, le narrateur ? « L’ombre des hommes » explore avec une verve aux accents céliniens, inspirée d’Audiard et de San Antonio, le parcours d’un type bien trop paresseux pour travailler, et doté d’une solide philosophie devant lui permettre de survivre au sein de son petit ‘groupe d’amis’ – pour la plupart truands, proxénètes ou prostituées. Hellacoeur a des principes, mais il sait aussi composer avec la morale, négocier avec la ligne droite pour se sortir des situations délicates. Ce personnage haut-en-couleur en vient donc à détailler des raisonnements parfaitement absurdes mais guidés par une logique très personnelle. Son point faible, c’est Pupuce, sa douce amie, qui, une fois sortie de prison, s’avère diablement difficile à manipuler, allant jusqu’à adopter une posture sacrificielle, lorsqu’elle se mêle d’éviter des déboires au malheureux Pépito.
La description de ce petit monde et des troubles qui l’agite est absolument hilarante, menée de main de maître par la gouaille décomplexée du narrateur. Les descriptions (le portrait de Pepito est remarquable), les dialogues, les rebondissements sont ponctués de phrases mémorables, percutantes, qui claquent et résonnent, pour le plus grand plaisir du lecteur.
Lien vers le site (tout beau, tout neuf), de l’éditeur : L’ombre des hommes, L’escampette
Découvrez aussi une autre chronique à propos de ce livre, sur le blog de Robin Guilloux

Poursuivre la déambulation

« L’ombre des hommes » vous propose aussi une magnifique compilation de toutes les techniques de triche au poker. Stéphane, le joueur compulsif du roman ‘Le plongeur’ de Stéphane Larue aurait-il pu s’en inspirer ? La passion du jeu a été immortalisée par Dostoïevski dans son célèbre roman ‘Le joueur’. Mais elle peut aussi prendre des chemins plus tortueux, sous la plume de Pouchkine, dans ‘La Dame de Pique’.

Extraits

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Qu’ils s’étripassent, peu m’en chalait ! Et j’échangeais toutes les morales du monde contre une noix de coco. »

« Que seuls me jettent la pierre ceux qui à la vue de Ravaillac en train de se plaindre d’une poule au pot trop salée auraient été capables de deviner le destin d’Henri IV. Tous les autres : silence. »

« Pour amuser le peuple, le distraire de l’idée de la mort, que sinon il aurait pu en perdre tout élan, les Romains en leur temps n’ont pas trouvé mieux que l’arène, spectacle un peu cruel, certes, mais pas si bête finalement. Après un combat de gladiateurs ou un repas de chrétiens les masses, les populaires, pouvaient de nouveau s’étriper sans gêne, heureuses, pas du tout ramollies d’un repos, leur nature alors entretenue au mieux, fortifiée même. »

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