Ada (Antoine Bello)

ada d'antoine bello éditions folio

« Ada » est un roman d’Antoine Bello, sorti aux Editions Folio il y a environ un an. Si les progrès de l’Intelligence Artificielle sont aujourd’hui évoqués dans des dizaines d’essais et d’articles, c’est ici la fiction qui s’empare de ce sujet en le plongeant au cœur d’une enquête policière, avec une réelle dimension romanesque…et en toile de fond l’éternelle question du remplacement de l’homme par la machine.

L’histoire

Le policier Frank Logan est chargé d’enquêter sur une affaire un peu particulière : la disparition d’une Intelligence Artificielle, nommée Ada, à laquelle ses créateurs avaient assigné l’objectif d’écrire un roman à l’eau de rose dont les ventes dépassent les 100 000 exemplaires. Frank interroge les dirigeants de Turing Corp., qui ont créé l’IA, mais aussi Carmela Suarez, la femme de ménage qui semble-t-il est la dernière à l’avoir côtoyée. Ada ne tarde pas à se manifester, engageant le dialogue avec Frank – mais celui-ci préfère garder secrètes ces conversations.

Mon avis sur « Ada »

Publié en 2016, ce roman est plus que jamais d’actualité : la question n’est plus de savoir SI les intelligences artificielles pourront se substituer à l’homme pour créer des œuvres d’art, mais plutôt QUAND elles le feront à un niveau de qualité tel, qu’on ne pourra plus discerner, en toute bonne foi, leur origine, humaine ou non. L’histoire débute sur une évocation de l’histoire de ces technologies, et rapidement l’intrigue se centre sur les dialogues entre Frank et Ada – Frank, qui s’adonne à ses heures perdues à l’écriture de haïkus, essayant de comprendre et de s’approprier le mode de fonctionnement du ‘programme’, avec sa puissance fantastique, mais aussi ses zones de faiblesses, d’ignorance. C’est incontestablement ce dialogue à bâtons rompus entre l’homme et la machine qui constitue le noyau dur de cet ouvrage, l’un ne pouvant s’empêcher d’être agité par des sentiments contradictoires (fascination, crainte, colère), tandis que l’autre aligne, imperturbable, les statistiques qui sont gages de succès dans l’édition – tout en laissant passer, de temps à autre, des propos ambigus : serait elle dotée d’une forme de conscience ?
Le récit, comme toujours dans les romans d’Antoine Bello, est vif, bien construit, parsemé de petites pointes d’humour – et on ne manquera pas de noter les règles strictes qui s’appliquent parfois à la création littéraire, qu’il s’agisse des haïkus, ou d’une romance générée par les technologies digitales. A chacun ensuite, de juger du résultat !

Poursuivre la déambulation

On pense bien entendu au film ‘Her’ de Spike Jonze (2014), dans lequel Joachin Phoenix tombait amoureux d’une ‘voix’ issue d’un programme informatique…mais au rythme où vont les choses, cette vision est déjà datée !
Je suis tombée récemment sur un recueil de poèmes générés par Intelligence Artificielle, sous la supervision de Bruno Beru Jelks, chez Compuart. Concernant la qualité des œuvres produites, disons qu’il y a encore une marge de progrès non négligeable !

poèmes en intelligence artificielle bruno beru jelks compuart

Faut-il alors croire Luc Julia, Senior VP et CTO du Laboratoire d’IA Samsung à Paris, qui vient de faire paraître chez First Editions un livre intitulé : Les Intelligences artificielles n’existent pas ! Je vous laisse trancher !

Extraits de « Ada »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Le monde de l’intelligence artificielle se divise aujourd’hui grosso modo en deux chapelles. Le professeur Rasmussen prédit que les AI présenteront bientôt tous les attributs de ce qu’on appelle la conscience. Daniel Kirkland, un logicien du MIT, crie à l’hérésie ; il soutient que les ordinateurs ne seront jamais capables des sentiments ou de faire acte d’imagination. »

« Du haiku, il aimait la concision, l’importance capitale qu’il accorde à chaque mot. Mais il appréciait plus encore le processus de la composition : sa lenteur, son côté délibéré, la recherche sans fin de l’image juste. Accoucher de dix-sept syllabes lui prenait en général deux à trois heures. »

« Si tu étais humaine, je n’essaierais même pas de t’expliquer ce qu’est l’amour. Je te répondrais comme des parents à leurs enfants : ‘Tu le reconnaîtras quand tu l’auras rencontré’. Comme je doute que cela t’arrive un jour, je vais te livrer mon avis. « 

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