La chance de leur vie (Agnès Desarthe)

la chance de leur vie d'Agnès Desarthe aux editions de l'Olivier

« La chance de leur vie » est le dernier roman d’Agnès Desarthe, paru aux éditions de l’Olivier. En abordant le thème de l’expatriation, la romancière explore l’impact de la perte des repères sur une cellule familiale. Cette expérience à priori sans risque est-elle vraiment ‘la chance de leur vie’ ? Peut-être, à condition d’admettre qu’il faut traverser des épreuves pour mieux se connaître soi-même, et mesurer l’amour qu’on porte aux siens.

L’histoire

Hector et Sylvie, ainsi que leur fils Lester, partent s’établir aux Etats-Unis. L’équilibre familial s’en trouve ébranlé : d’abord pétrifiée à la seule idée de quitter la maison, Sylvie finit par trouver une forme d’accomplissement dans la pratique du modelage et de la céramique. Quant à Hector, son statut d’universitaire français lui vaut un succès inattendu auprès de ses collègues de la gent féminine. Lester, lui, semble traverser une crise spirituelle et s’adonne à de curieux rituels avec ses camarades du ‘College’.

Mon avis sur « La chance de leur vie »

En ouvrant ce livre, j’étais curieuse de découvrir la vie de cette famille fraîchement débarquée aux Etats-Unis, et de capter, peut-être, les regards croisés que se portent mutuellement les français et les américains, ainsi que la perception qu’ont de la France, les expatriés. De fait, les différences culturelles, même si elles peuvent sembler imperceptibles dans la vie quotidienne des personnages, existent bel et bien, et certaines sont évoquées, au fil du récit, par petites touches.
Mais l’essentiel n’est pas là : Agnès Desarthe, en plongeant ses personnages dans un environnement où ils n’ont que bien peu de repères, les incite en fait à une introspection, qui leur permettra à chacun de cheminer vers leur vérité propre, quitte à risquer de faire éclater la cellule familiale – alors qu’on aurait attendu l’inverse, c’est-à-dire une cohésion renforcée. Le pari est audacieux, car le récit est écrit largement du point de vue de Sylvie, et donc les motivations et l’évolution psychologique de son mari et de son fils ne sont pas véritablement explicites. Ainsi, le lecteur se trouve placé face à un enchaînement de faits, sans pouvoir en expliquer les racines profondes, et ne peut alors développer une très grande empathie à l’égard des personnages, ni un réel intérêt pour l’histoire. J’ai donc été un peu déçue par un contenu à mon avis insuffisamment fouillé, même si ce livre se lit aisément, avec un style agréable et maîtrisé.

Lien vers le site de l’éditeur : La chance de leur vie, Editions de l’Olivier
Retrouvez une autre chronique à propos de ce livre sur le blog : Enfin livre !

Poursuivre la déambulation

Tout au long de la lecture, j’ai gardé cette impression étrange que ce roman aurait pu être écrit par un(e) auteur(e) américain(e). De fait, pour bien des auteurs français l’écriture d’un ‘roman américain’ est comme un point de passage obligé, un exercice qui les projette ensuite, peut-être, dans d’autres dimensions de la littérature. On pense évidemment à ‘L’étudiant étranger’ de Philippe Labro, ou encore au ‘Roman américain’ d’Antoine Bello, ou tout simplement à ‘La disparition de Jim Sullivan’ de Tanguy Viel, que j’avais chroniqué l’année dernière.

Extraits

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Elle écoute avec attention la description que lui fait Bob de Rachid, le marchand qui vend de tout, avec sa blouse bleu Klein et sa belle moustache noire. Elle songe qu’autrefois, on appelait ça ‘larab’, ces épiceries parisiennes qui ne fermaient jamais et vendaient de tout. Elle ne s’imagine plus employer cette expression. L’épicerie arabe, l’arabe du coin. Non. On ne dit plus comme ça. Elle se surprend à éprouver de la nostalgie pour ce terme, mais c’est plutôt une nostalgie pour une époque. »

« A son retour, elle les trouvait, enlacés, comme un grand frère protecteur et son cadet. L’aîné avait aussi les yeux fermés. Elle s’asseyait un instant, face à eux, sans faire de bruit, et écoutait leurs souffles mêlés avec le même recueillement ravi que pour une fugue de Bach. Jamais elle n’avait surpris son mari dans un pareil abandon avec son enfant. »

« Car, après tout, je suis un genre de princesse, pense Sylvie, puisque je n’ai jamais eu à gagner ma vie. Qu’ai-je fait tout ce temps ? Toutes ces années? J’ai lu la totalité de la bibliothèque d’un philosophe français qui est aussi poète et se trouve être mon mari. J’ai couvé deux enfants. J’en ai élevé un, et encore, pas tout à fait et si mal. »

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