Tout ce qui nous submerge (Daisy Johnson)

livre tout ce qui nous submerge de daisy johnson aux éditions Stock

« Tout ce qui nous submerge », (titre original : ‘Everything under’), de Daisy Johnson (à ne surtout pas confondre avec l’héroïne de Marvel), pourrait être qualifié de ‘roman-fleuve’ : non que sa longueur soit excessive, mais bien parce qu’il nous transporte au fil de l’eau, puis nous amène à nager en eaux troubles, dans un tourbillon d’émotions puissantes et contradictoires. Un premier roman magistral.

L’histoire

Gretel cherche désespérément à retrouver sa mère, Sarah. Lorsqu’elle était enfant, elles ont vécu toutes les deux à bord d’un bateau, sur une rivière, et recueilli pendant quelques temps un jeune homme, Marcus, qui a ensuite disparu. Gretel se lance sur les traces de Marcus, espérant alors localiser Sarah. C’est ainsi qu’elle rencontre Laura et Roger, les parents de Marcus, et aussi Fiona, une amie de la famille.

Mon avis sur « Tout ce qui nous submerge »

La construction du livre fait alterner trois époques différentes : les chapitres intitulés ‘La rivière’ relatent l’épisode de la vie de Sarah et Gretel avec Marcus, ‘La traque’ se réfère à l’enquête menée par Sarah à la recherche de sa mère, et ‘La petite maison’ les voit réunies toutes deux, Sarah vieillissante n’ayant plus tout sa tête. La lecture de ce livre nécessite ainsi un petit temps d’adaptation, pour bien situer les lieux, les époques, les personnages. Une fois cette mise au point réalisée, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette histoire complexe et ses multiples rebondissements.
On embarque dans ce roman comme sur une barque au fil de l’eau, et en surgissent des thèmes éternels: la filiation, la féminité, la vieillesse, l’amour. Se dégage de ce texte un immense force poétique, ode à un univers liquide et brumeux, mystérieux, peuplé de monstres symboliques (attention, le Bonak rôde), relié par des fils invisibles à la mythologie grecque et à la tradition des contes.
Sarah et Gretel, la mère et la fille, unies par une même soif de liberté et par les mots de leur idiome propre, se séparent et se retrouvent. Et Sarah devenue vieille et dépendante nous touche par sa vulnérabilité, ses maladresses. C’est parce qu’il n’y a soudain plus d’enjeu et que tout a été dit, que l’amour inconditionnel entre une fille et sa mère peut enfin s’exprimer.

Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux.
Lien vers le site de l’éditeur : Tout ce qui nous submerge, Stock

Un grand merci à Netgalley et aux éditions Stock, qui m’ont permis la découverte de ce livre avant sa parution !

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Poursuivre la déambulation

Qu’est-ce qu’une famille ? Faut-il nécessairement des liens de ‘sang’ entre ses membres ? Ce thème, présent tout au long de « Tout ce qui nous submerge » est aussi développé dans le magnifique film « Une affaire de famille » de Kore-eda, dont je vous avais parlé il y a quelques temps, en soulignant la présence lumineuse de la grand-mère…
Dans le livre, Sarah, âgée, perd ses repères et ses mots. Les échanges avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer sont parfois cocasses par leur absurdité. Jean-Claude Grumberg, dans la pièce ‘Votre Maman’ a traité de ce sujet avec une très grande délicatesse.

Extraits de « Tout ce qui nous submerge »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

 » On est toutes deux affamées. On entre dans un supermarché et on met tout et n’importe quoi dans un chariot. Je te vois attraper un poulet entier mais je ne dis rien. Ton langage se délite sans aucune intention de se reformer. Tu enchâsses les phrases les unes dans les autres, tu montres du pain en disant œuf, tu parais ivre, des bruits t’échappent, semblables à des explosions électriques. Tu parles de toi à la troisième personne et tu as l’air d’avoir totalement perdu la lettre M. »

« Que nous reste-t-il de cette rivière sinueuse perdue depuis si longtemps, cette colonne vertébrale au centre du paysage ? Qu’étions-nous, là-bas ? Une sauvageonne avec sa mère qui l’était encore plus, deux démones qui vivaient comme des bêtes dans un endroit où personne ne pouvait les trouver. Regardez-nous, maintenant. Rabougries, misérables, avec une tendance prononcée à la destruction, voire à l’auto-destruction, à nous houspiller sans cesse dans une maison trop petite pour nous deux. »

« Dans la nuit, la rivière enfla, apportant des poissons morts dont le ventre argenté dépassait de l’eau boueuse, le pont d’un bateau brisé par le courant, des tourbillons de feuilles d’automne en provenance d’endroits où les saisons étaient en retard, l’hiver tout juste arrivé, des embruns de sel et de sable qui venaient de la mer. Il y avait dans l’eau plus de Bonak qu’on pouvait les dénombrer : des corps dont les fantômes risquaient de se perdre dans l’ancre, des troncs assez gros pour emporter le bateau, le voleur du canal qui s’élevait, hésitant, du ventre de chaque vague. »

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