La transition (Luke Kennard)

Livre La transition de Luke Kennard aux Editions Anne Carrière

« La transition » est le premier roman de Luke Kennard. Dans cette dystopie qui s’apparente plutôt à une fable, une organisation se donne pour mission de ‘rééduquer’ ceux qui ont pris des chemins de traverse – sans violence, mais en utilisant tous les ressorts de l’influence, de la persuasion, de la manipulation.

L’histoire

Suite à quelques soucis judiciaires, plutôt que d’aller en prison, Karl choisit d’emménager pour six mois avec sa femme Geneviève dans la maison d’un couple de ‘mentors’, Stu et Janna, afin de suivre un programme appelé ‘La transition’. Stu et Janna sont charmants, mais un peu intrusifs. Au fil du temps, Karl prend ses distances, quitte à payer pour ses incartades, tandis que Geneviève choisit la voie de la docilité, et saisit cette opportunité pour tenter un rebond professionnel.

Mon avis sur « La transition »

L’idée de départ, ce programme de ‘réhabilitation’ pour adultes ‘consentants’, est vraiment intéressante ; elle met en lumière quelques travers de nos sociétés : l’incapacité à gérer son budget avec des revenus trop faibles et des dépenses trop élevées, l’insidieuse poussée vers toujours plus de conformisme, l’inefficacité des contre-pouvoirs. Mais au fil des pages, le livre ne tient pas ses promesses; l’intrigue patauge un peu, sans véritable surprise. L’auteur tente de lancer des pistes qui se diluent ensuite. Toutefois, les quatre personnages principaux sont bien campés, en particulier Janna et Stu, totalement ambigus avec leur fausse bienveillance, qui n’exclut pas une active surveillance des faits et gestes de leurs pensionnaires. Seul Karl le fautif est véritablement touchant, jonglant entre une épouse qui le délaisse, ses fausses rédactions pour étudiants paresseux et une recherche décousue et maladroite des desseins de l’organisation. Il en ressort quelques situations assez drôles, qui malheureusement ne suffisent pas à maintenir le lecteur en haleine.

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marie de Prémonville
Lien vers le site de l’éditeur : La transition, Anne Carrière
Découvrez une autre chronique de ce livre sur le blog : Garoupe

Poursuivre la déambulation

A propos de manipulation, je vous ai parlé récemment du roman « De si bons amis » de Joyce Maynard, où il est également question d’un couple qui prend le pouvoir sur la vie d’autrui – mais avec une arme différente : l’argent.
Si vous aimez les personnages un peu ‘hors-cadre’, je vous recommande vivement la lecture de ‘L’homme-dé’ d’un autre Luke, Luke Rhinehart . Celui-ci a décidé de jouer aux dés toutes les décisions de son existence; un livre hilarant et caracolant, propulsé par un souffle d’imagination puissant.

Extraits de « La transition »

Ecoutez la lecture de la première page de « La transition »

« C’est censé être le journal des gens cultivés et pauvres, sauf qu’on est pas du tout représentés. Les journaux s’adressent à la tranche la plus aisée d’une fraction déjà infime de la société.

– On passe tous la plus grande partie de notre vie à rêver de l’avenir qu’on estime mériter, dit Janna. »

« On est effroyablement à la traîne, concernant les dents, dans ce pays, renchérit Janna. On ne les relie pas à la santé en général. La plupart des gens ont les dents dans un tel état qu’ils feraient aussi bien de se balader avec des déchets radioactifs dans la bouche. Prenez n’importe quelle maladie: une fois sur deux, ça vient des dents ou des gencives. Vous utilisez du fil dentaire ? »

« On ne disait plus ‘maniaco-dépressif’, bien sûr. On était censé croire que la stigmatisation de la maladie mentale était de l’histoire ancienne, mais Karl avait eu le sentiment qu’au fond d’eux, la plupart des gens pensaient comme Barton. Et aucune campagne de dédiabolisation, même bien orchestrée, ne pourrait faire disparaître la peur, l’effroi et la honte. L’ombre d’une rumeur de maladie mentale était à elle seule terrorisante, et Geneviève était directement touchée. »

« L’éclairage du frigo de Janna et Su confinait à l’œuvre d’art. On se serait cru dans un cabinet de curiosités ou une librairie indépendante. Karl l’apprécia tout particulièrement avec la cuisine plongée dans l’ombre. Il déposa trois tortellinis froids et deux tomates cerises sur une grosse tranche de jambon et en fit un tube. »

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