Le roman de Jeanne (Lidia Yuknavitch)

Livre Le roman de Jeanne de Lydia Yuknavitch aux Editions Denoël

« Le roman de Jeanne » est un livre de Lidia Yuknavitch, qui transpose à sa manière l’histoire de Jeanne d’Arc dans un univers post-apocalyptique. Préparez-vous à voyager dans le temps et dans l’espace, entre deux histoires, celle de Jeanne la rebelle, et celle de Christine la scribe – mais attention, la noirceur et la violence omniprésentes risquent de vous décourager d’aller au bout du périple.

L’histoire

En 2049, Christine Pizan a quarante-neuf ans. Elle vit dans une sorte de capsule spatiale baptisée CIEL, qui, sous la houlette du terrifiant Jean de Men pompe allègrement les quelques ressources encore disponibles sur la Terre, anéantie, dévastée par les guerres. Elle sait qu’elle n’en a plus pour bien longtemps, car en principe à cinquante ans la vie désormais doit s’arrêter. Elle est passée maître dans l’art de réaliser sur son corps des ‘griphes’, sortes de tatouages où elle raconte l’épopée de Jeanne, grande figure de la résistance au pouvoir en place.

Mon avis sur « Le roman de Jeanne »

J’étais curieuse de découvrir cette ‘réinvention’ de la vie de Jeanne d’Arc, dans un roman de science-fiction. Je ne vous cache pas que j’ai été très déçue par cette lecture. D’une part, le parallèle avec le destin de la véritable ‘pucelle d’Orléans’ reste anecdotique, à part quelques allusions sorties directement de livres d’Histoire niveau CM2. Mais surtout, le lecteur baigne dans un univers parfaitement glauque, hideux, que ce soit au ‘CIEL’ ou sur/sous Terre. La violence est omniprésente, intense, et particulièrement insupportable dès lors qu’il est question de la décomposition des corps, de la torture, des blessures. La sexualité et la mort s’étreignent dans une lutte macabre et nauséabonde. Certes, la plume de Lidia Yuknavitch a parfois des fulgurances poétiques, mais ces bribes de phrases miraculeuses ne parviennent pas à sauver l’ensemble d’une pesanteur emphatique, tant dans le style de certains passages, que dans le choix de virages narratifs et autres rebondissements taillés à la serpe. Bref, je ne sais pas si les grands adeptes de pure science-fiction sauront se délecter de cette histoire, mais en ce qui me concerne je vais la remiser au rayon ‘A revendre’.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Simon Kroeger
Lien vers le site de l’éditeur : Le roman de Jeanne, Denoël
Découvrez une autre chronique de ce livre sur le blog de The Unamed Bookshelf

Poursuivre la déambulation

Quitte à me plonger dans des univers post-apocalyptiques ultra-sombres, je préfère la plume d’Antoine Volodine dont le ‘Terminus radieux’ comporte tout de même des traits d’humour ou de distanciation qui permettent au lecteur de reprendre son souffle. Souvenez-vous aussi de l’énigmatique ‘Black Village’ de Lutz Bassman (alias Volodine), avec sa construction alambiquée et sa galerie de personnages déglingués. Avez-vous lu son dernier opus, sorti en janvier, intitulé ‘Frères sorcières’ ? Et le livre de Mona Chollet, publié en septembre, ‘Sorcières, la puissance invaincue des femmes’ ? Point de coïncidence…que Jeanne d’Arc, où qu’elle soit, se rassure, les sorcières ont bel et bien la cote !

Extraits de « Le roman de Jeanne »

Ecoutez la lecture de la première page de « Le roman de Jeanne »

« Historiquement, deux choses ont toujours été capables de transpercer l’hégémonie : l’art et le corps humain. C’est ainsi que l’art est parvenu à survivre dans notre monde. Là où il y avait la pauvreté, il y avait aussi un tableau qui faisait verser des larmes de gratitude à quiconque s’y plongeait. Là où il y avait les génocides, il y avait un chant qui refusait de se taire. Là où une planète entière a été abandonnée, il y a quelqu’un qui raconte une histoire dans un dernier souffle, et quelqu’un d’autre qui porte cette histoire comme un fragment d’ADN ou un débris d’étoile. Comme de la matière noire. »

« Alors qu’est-ce qu’il croit pouvoir faire, cet imbécile à moitié mort, face à l’union de leurs forces et de leur expérience ? Il sait à qui il a affaire, avec son canif et son corps décharné ? Il débarque d’une autre planète ? Il croit être tombé sur deux bonnes femmes anachroniques qui ne parlent que de popote et de chiards, et non de lance-roquettes et d’explosifs artisanaux ? Elle est censée voir en lui un ennemi ? Jeanne attend. »

« Cher Monsieur, votre génitrice était une fistule aussi fétide que philistine. Je vous prie par ailleurs de me faire savoir précisément à quelle entité vous faites allusion lorsque vous employez le mot Etat. Je me refuse à croire que vous faites allusion à ce grotesque amas orbital de corps et de machines. Vous n’avez aucune autorité sur moi, baudruche sans cervelle. Retournez vous cacher derrière les replis de vos griphes prétentieuses. »

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