De si bons amis (Joyce Maynard)

de si bons amis de Joyce Maynard, éditions philippe rey

« De si bons amis » est le septième roman de Joyce Maynard. Publié sous le titre original (plus explicite) ‘Under the influence’, ce livre raconte l’histoire d’une relation toxique entre une jeune femme fragilisée et un couple qui en apparence, ne lui veut que du bien. Mais la générosité n’est jamais totalement désintéressée.

L’histoire

Helen, la narratrice, ne vit que pour récupérer la garde de son fils Ollie, placé chez son père. Elle rencontre Ava et Swift Havilland, un couple richissime, qui l’éblouit en lui offrant des présents et une attention dont elle a grand besoin. Elle fait aussi la connaissance d’Elliott, un comptable ‘gentil’, qui lui voue une adoration sans borne, mais ne parvient pas à séduire les Havilland. Dès lors, Helen se sent déchirée entre deux univers très différents. Mais Ava et Swift vont lui permettre de réaliser son rêve: retrouver la confiance et l’estime de son fils.

Mon avis sur « De si bons amis »

« De si bons amis » se lit facilement, le style est fluide, sans aucune fioriture. Joyce Maynard se concentre sur la construction de l’intrigue, qui peu à peu fait apparaître la vilenie, sous couvert de bons sentiments. Alcoolique sevrée, Helen devient dépendante du regard de ses protecteurs; j’ai apprécié le témoignage de cette femme esseulée, repentante, un peu naïve, en plein ‘syndrome de Cendrillon‘. Malgré l’évidente fascination d’Helen pour ses protecteurs, se glissent dans son discours des menus détails qui devraient tout de même susciter quelques doutes chez le lecteur.
Joyce Maynard nous donne une vision un peu simpliste, et assez féroce, de la société américaine, avec d’une part les très riches qui ne savent plus quoi inventer pour s’amuser (la fête d’anniversaire organisée pour Swift est à ce titre un summum de prétention et de vulgarité kitsch), d’autre part une classe moyenne qui peine à s’en sortir, et enfin les immigrants (symbolisés par la bonne guatémaltèque, Estella) qui osent encore croire au rêve américain. Ici, le pouvoir de l’argent est quasiment sans limite : les Havilland ‘s’offrent’ la soumission d’Helen, s’achètent une impunité juridique si besoin, et surtout se construisent une image de générosité désintéressée qui n’est que pure hypocrisie.
On se croyait en plein conte de fées, mais cette fiction nous emmène finalement dans les replis tortueux du mensonge et de la manipulation.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain
Lien vers le site de l’éditeur (critiques presse, avis des libraires) : Philippe Rey h

Lisez aussi à propos de ce livre la chronique d’Amandine Glévarec sur son blog : Kroniques

Poursuivre la déambulation

Les personnages ambigus, qui sous une couche de feinte empathie cachent une bonne dose de malveillance sont assez fascinants dans les fictions (on évitera de s’y attacher dans la vraie vie). C’est le cas du mystérieux Harry, incarné par Sergi Lopez dans ‘Harry, un ami qui vous veut du bien’ de Dominik Moll (2000), mais aussi de l’inquiétant Docteur Philipp, alias Laurent Lucas dans « Qui a tué Bambi? » de Gilles Marchand (2003). Coïncidence (ou pas), les titres de ces deux films résonnent en hommage au célèbre film d’Hitchcock , ‘Mais qui a tué Harry?’, et diffusent chez le spectateur un même sentiment de malaise insidieux, impalpable.

Extraits de « De si bons amis »

Ecoutez la lecture de la première page du livre :

« Avant de rencontrer Ava, j’étais quasiment arrivée à la conclusion que ma situation était sans espoir et que, quoi que je fasse, rien ne changerait jamais. Ava me permettait de croire en un avenir prometteur, la preuve la plus convaincante étant que Swift et elle désiraient en être partie prenante. »

« Une idée m’avait traversé la tête, en réalité : obtenir de Dwight l’autorisation d’emmener Ollie chez Swift et Ava. Offrir à mon fils l’image d’une vraie vie de famille, celle des Havilland. « 

« Le lendemain, j’ai raccompagné Ollie chez son père. Il n’a pas pleuré quand je l’ai déposé devant la maison, et je savais qu’il ne le ferait pas ensuite. L’expérience m’avait appris que c’est ainsi que les enfants de parents divorcés se protègent: en se barricadant contre les émotions suscitées par le passage du monde de l’un à celui de l’autre. »


Une réflexion sur “De si bons amis (Joyce Maynard)

  1. Pingback: La transition (Luke Kennard) | Cornelia

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s