Asta***

 livre ASTA de Jon Kalman Stefansson chez Gallimard : depuis un bloc de roches s'élève une échelle qui grimpe jusqu'au ciel

« Asta » est le dernier livre de l’auteur islandais Jon Kalman Stefansson, publié chez Grasset. L’auteur nous prévient d’emblée : il empruntera des chemins tortueux pour raconter son histoire. Sur le chemin, il sème six petits cailloux énigmatiques qui sont de pures merveilles : des lettres d’amour de son héroïne, Asta – comme ‘àst’, qui signifie ‘amour’ en islandais.

L’histoire

Lorsqu’ils étaient jeunes, Sigvaldi et Helga étaient fous amoureux ; ils ont eu deux filles, la cadette se prénomme ‘Asta’, comme l’héroïne d’un livre qu’ils ont aimé tous les deux. Mais la passion ne dure qu’un temps et progressivement Helga sombre dans des crises de plus en plus violentes. La petite Asta grandira auprès d’une nourrice – devenue adolescente, suite à quelques incartades au lycée, on l’envoie loin de Reykjavik, à la campagne, espérant la rééduquer par un été de dur labeur à la campagne.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi lire « Asta »

Nombreux sont aujourd’hui les romans qui renoncent à l’ordre chronologique pour laisser s’éclairer des petites fenêtres dans la trame narrative, qui progressivement guident le lecteur vers une reconstruction globale de l’histoire. C’est le cas de ce gros roman qui nous invite à suivre les destins croisés de Sigvaldi, le père, qui revit ses souvenirs alors même qu’il vient de tomber d’une échelle, et d’Asta, sa fille, dont la quête éperdue de liberté aboutira bien souvent à des conclusions tragiques.
Et puis, il y a un autre personnage, un écrivain, le narrateur, qui de temps en temps prend la parole; on saisit alors quelques éléments de sa réalité à lui, qui vont se transfigurer et réapparaître dans le récit principal .
L’ensemble est foisonnant,  attendez-vous à être emporté par un souffle épique puissant, à traverser des zones de turbulences, à vous confronter à des tourbillons de révélations subites. Asta la passionnée, l’indomptable, est avant tout une grande amoureuse. On ne peut s’empêcher d’entrer en empathie avec ce personnage si fort et si fragile – et après toutes ces émotions, ces tourments, ces souffrances, on referme le livre un peu exténué, mais définitivement conquis par une puissance romanesque hors du commun.

Traduit de l’islandais par Eric Boury.
Accéder au site de l’éditeur : Asta, Grasset

Poursuivre la déambulation

Retrouvez une autre chronique sur ce livre, dans le blog ‘D’une berge à l’autre’, journal d’un lecteur curieux :
https://litterature-a-blog.blogspot.com/2018/09/asta-jon-kalman-stefansson.html

Dignes héritiers des fameuses sagas de leurs ancêtres, les écrivains islandais contemporains ne cessent de nous surprendre, avec des romans denses peuplés de personnages hauts-en-couleur, se déroulant au cœur d’une nature rude et splendide. Après avoir découvert avec bonheur les romans d’Audur Ava Olafsdottir ( ‘Rosa Candida’, ‘L’embellie’…), j’ai eu beaucoup de plaisir cette année à lire ‘Il n’en revint que trois’ de Gudbergur Bergsson (et la chronique se trouve par ICI) , et quelques mois plus tard, ‘Les rois d’Islande’ d’Einar Màr Gudmunsson (par ICI).

Extraits de « Asta »

« Les mots périront, les oiseaux feront silence, et si tu ne profites pas de la vie, lorsque viendra le moment suprême, tu auras l’impression que ton plus grand péché a été de trop te presser sans jamais essayer de faire durer les bons moments. Que tu as trop rarement tenté de ralentir le temps et de laisser tout le reste attendre. La meilleure manière de contrer la mort, c’est de se constituer des souvenirs qui, plus tard, auront le pouvoir de caresser doucement et d’apaiser les blessures de la vie. »

« Mais j’ai éprouvé un sentiment particulier en fouillant ces caisses. Certains livres en sortaient comme de vieilles connaissances qu’on a accumulées au fil des ans, des amis avec qui on aimerait s’asseoir et passer un moment. D’autres apparaissaient comme autant d’inconnus qui ne m’attiraient que peu, ou même pas du tout. Je suppose qu’on devrait uniquement posséder les livres qui nous parlent intimement, ceux qui nous concernent vraiment. »

« Et je suis sincèrement soulagé et même reconnaissant que tu aies enfin décidé que je constituais un bagage inutile dans ta vie. Tu as pris cette décision par ton silence. Parfois, le silence est plus parlant que les mots. Il en dit beaucoup plus et le dit sans la moindre ambigüité. Il entre en nous comme une balle de fusil, comme un couteau. Ou comme de l’acide chlorhydrique. Le silence dissipe les doutes que laissent planer les mots. »

3 réflexions sur “Asta***

  1. Chère Cornélia, je viens de lire votre article très élogieux et qui donne très envie de lire le livre Asta de Jon Kalman Stefánsson. En parcourant votre site, je me suis aperçu que vous ne citez jamais les traducteurs des oeuvres étrangères, or, sans les traducteurs, les livres étrangers n’existeraient pas en français. Jon Kalman lui-même dit souvent que sans les traducteurs, il n’y aurait pas de littérature mondiale. Je vous signale cet oubli sans aucune animosité, mais il me semble que cette profession est très peu reconnue, très mal payée et surtout très précaire. J’ai traduit Asta avec un bonheur immense, mais cela m’a coûté deux mois de travail acharné à raison de 12 à 15 heures par jour, je sais que c’est ainsi quand on traduit un livre et je suis heureux que les lecteurs et lectrices puissent le découvrir grâce à mon travail et à celui de mon éditeur…
    Amitiés à vous, Eric

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    • Bonsoir Eric, merci beaucoup pour votre message. Effectivement, vous avez tout à fait raison, les traducteurs jouent un rôle fondamental, et ne sont pas suffisamment reconnus. Je parle plusieurs langues étrangères et je suis tout à fait convaincue de l’enjeu de la traduction ! Je vais donc désormais prendre en compte votre remarque pour mes futures chroniques, et corriger, autant que possible, mes articles précédents. Une rapide incursion dans ma bibliothèque me confirme que vous avez aussi traduit ‘Les rois d’Islande’ et ‘Il n’en revint que trois’ !!! Bravo (3 fois) à vous ! Amitiés, Cornelia.
      nb : je serais curieuse de prolonger cet échange à propos de la traduction; si vous le souhaitez, vous pouvez me contacter via la fiche-contact.

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  2. Pingback: Jón Kalman Stefánsson – Ásta | Sin City

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