La nuit des temps***

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« La nuit des temps » de René Barjavel est sorti il y a cinquante ans, en 1968. Initialement destinée au scénario d’un film, cette formidable histoire a immédiatement séduit le public, remporté le Prix des libraires l’année suivante…et finalement été tirée à presque 3 millions d’exemplaires, toutes éditions confondues. Mais le livre conserve jalousement ses mystères : l’équation de Zoran, source de ‘l’énergie universelle’, n’a toujours pas été décryptée…

L’histoire

Sur une base en Antarctique, le Dr Simon fait partie d’une équipe de scientifiques français, qui capte un mystérieux signal venu des profondeurs de la glace. Rapidement, la coopération internationale se mobilise pour forer, creuser dans des conditions climatiques extrêmes; on découvre les corps parfaitement conservés de deux êtres, un homme et une femme. Après quelques tergiversations, il est décidé de ranimer d’abord la femme, Eléa. Le récit de son existence, la description de son mode de vie à ‘Gondawa’ il y a 900 000 ans, les circonstances qui l’ont amenée en ces lieux, vont bouleverser le monde entier, qui suit en direct les événements à la télévision.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

« La nuit des temps » est avant tout un merveilleux roman d’amour, magnifiquement écrit – l’amour fou qui lie Eléa à Païkan dans son monde, et l’amour du Dr Simon pour Eléa, exprimé dans de courts témoignages à la première personne, disséminés au fil du récit principal. La langue claire, suggestive et poétique vient submerger le lecteur de vagues d’émotions à intervalles réguliers.
Mais ce n’est pas tout, « La nuit des temps » est aussi un roman d’aventures comme on n’en écrit plus, digne héritier de Jules Verne, avec de multiples rebondissements, du suspense, jusqu’au coup de théâtre final.
Lire « La nuit des temps » aujourd’hui, c’est pouvoir naviguer entre plusieurs espaces-temps : Gondawa, la civilisation perdue, régie par des technologies avancées, Enisoraï, moins développée, contemporaine et adversaire de Gondawa, mais aussi le monde du Dr Simon, qui n’est pas exactement celui de 1968, même s’il présente des similitudes (les révoltes étudiantes, les peuples rivés à la télévision, la collaboration entre scientifiques malgré les dissensions politiques). On observe tout cela à travers la focale de 2018, et on reste stupéfait par l’incroyable actualité de tous les thèmes abordés, la vision avant-gardiste de la puissance des technologies, le constat sans concession sur les incurables bêtises et ignominies humaines. C’est un roman qui s’affranchit du temps et de l’espace, pour porter un message universel, intemporel…

Poursuivre la déambulation

« La nuit des temps » est donc à conserver éternellement aux côtés de ‘Farenheit 451’, pour transmission aux prochaines générations !
Le manuscrit de Barjavel est aujourd’hui édité par les Editions des Saint Pères, dans un luxueux coffret. On y découvre l’écriture de l’auteur, les passages supprimés ou modifiés, les annotations de l’éditeur. Aujourd’hui la plupart des écrivains utilisent des traitements de texte, et j’en suis venue à me demander si ce type de publication était alors en voie de disparition ?!
Si comme moi vous appréciez la science-fiction palpitante et ‘soft’, c’est-à-dire compréhensible, ancrée dans le connu, et projetant un miroir lointain des futurs possibles, vous apprécierez certainement ‘Wang’ de Pierre Bordage, mais aussi les romans de Bernard Weber.

Extrait

« Allongés dans ces écrins de lumière mouvante, ils étaient, par leur nudité même, revêtus d’une splendeur d’innocence. Leur peau, lisse et mate comme une pierre polie, avait la couleur d’un bois chaud. »

« Et voilà ! Ils sont là ! Ils sont nous ! Ils ont repeuplé le monde, et ils sont aussi cons qu’avant, et prêts à faire de nouveau sauter la baraque. C’est pas beau ça ? C’est l’homme !  »

« Eléa et Païkan commencèrent à tournoyer et furent aspirés par la profondeur. Main dans la main, jambes abandonnées, sans poids, ils s’enfonçaient dans l’énorme épaisseur d’un muscle d’eau palpitant et tiède. Ils tombaient à une vitesse fantastique, tournoyaient étendus autour de leurs mains jointes, prenaient des virages qui les jetaient contre des parois feutrées de milliards de radicelles, émergeaient au sommet d’une courbe, respiraient, repartaient, aspirés, entraînés, toujours plus bas. »

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