Comment dessiner un roman**

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Parfois, on choisit un livre simplement à cause de son titre, ou de sa couverture, sans même connaître l’auteur. Ce fut mon cas avec « Comment dessiner un roman » de Martin Solares, un essai sur le processus de construction des romans, les choix qui s’offrent à l’écrivain, en s’appuyant sur des exemples tirés des œuvres les plus réputées de la littérature mondiale.

L’histoire

Dès le début de l’ouvrage, Martin Solares souligne l’importance des personnages dans le roman. Il se livre ensuite à une réflexion sur l’amorce (qu’il s’agisse de la dédicace, de l’incipit ou de la première phrase), la gestion du temps ( faut-il retracer l’action en temps réel, ou accélérer, multiplier les ellipses), les rebondissements (comment tenir le lecteur en haleine, comme le faisaient les auteurs du XIXème siècle, ou les scénaristes des séries d’aujourd’hui). Pour étayer son propos, il convoque les plus grands: de Flaubert à Philip K. Dick, la liste des auteurs cités serait trop longue, et comprend d’ailleurs aussi bon nombre d’écrivains sud-américains. L’auteur s’attarde un moment sur une analyse plus poussée du roman ‘Pedro Paramo’ de Juan Rulfo, puis reprend son chemin jusqu’à l’ultime chapitre, intitulé ‘Théories de la bombe ou comment en finir à jamais’, qui traite évidemment de ‘la dernière phrase’.

Pourquoi le lire

Ce texte court se lit très rapidement, d’autant plus qu’il est teinté d’un léger humour et entrecoupé de schémas de l’auteur, visant à expliciter son propos. Il est d’ailleurs amusant de voir que l’on peut synthétiser la structure d’un roman de 500 pages en un petit dessin enfantin. Mais pour les lecteurs assidus, le plaisir de lecture viendra plutôt du surgissement inopiné, au fil des pages, d’auteurs connus et méconnus, suscitant alternativement de la nostalgie pour des livres aimés et refermés et de la curiosité pour ceux dont on ignorait l’existence.
J’ai toutefois regretté que l’auteur ne pousse pas plus loin cette idée de représenter ‘graphiquement’ les romans, voire même les personnages emblématiques; on pourrait aussi imaginer des infographies magnifiques sur ce thème ! Si vous en trouvez, prévenez-moi !

Rencontre avec l’auteur

J’ai rencontré Martin Solares au festival America de Vincennes. Muni de ses stylos, il était prêt à ‘dessiner’ sa dédicace à Cornelia, la voici :

 

Poursuivre la déambulation

Ce livre fait résonner en chacun l’amour de la lecture, et donne envie pour cela de reprendre la cultissime ‘Histoire de la lecture’ d’Alberto Manguel, publiée il y a 20 ans chez Actes Sud…et dont il faudrait peut-être songer à écrire une suite, car les usages évoluent !
Sur le thème de la création littéraire, je vous avais déjà parlé du très intéressant ouvrage de Joyce Carol Oates, ‘La foi d’un écrivain’, qui s’appuie sur de multiples exemples et citations, comme celui de Solares . Parmi tous les ouvrages cités, j’ai été décidément intriguée par ce ‘Pedro Paramo’ de Juan Rulfo, dont je n’avais jamais entendu parler, et dont la structure, selon Solares, ressemble à celle d’Ubik de Philip K. Dick…peut-être une piste pour une prochaine lecture ?!

Extrait

« Le début du Grand Sommeil est assommant, mais sauvé de justesse par la dernière ligne. Philip Marlowe, le détective des sept romans de Raymond Chandler, raconte qu’il fait beau, décrit un horizon limpide – ce dont le lecteur n’a que faire -, ajoute qu’il est rasé de près, élégamment vêtu, va jusqu’à décrire la laine de ses chaussettes, avant de préciser la raison de son optimisme : ‘J’avais rendez-vous avec quatre millions de dollars’. »

« Parfois, quelques éléments très concrets de l’histoire nous permettent de visualiser le fonctionnement de la fiction que nous sommes en train de lire, d’imaginer la façon dont elle a été conçue: nous sommes parvenus à l’étage métalittéraire du récit, à ce moment où la prose ouvre les yeux et se regarde elle-même. »

« Cet essai s’arrête ici, au moment où Rulfo ouvre la porte de cette pièce. Vous croyez peut-être que nous sommes en train de l’inventer, lui, mais en fait c’est lui qui nous a inventés, nous, les lecteurs de son roman, nous qui sommes ici. »

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