L’Arbre-Monde***

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« L’Arbre-Monde » (titre original : the Overstory) est le douzième roman de Richard Powers, publié au Cherche Midi. C’est un ouvrage extrêmement ambitieux, qui croise les destins de neuf personnages, chacun relié à un arbre, ou mobilisé pour la sauvegarde des arbres, à un moment de son existence. Véritable plaidoyer pour la préservation des forêts, ce livre dresse aussi un bilan plutôt pessimiste de l’efficacité des champs d’action possibles pour y parvenir.

L’histoire

L’histoire se déroule principalement aux Etats-Unis, des années 50 à nos jours. On découvre d’abord les origines familiales des protagonistes, avant de suivre leur parcours. Nick et Olivia se lancent avec Mimi et Douglas, ainsi qu’Adam, dans l’activisme écologique. Patricia est docteur en botanique; suite à ses découvertes sur la communication entre les arbres, elle subit les moqueries de ses pairs et part se cacher dans les bois. Ray et Dorothy sont mariés, pour le meilleur et pour le pire, et le pire ne va pas tarder à survenir. Quant à Neelay, informaticien prodige, sa chute d’un arbre va changer radicalement le cours de son existence.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher!

Pourquoi le lire

Il vous faudra un sacrée réserve d’énergie pour grimper tout en haut de l’Arbre-Monde, car vous allez devoir suivre en parallèle toutes ces histoires, jusqu’à ce qu’elles commencent à s’entrecroiser. Les grands chapitres du livre vous invitent explicitement à cette ascension, en commençant par les ‘Racines’, puis le ‘Tronc’, la ‘Cîme’ et enfin les ‘Graines’.
Les personnages sont denses, bien campés, emblématiques, et le récit, au présent, se lit aisément. Il est beaucoup question de l’activisme écologique, puisque 5 des personnages y prennent part, mais ce combat semble malheureusement un peu désespéré: au mieux, on parvient à ralentir la destruction des forêts, mais certainement pas à l’empêcher. Ainsi, après un début flamboyant et un déroulé dynamique, la fin du livre est marquée par un ton plus résigné, qui peut virer à une grandiloquence un peu lassante.
Richard Powers partage ici une incroyable érudition sur les arbres, qui vient en complément du scénario proprement dit, et n’hésite pas à filer la ‘métaphore arboricole’ tout au long du récit – des choix stylistiques restitués impeccablement dans la traduction française. Le Grand Prix de Littérature Américaine lui a d’ailleurs été décerné le 9 novembre dernier, par un jury composé de trois éditeurs, trois libraires, et trois critiques littéraires français.

Rencontre avec l’auteur

J’ai eu la chance de rencontrer Richard Powers lors du Festival America à Vincennes, et voici sa dédicace à Cornelia !

Poursuivre la déambulation

L’activisme écologique a déjà été montré dans quelques films dont je vous ai déjà parlé: c’est le cas de ‘Night Moves’, dont les héros sont finalement très proches des personnages du livre;  dans ‘Woman at war’, Halla agit seule, mais elle est redoutablement efficace. Une forme plus pacifique de résistance est montrée dans ‘Leave no trace’ dont les protagonistes, un père et sa fille, ont choisi de vivre dans la forêt.
Enfin, le personnage de Neelay, qui peu à peu s’immerge dans des univers virtuels, n’est pas sans rappeler le fascinant Pwnage, et son addiction pour les jeux vidéos, dans le formidable roman de Nathan Hill, ‘Les fantômes du vieux pays’.

Extrait

« A Bellevue, dans l’état de Washington, il décroche le job idéal : manutentionnaire amélioré, il arpente sur son mini-chariot élévateur un énorme entrepôt d’un supermarché de la culture en ligne, un Centre de satisfaction de la commande, déballe des montagnes de livres en palettes, scanne les codes-barres, puis enregistre leur emplacement précis dans l’immense matrice de stockage en 3-D. Il est censé battre des records de vitesse au sol. Et c’est le cas. Une sorte de performance artistique pour un public confidentiel, à savoir personne.(…) Plus il va vite, plus longtemps il peut retarder son inévitable remplacement par un robot. »

« – La vie. La planète. On est déjà en train de payer. Mais même aujourd’hui on te traite de fou quand tu dis ça.
Adam l’évalue. « Alors tu le referais? Ce qu’on a fait? » Les questions posées par des philosophes dissidents lui trottent dans la tête. Les questions taboues. Combien d’arbres vaut une personne ? Une catastrophe imminente peut-elle justifier une violence circonscrite et ciblée? »

« Le voilà: le suprême commandement. Prends soin des tiens. Protège tes gènes. Sacrifie ta vie pour un enfant, deux frères ou huit cousins germains. Et combien d’amis, selon ce calcul? Combien d’inconnus peut-être encore en liberté, qui sacrifient leur vie pour d’autres espèces? Combien d’arbres? Il ne saurait expliquer à sa femme ce qu’il y a de pire. »

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