Isidore et les autres***

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« Isidore et les autres » est un roman de Camille Bordas publié aux éditions Inculte…Coïncidence amusante, puisqu’il y est question d’une famille aux antipodes de l’inculture, où l’on voit par exemple l’un des rejetons invoquer Flaubert et Bourdieu pour négocier son départ en internat – avant de se lancer quelques années plus tard dans une étude micro-sociologique sur les membres de sa tribu… 

L’histoire

C’est donc l’histoire d’une famille un peu spéciale, dont les enfants, filles et garçons, sont tous ultra-brillants intellectuellement, mais assez isolés socialement. Dans la maison, silence, on entend seulement le crépitement des claviers d’ordinateurs des thésards. Isidore, 11 ans, le petit dernier, est pourtant différent : peut-être un peu moins doué pour les études que ses aînés, il est aussi plus sensible, et ouvert sur l’extérieur. Ses rencontres successives vont l’aider à grandir, à mûrir, dans un contexte familial affecté par la disparition subite du ‘père’. 

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Isidore étant le narrateur, on est tout de suite happé par une langue ‘parlée’ et par des raisonnements issus de la logique d’un gamin de onze ans : en résulte un récit vif, très drôle, facile à lire, et par moments, très émouvant. Il est vrai que déjà le postulat de départ est à l’inverse des schémas habituels : en effet, Isidore semble être le plus ‘normal’ de la fratrie mais il doit tout de même imposer comme il le peut sa ‘différence’ au sein de sa propre famille – et la dissimuler à l’école ! Dès lors, la découverte du monde extérieur est vécue comme un impératif : outre son obsession pour les fugues (tentatives avortées la plupart du temps), il va réaliser son propre parcours initiatique, en allant piocher des enseignements non pas dans les bouquins, mais dans la vie, et surtout dans les relations à autrui. On voit ainsi défiler une galerie de personnages secondaires attachants, qui tous vont l’aider à trouver son chemin. Mais cette voie est semée d’embûches, car Isidore n’est pas tout à fait un garçon comme les autres. 

Poursuivre la déambulation

Cette fois-ci, je poursuis avec une ‘liste de mes envies’ , des bouquins que je n’ai pas lus, mais dont la lecture serait une suite assez logique après ‘Isidore’ ! Peut-être verrez-vous apparaître les chroniques sur ce blog dans quelques semaines !
Tout d’abord, ‘Einstein, le sexe et moi’ d’Olivier Liron, qui confesse avec beaucoup d’humour les tribulations d’un autiste ‘Asperger’, encore une histoire sur la différence, ses avantages.
Et puis, je voudrais aussi me lancer dans ‘Leurs enfants après eux’ de Nicolas Mathieu, qui a remporté le Goncourt et fait l’objet de très belles critiques presse. Comme ‘Isidore’, c’est un roman d’initiation mettant en scène des adolescents,  qui eux aussi tentent d’échapper à leur milieu d’origine, mais partant de l’autre extrémité du spectre social, ils sont confrontés à l’inégalité des chances. 

Extrait

« Une fois, elle avait reconnu être jalouse des autres parents. Les autres mères à la sortie de l’école se plaignaient de ce que leurs enfants ne travaillaient pas assez, passaient beaucoup trop de temps à jouer dans le parc avec leurs copains, qu’ils étaient toujours là à négocier quelques minutes en plus, à grappiller sur la permission de dix-huit heures. A sa connaissance, ma mère était la seule à avoir le problème inverse. »

 » Ca va peut-être te paraître bizarre, mais je suis super sensible à la misère humaine, a dit Rose. Y a plein de gens qui ont juste l’air d’avoir besoin d’un gros câlin, tu vois? Ou que quelqu’un se dévoue pour les baiser, leur donner un peu d’amour. En général c’est des gens moches et gros et même désagréables, mais juste parce qu’ils ont jamais baisé en fait. Ils sont habitués à ce que les gens soient dégoûtés par leur présence, mais moi ils me dégoûtent pas, ils me font juste de la peine. »

« On a passé le reste de la récréation à parler de l’impression désagréable qu’avait Denise ces derniers temps d’avoir deux têtes.
– C’est comme si j’avais une tête plus petite à l’intérieur de celle-là, une tête que les gens ne voient pas. Elle est plus petite mais il y a plus de choses à l’intérieur que dans l’autre, alors elle essaie de repousser la tête extérieure et de prendre sa place. »

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