Le roman d’une éducation***

P_20181031_135532« Le roman d’une éducation » est un ouvrage de Nina Gorlanova paru en 1994 et publié récemment chez Louison Editions. Inspirée de la vie de l’auteur, l’intrigue se situe à la fin de l’ère communiste: on partage la vie turbulente et cocasse d’une famille russe, qui recueille une petite fille, Nastia.

L’histoire

La famille Ivanov habite un appartement communautaire. Il y a le père, Micha, qui travaille dans une maison d’édition, la mère, Lily, et deux enfants, Anton et Sonia. Certes la petite tribu ne roule pas sur l’or, mais ils sont instruits, aiment les livres, la peinture, les soirées de discussion entre intellectuels. L’arrivée de Nastia, littéralement sortie du ruisseau, va évidemment perturber l’équilibre familial: rebelle, maline, sans-gêne, et fréquemment malade, la petite fille s’avère toutefois étonnamment douée pour le dessin. Les Ivanov vont passer outre toutes ses effronteries pour tenter de la faire grandir, de la transformer, de l’intégrer au cercle familial.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher!

Pourquoi le lire

Ce gros roman de presque 500 pages se lit facilement et joyeusement : il est composé de courts chapitres qui relatent les anecdotes souvent drolatiques marquant la vie de cette famille pas ordinaire, l’auteur laissant parfois la plume aux protagonistes de l’histoire, qui s’en emparent, chacun avec son style propre. Bizarrement, la dernière partie du livre adopte une forme théâtrale; en effet, les personnages prennent la parole à tour de rôle pour témoigner et non pas dialoguer, comme dans un choeur antique. Cette forme originale pourrait vous sembler intimidante, mais elle permet en réalité d’accélérer l’action, tout en conservant la fraîcheur et la spontanéité des premières pages.
J’ai beaucoup aimé me glisser au sein de cette famille attachante, dont les conditions de vie sont difficiles, mais qui échappe au pessimisme et à la morosité par l’humour, la culture et une certaine distanciation. Les Ivanov se sont probablement créé une carapace anti-grisaille, et ont pris le parti d’embellir leur réalité; généreusement, ils adoptent une petite fille et sont prêts à tout endurer pour réussir son éducation.
Plongé dans cet univers presque onirique, le lecteur est ainsi amené à s’interroger sur les difficultés de l’adoption, les différences sociales et culturelles, l’inné et l’acquis, le don de soi et l’ingratitude.
Merci à Masse Critique (Babelio) et Louison Editions de m’avoir permis la découverte de ce livre !

Poursuivre la déambulation

L’adoption est un thème romanesque par excellence; qui n’a pas vibré, enfant, à la lecture de ‘Sans Famille’ d’Hector Malot ou ‘Oliver Twist’ de Dickens ?
Je vous recommande deux romans, qui m’ont particulièrement plu sur ce thème. Laura Kasischke dans ‘Esprit d’hiver’ construit un singulier thriller autour d’une tortueuse histoire d’adoption. Quant à Joyce Carol Oates, elle raconte avec son immense talent comment une petite fille abandonnée dans la boue, ‘Mudwoman’,  devient une femme brillante, mais toujours poursuivie par ses fantômes.

Extrait

 »                                                           Adresse au lecteur
Cher et patient ami ! Une surprise t’attend ici. Il se trouve que les dix-huit pages suivantes de ce roman ont disparu. C’est la chatte qui les a mâchouillées en aménageant un ‘nid’ pour ses futurs chatons. Elle l’a fait très consciencieusement, les transformant en une sorte de ouate. Or nous ne nous souvenons plus du sujet de ces pages. »

 »                                                        Les leçons de Nastia

– Anton, tu dessines comme si tu n’en avais rien à cirer, comme si tu t’en fichais de réussir. Mais tu dois te brancher à fond sur un état d’esprit qui t’amène à réussir…Tara bat tout le temps de l’œil depuis son séjour chez les dingues, alors tu peux lui dessiner plein d’yeux pour rendre ce clignotis, faut que tu oses, comme Picasso…Tu peux avoir un ciel bleu nuit, un ciel bleu azur…ça fait un peu Renaissance italienne, bien sûr, mais c’est chouette. »

« On avait dépensé beaucoup d’énergie pour cette enfant, mais cela avait aussi permis de mieux connaître les gens…de mieux savoir qui était la mère de Lada! Oui, puisque finalement on avait beaucoup appris, il n’y avait pas à regretter tous ces efforts. La connaissance en général est inestimable. « 

 

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