Une douce lueur de malveillance***

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« Une douce lueur de malveillance » est le dernier roman de Dan Chaon, publié chez Albin Michel. Ce titre traduit bien toute l’ambigüité de ce livre, qui infuse insidieusement son venin dans l’esprit du lecteur, et le conduit en eaux troubles, là où il devient impossible de distinguer le bien du mal, les méchants des gentils – une sorte de contrepoint au sempiternel manichéisme américain .

L’histoire

Dustin Tillman a un passé un peu chargé : ses parents, ainsi que son oncle et sa tante ont été assassinés dans des circonstances mystérieuses alors qu’il était enfant ; son témoignage a contribué à l’emprisonnement pendant trente ans de son frère adoptif, Rusty. Notez-bien que le présent de Dustin, devenu psychologue, n’est pas enviable non plus : sa femme est en train de mourir d’un cancer, son fils aîné part à l’Université, et le cadet, Aaron, communique peu. En outre, Dustin s’est lancé avec un patient, Aqil, dans une enquête sur la disparition suspecte de jeunes garçons.
C’est alors qu’il apprend que Rusty vient d’être libéré.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Voici un roman noir, très noir, dont l’intrigue se tisse entre les années 80 et 2010, et dont les personnages prennent tout à tour la parole pour exprimer leur version de la réalité. La construction en est très élaborée, afin de faire apparaître les faits sous différents projecteurs, et le lecteur bascule d’une vérité à l’autre, sans pouvoir se raccrocher à la terre ferme, dans un vertige provoqué aussi par des parti-pris littéraires surprenants (des espaces laissés entre les mots, des phrases inachevées, des textes présentés en colonnes…). Le scénario est prenant, l’atmosphère pesante ; on sent le poids des secrets accumulés, des non-dits, des terreurs d’enfance mal digérées. Je ne suis pas une grande adepte des romans noirs, mais celui-ci m’a plu, on s’y enfonce comme dans un labyrinthe obscur et suffocant, en compagnie de personnages inquiétants, on en ressort un peu sonné.

Rencontre avec l’auteur

J’ai eu la chance de rencontrer Dan Chaon, et de l’écouter lors d’une conférence au Festival America ; le voici en train de dédicacer son livre :

 

 

Poursuivre la déambulation

L’évolution de la relation entre le psychologue et son ‘patient’ est particulièrement intéressante; cela m’a rappelé les déboires du psychiatre Maxime le Verrier avec le dénommé Scherbius, dans le roman éponyme d’Antoine Bello que j’avais chroniqué il y a quelques mois ! (par ICI !)

Extrait

 » – Merde Aaron, s’il te plaît, embrasse-moi, lâcha Terri, et on aurait dit un murmure exaspéré, une réprimande.        Sois sympa. Jamais plus on ne m’embrassera avant ma mort.
Je me suis mis à pleurer, je n’ai pas pu m’en empêcher. Des larmes ridicules ont jailli de mes paupières, mais j’ai obéi. J’ai posé ma bouche sur la sienne, elle avait un goût métallique, elle était sèche, et Terri a pris ma tête entre ses mains, m’a guidé, et j’ai senti sa langue contre mes dents, et j’ai voulu dire : Je vous aime, mais on n’a fait que flirter, on s’est léché les dents et roulé des pelles, gênés et maladroits, comme des collégiens jouant au jeu de la bouteille. »

 » – On leur expliquera un jour, disait-elle. quand ils seront prêts.
Je ne savais pas très bien quand ils le seraient. Comment expliquer à ses enfants que ses propres parents ont été assassinés ? Et à quel âge seraient-ils suffisamment mûrs pour assimiler cette information ? A douze ans ? A seize ans ? Aujourd’hui – à dix-sept et dix-huit ans, juste après le décès de leur mère ?  »

« Kate croyait que, dans l’ensemble, tout ça était vrai. Ou du moins dans l’esprit de la vérité ; ça représentait l’essence de ce qu’ils savaient de Rusty, de ce dont il était capable, même si ça ne s’était pas forcément passé dans cet ordre. »

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