La vraie vie***

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« La vraie vie » est le premier roman d’Adeline Dieudonné, qui vient de remporter le prix du roman FNAC 2018 ! Ce livre est peuplé d’animaux morts ou vivants : une hyène empaillée, un adorable chiot, des chèvres naines, des perruches…mais, on le vérifiera une nouvelle fois, le pire prédateur ‘dans la vraie vie’, c’est l’homme.

L’histoire

La narratrice (dont on ne connaît pas le prénom) vit dans un lotissement, le Démo (rebaptisé Démoche) avec sa famille. Le père travaille dans un parc d’attraction, mais sa passion, c’est la chasse, et il collectionne trophées et animaux empaillés dans une pièce de la maison. De tempérament colérique, il passe sa hargne et ses frustrations sur sa femme, aimablement surnommée ‘l’amibe’ par sa fille (la narratrice), tant elle est effacée, soumise et discrète. Et puis il y a le petit frère, Gilles, qui observe tout ça du haut de ses six ans, et cherche la protection de sa grande sœur (encore la narratrice). Jusqu’au jour où tout ce merveilleux équilibre familial bascule – dès lors, la narratrice n’a de cesse d’inventer une machine à remonter le temps, pour retourner ‘avant’ le drame et en effacer les conséquences.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Le livre se déroule sur une période de cinq ans, durant lesquels la narratrice passe de l’enfance à l’adolescence; il s’agit bel et bien d’un roman initiatique, et le style du récit, d’abord très simple et enfantin, s’enrichit et se complexifie au fil de la narration – même si à mon goût, il reste trop descriptif, comme collé à l’action. Donc l’intérêt de ce roman se situe ailleurs: on pourra le qualifier de ‘page-turner’, puisqu’il se lit d’une traite, chaque événement en entraînant un autre, dans une sorte de spirale infernale où l’on traverse rapidement les frontières du réalisme pour se retrouver dans une fable cruelle, grinçante, visant à dénoncer les violences domestiques – et leur mécanique implacable: intimidation, coups, blessures, domination -. Dans ce contexte ultra-violent, où la mort est partout présente, la narratrice est touchante car on la voit essayer de se construire, de sauver la peau de son petit frère, et acquérir peu à peu dans ses combats une lucidité et une maturité remarquables, incarnant de façon vibrante la phrase de Nietzsche ‘ Ce qui ne tue pas rend plus fort.’

Poursuivre la déambulation

Peut-être pouvez-vous sauter de la case ‘Alice Dieudonné’ pour vous poser directement dans les contrées de Joyce Carol Oates, et vous régaler à la lecture de ‘Petite sœur, mon amour’, encore une histoire de relations familiales bien tordues – mais ‘façon Oates’, donc avec une maestria inégalable.
Lors de la première ‘Grande Librairie’ de la saison, Alice Dieudonné a été présentée comme ‘la révélation de la rentrée’, et son livre jugé par François Busnel ‘aussi cocasse et loufoque qu’un roman d’Amélie Nothomb’. On poursuivra donc avec un best-off de l’éternelle revenante au chapeau noir, et parmi ses vingt-six (ou vingt-sept) romans publiés à date, je choisis un retour vers le passé pour saluer ‘Hygiène de l’assassin’, ‘Stupeur et tremblements’ et ‘Métaphysique des tubes’.

Extrait

« Je n’ai jamais ressenti grand-chose pour ma mère, si ce n’est une profonde compassion. A la seconde où mes yeux ont déchiffré ces cinq lettres, cette compassion s’est instantanément dissoute dans une flaque de mépris noir et puant. »

« L’existence du Champion m’est soudainement apparue comme un élément indispensable à ma survie. J’aurais voulu lui demander de me garder près de lui, toujours. Je n’aurais rien dit, rien réclamé. Juste la chaleur de sa présence. Son corps près du mien. Cette chose qui palpitait entre mes jambes. Mais il a dit « Merci beaucoup. A bientôt ! » J’ai dit: « Merci à vous. A bientôt! ». Et je suis rentrée chez moi. »

« La vie de ma mère était ratée. Je ne savais pas s’il existait des vies réussies, ni ce que cela pouvait signifier. Mais je savais qu’une vie sans rire, sans choix et sans amour était une vie gâchée. J’espérais une histoire, une explication. »

2 réflexions sur “La vraie vie***

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