Personne n’est obligé de me croire**

 

Personne n'est obligé

« Personne n’est obligé de me croire » est le dernier roman de Juan Pablo Villalobos, écrivain mexicain, dont le premier livre ‘Dans le terrier du lapin blanc’, paru en 2010, a connu un succès international. Villalobos nous entraîne cette fois-ci du Mexique en Catalogne, et sa plume féroce n’épargne personne : intellectuels, maffieux, flics, voyous, Mexicains, Catalans, Chinois, Pakistanais, tous des abrutis, tous des enfoirés…

L’histoire

Alors que Juan Pablo s’apprête à quitter le Mexique pour aller poursuivre ses études de littérature à Barcelone, il est convoqué par un ‘cousin’ au passé trouble, à un singulier rendez-vous ‘bizness’. De fait, il tombe aux mains d’une bande de mafieux, dont le chef, surnommé l’Avocat, le charge d’une mystérieuse mission. Le voici donc parti en Catalogne avec sa fiancée, Valentina, et forcé de jouer un double-jeu qui va lui valoir bien des mésaventures. Alors forcément il somatise : il souffre d’une dermatose carabinée…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Il s’agit d’un roman choral, dont l’intrigue recèle de nombreuses zones d’ombre, et que chacun va relater de son point de vue : on retrouve bien sûr le témoignage de Juan Pablo, mais on a également accès au journal intime de sa malheureuse Valentina, aux lettres de sa mère hystérique, etc…L’auteur parvient à doter chaque narrateur d’un style propre, et en ce sens, l’exercice est réussi, d’autant plus que nous attendent quelques mises en abîmes savamment amenées. Le début est vraiment très drôle, car Villalobos met en scène le choc des cultures entre le jeune intellectuel et un certain nombre de brutes épaisses, le tout sous la houlette du fameux ‘Avocat’, qui manipule son Juan Pablo à la manière d’une marionnette – et l’on sent la jouissance d’un auteur ravi d’infliger les pires épreuves à son personnage. J’ai été bien sûr sensible aux allusions fréquentes à la création littéraire, et aimé la description de cette Barcelone peuplée d’une foule de personnages secondaires hauts en couleur.
Et puis, les joyeuses surprises de l’entrée en matière étant passées, je me suis lassée dans la seconde partie de ce récit, qui finalement tend à recourir toujours aux mêmes procédés, multiplie des passages parlés avec une surabondance d’expressions argotiques (trop de ‘couillons’ tue le couillon) et peu à peu vire au roman noir-pas vraiment noir. Peut-être après tout était-ce l’intention de l’auteur que de maintenir son lecteur (comme il le fait avec son Juan Pablo) dans une situation toujours inconfortable, sur un fil ténu entre cocasserie et effroi – et l’on comprend mieux ainsi pourquoi ce roman, grand numéro d’équilibriste, a reçu le prestigieux prix Herralde.

Un grand merci à NetGalley et aux Editions Buchet Chastel de m’avoir permis de découvrir ce livre !

Poursuivre la déambulation

Si vous souhaitez poursuivre votre balade dans le monde des livres, en restant plongé au coeur de la Barcelone crépusculaire, ruez-vous sur la géniale série ‘Le cimetière des livres oubliés’ de Carlos Ruiz Zafon, dont le quatrième volume, ‘Le labyrinthe des esprits’ est sorti en mai dernier. Retour au Mexique avec ‘El ultimo lector’ de David Toscana (chez Zulma) où l’on s’enfermera avec son héros Lucio dans une librairie-monde tragi-comique, mêlant gaillardement fictions littéraires et réalité opaque.
L’humour noir caractéristique des Latino-Américains est aussi au rendez-vous dans les salles obscures, et si vous ne l’avez pas encore vu, je vous recommande vivement ‘Les nouveaux sauvages’ du réalisateur argentin Damian Szifron – qui m’a fait hurler de rire.

Extrait

« Et maintenant, au lieu de raconter comment j’ai fini par accepter de rencontrer mon cousin, au lieu de m’abandonner à la conclusion hâtive que ce serait la seule façon de m’en débarrasser, au lieu de reconnaître que je suis allé, volontairement et de mon plein gré, sauter dans le précipice, je préfère, comme diraient les mauvais poètes, jeter un voile pudique sur cet épisode de l’histoire ou, plus exactement, recourir dignement, ici et maintenant, aux services d’une ellipse efficace. »

« Si la littérature m’a appris quelque chose, c’est bien que, pour obtenir une chose qui semble impossible (ou fantastique, absurde, merveilleuse, magique), il suffit d’accomplir une série d’épreuves qui, au fond, ne sont pas si difficiles. Dans le pire des cas, il faut créer un monde nouveau régi par des règles différentes. Dans le meilleur des cas, il suffit de respecter une logique narrative. »

« Ta mère ne va pas te cacher que non seulement elle est contente, mais qu’elle est aussi très soulagée, ta mère s’est toujours inquiétée de ton caractère, de cette tendance que tu as de baisser la tête et d’obéir aux ordres, en cela tu tiens de la famille de ton père. Ils sont tous pareils. Tous tellement remuants à Los Altos et en définitive très moutonniers. Ne t’indigne pas, fils, que ta mère te dise la vérité : que l’honnêteté de ta mère n’offusque pas ta raison ! »

« J’ai failli lui dire que Juan Pablo et moi, c’était fini, mais j’ai compris qu’avec la lettre de Lorenzo tout était changé. Il y avait un mystère qui expliquait ce qui était arrivé à Juan Pablo, ce qui nous était arrivé, et je devais le découvrir. J’avais peut-être lu beaucoup de romans, ou alors cette conclusion était une stratégie visant à revaloriser l’estime que j’avais de moi-même, croire à l’existence d’une explication saugrenue serait peut-être une nouvelle façon de me leurrer. »

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