Que va-t-on faire de Knut Hamsun ?**

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« Que va-t-on faire de Knut Hamsun ? » de Christine Barthe vient de paraître chez Robert Laffont. Arrivé au crépuscule de sa vie, quels sont les enseignements, les regrets, les souvenirs que chacun retiendra ? L’auteure imagine une très belle lettre de Knut Hamsun à ce sujet en page 145. Il aura aussi l’énergie et la volonté de mener un ultime combat.

L’histoire

Avant 1939, Knut Hamsun était un écrivain reconnu, une figure majeure des lettres norvégiennes, et il avait d’ailleurs reçu le prix Nobel de Littérature en 1920. Mais au cours de la Seconde Guerre Mondiale, Hamsun prend parti pour les nazis, il écrit des articles, rencontre Hitler et Goebbels. Il est donc ensuite enfermé dans un hôpital, dans l’attente d’un hypothétique procès qu’il appelle de ses vœux. Mais les autorités judiciaires tergiversent : comment traiter le cas de celui qui, après avoir été porté aux nues, a fait des mauvais choix, et s’est fourvoyé sur le chemin de l’infamie ? Mieux vaut peut-être laisser penser que ses ‘capacités intellectuelles’ sont ‘durablement affaiblies’.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Christine Barthe brosse un portrait cohérent (ni hagiographique, ni à charge) de cet homme âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans et parfaitement lucide,  dont l’obsession est de pouvoir défendre son cas lors d’un procès, qui ne cesse d’être reporté. Malgré sa semi captivité dans des hospices, il reste combattif et mobilisé.
Au-delà de ces circonstances très particulières, Hamsun est touchant car il est aussi un homme ordinaire, confronté à la vieillesse, à la solitude, à l’attente, aux frustrations, au déclin.
J’ai découvert avec stupéfaction que Knut Hamsun a bel et bien existé, le roman est donc inspiré de faits réels. Il est toujours délicat pour moi d’aborder ce type de texte, car je ne cesse d’essayer de faire la part des choses entre les faits et la trame romanesque, le récit constituant une hypothèse, ou une interprétation de ce qui s’est réellement déroulé. Cette préoccupation, ces doutes, tendent à brider un peu le plaisir de lecture, d’autant plus que dans ce cas précis, le style narratif, simple et direct, ne parvient pas à donner une autre dimension, vraiment littéraire, à l’ouvrage. Peut-être faudrait-il alors se reporter directement à la source, c’est-à-dire au témoignage de Knut Hamsun lui-même, qui raconte ses années d’après-guerre dans un livre publié en 1949, intitulé ‘Sur les sentiers où l’herbe repousse’, et dont quelques extraits sont d’ailleurs cités dans le roman (dont la magnifique lettre adressée au procureur général en date du 23 juillet 1946).

Poursuivre la déambulation

De nombreux écrivains se sont essayés à l’exercice périlleux du récit biographique, sous l’étiquette ‘roman’. Encore faut-il que le sujet soit véritablement romanesque…Je pense par exemple à Emmanuel Carrère, dont le livre sur Jean-Claude Romand, ‘L’adversaire’, m’avait tenu en haleine, d’autant plus que l’écrivain raconte aussi son enquête, laissant émerger ‘en toute transparence’ les zones d’ombre ou d’incertitude.
On pourrait citer aussi à ‘La cache’ de Christophe Boltanski, dont le travail d’explorateur dans la maison familiale ne livre pas toutes les réponses sur certains pans cachés ou méconnus de la vie de ses grands-parents.

Extrait

« Maintenant il se trouvait à l’hôpital et attendait, un jour après l’autre. C’était l’été et pourtant il vivait sous la pluie. Une goutte, deux gouttes, trois gouttes, la pluie comme les mots qu’il distillait sur un carnet, un mot, deux mots, trois mots, seulement rien ne se construisait, aucun texte, aucun personnage. Il écrivait par habitude. Juste pour lui. La pluie, les mots, le temps s’écoulaient, sept, huit, neuf… »

« Chaque jour il tentait quelques liens avec l’extérieur, admirer le ciel, sentir le vent, apercevoir un taillis, un arbrisseau. Mais il ne voyait rien, des murs et encore des murs, avec parfois un judas. Il voulait respirer l’air pur. Marcher dehors devint un songe, un rêve. On lui dit bientôt, on lui dit plus tard, pendant ce temps la nature crépitait de l’autre côté. Dans la pénombre de ses yeux malades et de l’asile psychiatrique la vie rétrécissait. »

« Je suis en paix avec moi-même, j’ai l’esprit pur et la conscience nette. On nous avait fait miroiter qu’on réserverait à la Norvège une place de choix, une place éminente dans la société de la grande Germanie, qui était alors en gestation et en laquelle nous croyions tous. J’ai bien dit tous ! »

2 réflexions sur “Que va-t-on faire de Knut Hamsun ?**

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