Les nougats**

Les nougats

« Les nougats » est le premier roman de Paul Béhergé, publié chez Buchet Chastel, à consommer comme la confiserie du même nom, selon votre goût : l’engloutir d’un coup, ou bien déguster par petites bouchées – puis sentir un petit goût sucré, et laisser fondre doucement ou bien croquer vite les amandes pour diffuser l’amertume…

L’histoire

Paul Montès a eu une enfance solitaire. Il vit seul, caché, dans la villa Maman. Orphelin de mère, il est parvenu à intégrer l’ENS. C’est là que, sur un terrain de foot, il fait la rencontre qui va changer son destin : Olivier Labrousse est costaud, il a une petite amie, son prénom c’est Elise – et Paul en est amoureux. Fasciné par Olivier, il commence à le suivre, à l’espionner sans relâche…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le  lire

La  littérature seule propose des voyages dans le cerveau un peu cabossé des êtres singuliers. On ne dira jamais assez combien il leur est difficile de s’adapter à un monde de plus en plus normatif. C’est le cas de Paul Montès, qui collectionne petits galets, nougats et autres bizarreries. Ce personnage touchant nous entraîne dans ses aventures insolites et drolatiques, dans ses flâneries intellectuelles, dans sa logique très personnelle, et on le suit au bout du monde, de Poigny à New York en passant par Rambouillet, dans son combat de David contre Goliath. Il y a dans la relation entre Montès et Labrousse, une vampirisation mutuelle, un curieux mélange de fascination, d’attraction, de répulsion, de jalousie. Au fond, aucun d’eux ne pourrait exister sans l’autre, qui représente la part manquante de son individualité. Et comme c’est Montès le narrateur, il en résulte un court roman décalé, généreux et sensible, poétique et fantaisiste, plein d’humour.
En filigrane, le thème de la création littéraire y est aussi abordé. Peut-on considérer que de courts extraits, ou de simples mots recopiés sont un plagiat, et restent la propriété d’un seul homme ? Ou faut-il y voir une re-création, qui peut-être après tout, mérite des éloges et une reconnaissance dont n’a pas bénéficié l’auteur originel? Pourquoi l’écriture s’impose-t-elle à certains comme une ultime bouée de sauvetage alors que d’autres désespérément recherchent une inspiration qui jamais ne se présente ? Dans ce premier roman prometteur, l’auteur pose ainsi, l’air de rien, quelques questions essentielles et passablement complexes, distillées au sein d’un récit aérien et pétillant d’intelligence.

Merci à NetGalley de m’avoir permis la lecture de ce livre avant sa sortie !

Poursuivre la déambulation

Parmi les personnages un peu à part que l’on rencontre dans les livres, j’ai bien aimé Mattia, le héros de ‘La solitude des nombres premiers’ de Paolo Giordano, qui, comme Paul Montès éprouve quelques difficultés à communiquer avec son entourage. Mais Mattia, lui, a cette chance de rencontrer Alice, son alter ego.
Au cinéma, les duos formés entre une brute et un gentil ne manquent pas, et ont souvent donné lieu à des films hilarants. Prenez donc un bon paquet de nougats, et revoyez en boucle ‘La chèvre’ ou ‘Les fugitifs’ avec Pierre Richard et Gérard Depardieu…

Extrait

« « Tandis que vous, mon cher minuscule, qui avez écrit ce paquet de feuilles géniales: vous avez été en contact avec le manuscrit pendant des jours et des jours, vous l’avez caché, couvé égoïstement et qu’êtes-vous devenu ? Rien, vous n’êtes rien devenu du tout. Vous êtes devenu un rien du tout. Saisissez-vous le contraste? Je comprends bien que dans votre position, la chose n’a rien de drôle ; mais enfin les positions des uns et des autres n’ont pas grand sens dans ce monde et je vous assure, moi, qu’il y a matière à rire. D’ailleurs, permettez-moi de me laisser aller à pouffer un instant dans ma barbichette (il se laissa aller à pouffer). »

« Puis s’adressant à moi : « Je te siphonnerai la tête, malade ! Je t’aspirerai le cerveau, minus ! Et quand je t’aurai tout pris, quand tu m’auras avoué tes prochains ouvrages, je te ferai payer la mort de Ouistiti au centuple ! Tu m’entends, plouc ? »
Tandis qu’il disparaît, je le vois taper du pied sur le sol jusqu’à briser le bitume.
Je connais bien Olivier: c’est mon ami.
Il ne dit pas ce qu’il pense.
Il pense pire encore. »

« Tandis que Kikki me caresse le front sur la banquette arrière, je récapitule ma journée, mon destin, ma vie. Et en ce qui concerne ma journée, je dois avouer que je n’y vois plus tout à fait aussi clair que ce matin.
Mais pour ma vie et mon destin, les choses sont très simples.
Ma vie est comme un nougat : on peut me mâcher, mais alors je colle.
Ma vie est un nougat éternel.
Celui qui me mâche, je le colle pour toujours. »

 

4 réflexions sur “Les nougats**

  1. Pingback: Elle parle des Nougats : Cornelia – Paul Béhergé

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