Mon chien Stupide **

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« Mon chien stupide » de John Fante est l’un des derniers ouvrages de l’auteur, décédé en 1983, et le second volet du cycle ‘Molise’, après ‘Les compagnons de la grappe’…Molise, le narrateur, anti-héros et double fictionnel de Fante, nous raconte sa vie d’écrivain raté et de père de famille désabusé, depuis sa somptueuse villa de Point Dume, ‘une langue de terre qui avançait dans la mer comme un sein dans un film porno’…

L’histoire

Henry J. Molise a une belle Porsche, mais quelques difficultés à s’orienter. Paumé dans son propre quartier, il doit appeler sa femme, Harriet, pour rentrer au bercail. Sur la pelouse, dans son jardin, repose une montagne de poils, sorte de Yéti endormi malgré la pluie torrentielle. Ce n’est finalement qu’un énorme chien, dont Harriet voudrait bien se débarrasser le plus vite possible, mais auquel inexplicablement, Molise s’attache. Baptisé Stupide, l’animal enchaîne pourtant les bourdes, et ses élans priapiques à l’égard de tous les mâles de passage ne tarde pas à causer de sérieux ennuis à son propriétaire.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher!

Pourquoi le lire

« Mon chien stupide » est un livre court, extrêmement drôle, à la fois par son style, où l’on ressent toute l’ironie teintée d’auto-dérision du narrateur, et par l’enchaînement rapide de situations incongrues et de dialogues savoureux. Le personnage de Molise est évidemment attachant, avec sa lâcheté et son cynisme, son envie de tout recommencer et son rêve d’un retour idéalisé à ses origines (napolitaines) – sans parler du décompte réjouissant effectué à chaque fois qu’un des enfants quitte le cocon (masquant peut-être son désarroi face à l’effondrement progressif et inéluctable de la cellule familiale). Malgré un indéniable plaisir de lecture, j’ai été tout de même un peu déçue, car la réputation de John Fante et le consensus général autour de son oeuvre m’avaient fait espérer autre chose, une prose plus exigeante, une construction plus complexe, un scénario plus original…

Poursuivre la déambulation

Scoop : on attend l’adaptation de ce livre au cinéma avec Yvan Attal à la réalisation (et Charlotte Gainsbourg dans le rôle d’Harriet). Le tournage commencera en principe mi-septembre.
Pour en revenir aux rayons ‘canins’ de la littérature, je ne saurais trop vous recommander ‘Le Chien des Baskerville’ de Conan Doyle, formidable classique paru en 1902, mettant en scène l’inimitable Sherlock Holmes. Cent plus tard environ, paraissait l’excellent ‘bizarre incident du chien pendant la nuit’, de Mark Haddon, dont le point de départ est le sauvage assassinat d’un caniche à coups de fourche – l’enquête est menée par un ado autiste, adepte de listes, de maths et de diagrammes…

Extrait

« J’aurais pu lui faire remarquer que j’avais travaillé d’arrache-pied sur mes misérables scénarios pour lui offrir une jeunesse décente, que la facture du chirurgien-dentiste pour sa dentition impeccable s’était élevée à trois mille dollars, sans parler des milliers de dollars qu’il m’avait coûté en voitures, motos, planches de surf bousillées, et en primes d’assurance. Mais il m’aurait alors accusé de m’apitoyer sur moi-même, à juste titre évidemment. La vie était si injuste. A mesure que vos fils grandissent, vous rapetissez, et puis vous ne pouvez même plus leur flanquer une bonne raclée. »

« Mais pas Stupide. Vers la fin du deuxième cercle, il a soudain levé les pattes vers le dos de Rommel. Touché ! C’était un coup fantastique, sans précédent, osé, humiliant et si peu orthodoxe que Rommel s’est figé sur place, incrédule. On eût dit que Stupide préférait batifoler plutôt que lutter; ça a jeté Rommel, ce noble chien qui croyait au fair-play, dans une confusion terrible. »

« Oh Dieu, si ce chien avait pu parler ! Si j’avais pu discuter avec mon beau Rocco, comme ma vie aurait été différente !
Rocco, j’ai besoin de tes conseils.
Quel est le problème, patron ?
Je ne suis pas heureux. Je veux modifier toute ma vie. Repartir de zéro. Quitter le pays.
Vas-y vieux. Ecoute la voix de ton cœur. Va où il te dit d’aller.
Et ma femme et mes enfants ?
Quitte-les. Prends la route. C’est ta dernière chance. Il n’y en aura pas d’autre. »

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