La France comme ma poche**

P_20180713_191657« La France comme ma poche » de Willy von Beruf, ‘traduit’ par Jean-Yves Cendrey, et publié à l’Arbre Vengeur, est un petit bouquin hilarant qui jette un regard acide sur notre joli pays. Au surlendemain du 14 juillet, au lendemain de la victoire des ‘bleus’, à l’heure où résonnent encore les échos lointains de la Marseillaise, peut-être est-il temps de remettre les baromètres de notre patriotisme sur le mode ‘auto-dérision’ – sans rien chercher d’autre qu’un bon divertissement estival.

L’histoire

Après quelques années d’enfance passées en Gironde auprès de son père, Willy a vécu la majeure partie de sa vie à Berlin en Allemagne, avec sa mère. Hélas, le paternel subclaquant convoque son fiston dans sa province lointaine pour lui faire des révélations soi-disant cruciales. Et le rejeton n’a pas d’autre choix que de s’embarquer dans sa guimbarde, pour traverser la France, l’égratigner de sa plume au passage, et aller retrouver le moribond qui s’avère finalement bien bavard…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

La combinaison de situations incongrues avec un style un brin alambiqué, ‘à la’ Desproges, provoque le rire en cascade, tout au long du livre. Toutefois on préfèrera une lecture par petites séquences, pour pouvoir digérer et apprécier l’ensemble à sa juste valeur. La seconde partie du livre, où l’on voit que le père ne vaut pas mieux que le fils (ou l’inverse), mérite le détour par la Gironde. Même si le style est volontairement direct, j’ai regretté par moments quelques facilités scatologiques, quelques touches de vulgarité dont on aurait pu se passer. Ne vous attendez pas à des révélations inouïes sur les travers français, on reste toujours sur des chemins maintes fois empruntés – d’autant plus que l’ouvrage ayant été publié en 2016, on est avant Macron – et avant Trump. Plus que la peinture sociologique, c’est donc bien le portrait de deux énergumènes, le père et le fils, qui en constitue le fil conducteur.

Poursuivre la déambulation

N’oublions pas qu’au XVIIIème siècle, Montesquieu lui-même avait ouvert la voie de la satire avec ses ‘Lettres Persanes’, Voltaire enfonçant le clou trente ans plus tard dans ‘Micromégas’. 
Il ne vous faudra pas chercher bien longtemps pour comprendre que Willy Von Beruf et Jean-Yves Cendrey ne sont en fait qu’une seule et même personne, qui avait d’ailleurs signé en 2009, ‘Le Japon comme ma poche’. Je n’ai pas lu celui-là, mais je vous recommande ‘Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime’ d’Elena Janvier chez Arlea, qui souligne toutes les petites différences culturelles entre France et Japon.
Pour revenir dans la veine comique, vous vous souvenez peut-être du best-seller ‘A year in the merde’ suivi de près par ‘Merde actually’, par Stephen Clarke, qui d’un coup de scalpel affûté pratique une incision toute britannique dans les ‘bizarreries’ franchouillardes.

Extrait

« Il faut le voir l’étang de Thau, cadeau de la nature et vidange du canal du Midi, mer intérieure de déchets, éponge à gadoues chimiques.
Il est fameux!
Et pas que pour ses produits de la merde et sa faune aquicole protégée, ses Bouzigues bien grasse à l’arrière-goût de déboucheur, ses loups sans nageoires, ses mulets à deux queues, ses daurades habillées des écailles de peinture d’un mille de bateaux de plaisance.
Toujours friands de sites exceptionnels à finir de saloper, les touristes y affluent pour y jeter des canettes votives, du plastique d’emballage et leurs tongs en fin de vie. »

« Quoique impressionné par le rendement de la tortue cybernétique malgré ses dix-sept malheureux centimètres de largeur de coupe, j’étais si réservé sur la pertinence de déployer autant de science imbécile pour un but aussi éminemment modeste, que je me rembrunis.
La robotisation du jardinage – art des chanceux qui jouissent d’un bout de terre à modeler de leurs mains-, ne m’apparaissait pas seulement paradoxale, mais encore immonde de futilité. Et c’est un Monsieur Hulot cafardeux et guère loquace qui alla s’attabler auprès de l’inspecteur Columbo, par chance beau parleur pour deux. »

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