L’appartement **

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« L’appartement » est un petit livre singulier, signé André Markowicz, et publié il y a quelques mois aux éditions inculte. D’origine russe, André Markowicz est surtout connu pour avoir traduit l’œuvre de Dostoïevski, mais également Tchekov, Pouchkine et Gogol. Voici donc le traducteur, d’ordinaire un peu oublié et à peine mentionné, qui prend la parole et nous confie dans un texte émouvant et très personnel, une partie de son ‘âme russe’.

L’histoire

Avec les 100 000 francs de droits d’auteur gagnés pour la traduction de Platonov, Markowicz fait l’acquisition d’un appartement à Saint Pétersbourg, dans lequel sa grand-mère a vécu pendant des décennies. Cet appartement est un point d’ancrage essentiel pour l’auteur, qui évoque au fil du récit ses souvenirs d’enfance, convoque sa mère, sa grand-mère, et livre aussi bien sûr une réflexion sur la langue, et son travail de traducteur.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Quelle surprise de découvrir que ce texte est en fait un long poème en prose, composé principalement de décasyllabes, entrecoupé de courtes poésies d’autres auteurs, et de photographies. On aurait envie de le lire à voix haute, ou mieux, de l’écouter lu par son auteur, comme une mélopée, avec son rythme propre, qui se déroule à l’infini, puisque jamais la phrase ne se termine. J’ai été touchée par cette grâce, cette sensibilité à fleur de peau, notamment dans l’évocation de la grand-mère, mais aussi impressionnée par l’agilité de l’auteur, qui tout en respectant strictement ces principes formels, raconte toutes sortes d’histoires, rend hommage aux grandes figures de la littérature, et aborde avec une acuité remarquable son rapport à la traduction.

Poursuivre la déambulation

Pour en savoir plus, peut-être voudrez-vous écouter Markowicz dans une interview donnée sur France Culture pendant le salon livre Paris en mars dernier : c’est par ICI !
On sait combien la mémoire des lieux peut marquer profondément une existence. J’ai repensé par exemple à ‘La cache’ de Boltanski, qui nous fait découvrir pièce par pièce la maison de son enfance, et brosse ainsi peu à peu le portrait des membres de sa famille.

Extrait

« comment voudriez-vous que je traduise
pas le nom même, non, mais le papier,
la marque, ce brochage si fragile,
les livres entourés le plus souvent
comme un cahier dans un papier d’école,
d’autres, parfois, même sans couverture –
elle avait disparu avec le temps,
tu prends le livre – tu le ruines presque
et le papier déjà défectueux,
pas même granuleux – brun jaune et rêche
signe en lui-même de la catastrophe,
du coup, prendre le livre pour le lire
est déjà tout un art de la patience
et du souci, un soin donné à l’autre
pour qu’il se garde encore un peu vivant, … »

« et je la regardais, courbée par l’âge,
si minuscule, qui penchait la tête,
une main sous l’oreille, – quatorze ans
à la mort de Tchékov, – et, à nouveau,
elle s’était comme fondue dans l’air
et tout n’avait duré que la seconde
où la phrase était dite, -… »

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