La valse des arbres et du ciel **

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« La valse des arbres et du ciel » de Jean-Michel Guenassia chez Albin Michel est un roman qui offre une nouvelle interprétation des dernières semaines de la vie de Van Gogh, lorsqu’il se trouvait à Auvers-sur-Oise, entre le 20 mai et le 29 juillet 1890. Derrière ce titre lyrique et cette couverture un peu aguichante, se cache en fait une histoire palpitante et inattendue.

L’histoire

La narratrice est Marguerite Gachet, la fille du célèbre Docteur Gachet qui prit soin de Van Gogh à cette époque. Orpheline de mère, Marguerite est une jeune fille éduquée, libre, téméraire, qui aime dessiner mais ne se reconnaît aucun talent. Elle aimerait bien rentrer aux Beaux-Arts, mais les femmes n’y ont pas accès, elle rêve de se rendre en Amérique, où tout semble possible, mais elle n’a pas suffisamment d’argent pour mettre les voiles. De plus, elle est promise depuis toujours au fils Secrétan, et ne peut évidemment pas se faire à l’idée d’une vie bien rangée de femme mariée. C’est alors qu’arrive Van Gogh, et avec lui l’éblouissement de toiles vibrantes de couleur, et avec lui le trouble de l’amour et du désir.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Si la première partie du livre peut s’assimiler à une aimable bluette racontée par une jeune fille passionnée et audacieuse, on assiste en revanche dans la seconde partie à une véritable montée en puissance de la tension et de la violence, jusqu’au dénouement. Qu’elle soit vraie ou fausse, la thèse soutenue par Guenassia semble parfaitement plausible et jette le doute sur la version ‘officielle’, traditionnelle, des faits. Le lecteur est ainsi amené à revoir son jugement sur les protagonistes, Van Gogh bien sûr, mais aussi le Docteur Gachet. Ecrit plus de cinquante ans après les évènements, le témoignage de Marguerite donne aussi une vision poignante de la condition des femmes françaises à la fin du XIXème siècle, et établit le constat des progrès accomplis dès le milieu du XXème siècle. Enfin, le contexte historique, politique et social est bien amené, grâce à des passages en italique, extraits d’articles de presse ou de correspondances, essaimés tout au long du récit.

Poursuivre la déambulation

Avec ‘Le club des incorrigibles optimistes’, Guenassia a accédé très vite à la notoriété et au succès. Je vous recommande aussi ses deux autres romans, ‘La vie rêvée d’Ernesto G.’ et ‘Trompe-la-mort’, si vous ne les avez pas lus. De l’action, du suspense, de l’aventure !
Radicalement différent, avec sa couverture jaune des Editions Verdier et son titre d’une grande sobriété : connaissez-vous la ‘Vie de Joseph Roulin’ par Pierre Michon ? Joseph Roulin est le facteur d’Arles dont Vincent Van Gogh a réalisé de multiples portraits, en 1888. Michon en dresse un portrait inoubliable, dans une langue pure et simple – une merveille de justesse et de concision.
Enfin, parce qu’il est question de Gauguin à de multiples reprises dans le livre de Guenassia, j’ai eu envie de me replonger dans mes souvenirs de la magnifique expo ‘Gauguin l’alchimiste’ qui m’avait ravie en octobre dernier, au Grand Palais, et que j’avais d’ailleurs chroniquée (c’est ICI).

Extrait

« La Lanterne, 24 juillet 1890
Depuis quelques temps, le Parlement conjugue à tous les temps le verbe protéger. Il protège les villes, il protège les campagnes, il protège les ouvriers, les bourgeois, les paysans, il protège aussi le travail des femmes et des enfants. Après les vacances, il s’occupera de protéger les animaux…A quand la protection des coquelicots, des bleuets et des roses ?
…Prenons y garde. C’est ainsi que de protection en protection…on arrivera bien vite à tout proscrire. »

« Je crois surtout que la société a tellement changé pendant cette période qu’on a du mal à comprendre à quel point une jeune fille de cette époque était sous la coupe de son père, qu’elle subissait avec fatalisme la pesanteur de son milieu, contre lequel il était invraisemblable d’imaginer se rebeller. On pouvait être en colère, pleine de rage, mais on courbait la tête et on subissait avec résignation. »

« Vincent et Gauguin s’écrivaient de longues lettres où ils se racontaient leur vie, leurs travaux et leurs projets, et on voyait à la manière dont ils se confiaient l’un à l’autre qu’il existait une forte affection entre eux. Je doute que cela puisse s’appeler amitié, c’était un tissu de relations bien plus complexes, faites d’admiration et d’estime réciproques, d’une passion sans égale pour la couleur et l’expression, mais ils étaient trop entiers, incapables l’un comme l’autre de faire des concessions, pour avoir véritablement un ami ; … »

 

 

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