Le second métier de l’écrivain***

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« Le second métier de l’écrivain » est un recueil de textes de Colette, aux Carnets de l’Herne. Le saviez-vous ? Colette la romancière, la journaliste, a aussi écrit nombre de textes publicitaires pour des marques et des entreprises de renom. Ce petit livre est l’occasion de découvrir une autre facette de l’oeuvre de la célèbre auteure des ‘Claudine’, élue membre de l’Académie Goncourt en 1945.

L’histoire

Dans la préface, Frédéric Draget rappelle le contexte d’une époque où la publicité en était encore à ses balbutiements. Puis on aborde les textes en eux-mêmes, certains très courts, d’autres plus longs, tous introduits par une courte description de l’histoire de la marque; on passe ainsi des cosmétiques aux parfums, aux grands magasins, aux maisons de couture, et aux vins, en passant par l’électroménager et les automobiles, et en égrenant une liste de grands noms qui ont aussi fait la réputation de la France : Lanvin, Le Printemps, Rochas, Les Galeries Lafayette, Hermès, Nicolas, etc. L’ouvrage est illustré de reproductions de photos, affiches, textes manuscrits signés de la main de Colette, qui viennent compléter la découverte de ces textes ‘inédits’.

Pourquoi le lire

Si vous croyez que Colette est ‘démodée’, détrompez-vous ! Certes, le style est un peu suranné, mais ces textes (et poèmes!) sont une merveille de délicatesse, et un modèle de ‘story-telling’! Colette y fait montre d’une sensibilité toute ‘féminine’, s’extasiant de la subtilité d’un parfum ou de la beauté d’une étoffe. Elle s’enthousiasme, et fait partager ses expériences sensuelles de découverte des produits avec toujours une touche d’humour.
J’ai beaucoup aimé aussi la préface et les rapides introductions sur les marques, on y apprend avec étonnement moultes détails sur leurs origines, et surtout on est surpris de lire la liste des artistes (écrivains ou illustrateurs, ) ayant collaboré à leur promotion – parmi lesquels Jean Cocteau, Raoul Dufy, Van Dongen…

Poursuivre la déambulation

Est-ce que tout cela ne vous donne pas envie de re-découvrir l’œuvre de Colette ? Puisque les beaux jours sont de retour, pourquoi ne pas en profiter pour faire un saut à la ‘Maison de Colette’ à Saint-Sauveur-en-Puisaye, à deux heures, à peine, de Paris ? La visite guidée est vraiment passionnante, et riche en anecdotes savoureuses ! Colette en fait une description fidèle dans ‘La Maison de Claudine’, sans oublier les jardins, où son frère avait coutume de bâtir des petits tombeaux, ornés d’épitaphes à des morts imaginaires, jusqu’à ce que leur mère détruise le cimetière clandestin : ‘Crois-tu que c’est triste, un jardin sans tombeau? ‘…

Extrait

« Pourtant, dans le silence des cornues et des éprouvettes, qui élabore le parfum, le varie et le dose, sinon l’homme? Il est révolu le temps des ‘Belles Parfumeuses’ férues du patchouli ! L’art du parfumeur est aux mains d’une aristocratie commerciale purement française. Telles essences célèbres y vieillissent sans cesser de séduire. »

« Nous sommes de vieilles connaissances, Emile Hermès et moi. Il fait bon écouter cet homme d’expérience, en haut de la terrasse qui couronne sa demeure. Tout en me chauffant l’épaule au soleil d’automne, j’apprends d’une bouche autorisée, éprise de son sujet, j’apprends comment Paris, qui bourdonne à petit bruit, n’a jamais cessé de travailler pour le bon renom de Paris. »

« Agréable comme un printemps désaisonné, nous revîmes le décolleté dans les avant-scènes, la gracieuse hésitation du pied qu’embarrasse le volant, mieux encore nous eûmes le voile épris de la statue qu’il épouse – nous eûmes, au bord de la hanche, et dénudant ou couvrant l’épaule, nous récupérâmes le ‘drapé’, gloire et virtuosité du grand couturier de Paris. »

« Il est permis de juger un artiste, volontairement dévoué à la décoration des étoffes, autant sur ce qu’il refuse à sa fantaisie que sur ce qu’il lui accorde. Louons donc Dubost de savoir restreindre son abondance, de donner tout son prix à l’espace vide, au champ de soie, vierge entre deux motifs. Une telle discrétion l’apparente parfois aux meilleurs peintres japonais. »

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