Et nous ne vieillirons jamais***

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« Et nous ne vieillirons jamais » est le premier roman de Jennie Malamed, aux éditions Anne Carrière. Le récit se construit autour de la vie de quatre très jeunes filles, Vanessa, Amanda, Caitlin et Janey: elles vivent sur une île, où l’expression ‘violences faites aux femmes’ n’a pas cours. Il n’existe là-bas aucun mot pour désigner ce qu’elles subissent; dès lors il leur faudra inventer leur propre mode de rébellion contre l’innommable.

L’histoire

Coupée du monde extérieur (baptisé ‘les terres brûlées’), une petite communauté vit sur une île, dans ‘l’observance’ de règles strictes et implacables : régulation des naissances, mariages forcés lors de ‘l’été de la fructification’, euthanasie pour les anciens…La vie est insalubre, âpre, marquée par une alternance de saisons au climat particulièrement rude. Sous l’impulsion de Janey, un groupe de filles décide de se soulever contre l’ordre établi, et part s’installer à l’écart sur une plage – enfin libres ???

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher!

Pourquoi le lire

Dans la première partie, Jennie Melamed expose le fonctionnement d’une micro-société qui pourrait être une secte, et en démonte le mécanisme : éducation rudimentaire, diffusion de croyances, description apocalyptique du monde extérieur, crainte de représailles physiques et sociales, en cas de déviance – et surtout un sort abominable réservé aux femmes, tout au long de leur vie. Jusque là finalement, rien de bien révolutionnaire pour une dystopie. C’est à partir de la 150ème page, à l’arrivée de l’automne et avec la véritable entrée en scène de Janey, que le roman prend son envol. Subitement, on se sent solidaire de ces filles littéralement ‘en grève’, et la tension monte. Peu à peu, les pièces du puzzle s’agencent, et à l’image de l’église qui s’enfonce inexorablement dans les profondeurs du sol, les mensonges ne tiennent plus. A la violence des situations s’oppose la calme détermination des jeunes filles, qui avec leur naïveté et leurs questionnements, parviennent à bousculer les fondations d’une société vérolée par des principes absurdes et dangereux.

Poursuivre la déambulation

A bien des égards, ce livre rappelle ‘Virgin Suicides’ de Sofia Coppola, sorti en 99, à ceci près que le sort des filles y est scellé dès les premières scènes du film.
On pense également à ‘Mustang’, un film magnifique de Deniz Gamze Ergüven, dans lequel cinq sœurs se retrouvent séquestrées dans leur maison par leur oncle.
Et bien sûr, impossible de ne pas faire le rapprochement avec la ‘Servante écarlate’, le roman de Margaret Atwood, adapté au cinéma par Volker Schlöndorf en 90, puis très récemment, en série télévisée.
Enfin, dans une interview accordée à Babelio ( à découvrir ICI ), Jennie Melamed nous fait part de son admiration pour ‘Auprès de moi toujours’ de Kazuo Ishiguro, livre que j’avais chroniqué en janvier dernier, et qui pourrait tout à fait l’avoir inspirée pour l’élaboration de ce premier roman.

Extrait

« Vous voyez, c’est… » Un silence. « On est enfermées, ici. On ne sait rien. Ni sur ce qui s’est passé ni sur ce qui se passe en ce moment.  » Elle gigote, mal à l’aise, et sous eux la barque tangue dangereusement. « On a besoin de savoir comment c’est. Dans les terres perdues. On a…des questions. »

« Ce que voulait Janey, c’était conduire les filles à la liberté, pas jouer les conseillères, les consolatrices et les pasteurs auprès d’un troupeau d’enfants. Elle essaie de partager ce fardeau avec les plus grandes, mais elle restent de plusieurs années ses cadettes et sont elles aussi absorbées par leur propre jeu. »

« Vanessa ignore combien de temps elle reste prostrée ainsi, le souffle court, mais Mère finit par la rejoindre. Elle entoure Vanessa de ses bras, la jeune fille relâche ses mains et le morceau de verre chute au sol. Mère doit l’aider à sortir de la chambre : elle ne sait plus distinguer le haut du bas et le plancher penche tantôt à droite, tantôt à gauche. »

 

2 réflexions sur “Et nous ne vieillirons jamais***

  1. Merci Cornelia pour ce bel article sur le superbe roman de Jennie Melamed : il donne très envie de le lire (de le relire, en ce qui me concerne). Je vous recommande un roman de la rentrée littéraire à venir : « Les enfants de cœur » d’Heather O’Neil, une canadienne, traduite de l’anglais. Je l’ai quasiment lu d’une traite, c’est un magnifique roman d’amour comme on en fait plus.Il sort aux alentours du 20 août et je suis presque sûr qu’il vous plaira. A bientôt j’espère. Jean-Jacques (de la librairie Les Temps Modernes à Orléans).

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