L’amant de Patagonie **

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« L’amant de Patagonie » est un roman d’Isabelle Autissier, paru en 2012. Navigatrice, première femme à avoir effectué le tour du monde en course à la voile, présidente du WWF France, l’auteure nous invite à suivre sur plus de vingt ans la vie d’une jeune écossaise envoyée en Patagonie, et témoin de l’ancrage et de l’expansion des colons, dans ces terres du bout du monde.

L’histoire

Orpheline, la narratrice, Emily, grandit en Ecosse, dans la famille du révérend Mac Kay où elle est accueillie ‘avec une statut ambigu, entre fille et servante’. A l’âge de seize ans, en 1880, elle se retrouve à ‘Ouchouaya’ en Patagonie, pour servir de ‘gouvernante’ chez le révérend Bentley. A proximité de la maison vivent des indiens Yamanas. Très vite, Emily est fascinée par leur mode de vie, elle cherche à apprendre leur langue, et à maîtriser l’art de la pêche. Troublée par le jeune Aneki, elle s’enfuit avec lui à bord d’une pirogue…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

L’histoire est racontée du point de vue d’Emily, à mi-chemin entre journal intime et récit de voyage. Sa fuite vers une existence au sein de la nature immense, avec ses splendeurs et ses dangers, peut se comprendre comme un retour aux exaltations de sa petite enfance, lorsqu’elle parcourait, libre, les landes écossaises.
Les paysages somptueux, la variation des lumières et des atmosphères au fil des saisons sont souvent évoqués, même si la narration se concentre sur une description sensible de l’évolution de la petite communauté locale – Emily se faisant le témoin privilégié des deux camps, indiens Yamanas, et colonisateurs. On est ainsi confronté au choc des cultures, à la méfiance réciproque, aux violences, et à l’inéluctable extinction de la population aborigène.
C’est aussi un roman d’amour, tout d’abord entre Emily et Aneki, puis entre Emily et son fils Lukka, qui doit lui aussi trouver sa place, en tant que métis. De nombreux autres personnages touchants viennent peupler ce court récit, comme par exemple les fils du révérend Bentley, ou encore la vieille Cushi, grand-mère d’Aneki.

Poursuivre la déambulation

Partons donc à la découverte de grands espaces et de populations dites ‘primitives’. Je vous propose tout d’abord la Nouvelle-Guinée, avec ‘Euphoria’ de Lily King, qui raconte les tribulations et les observations de trois jeunes anthropologues – sensible, intelligent, un beau roman d’aventures et d’exploration.
A moins que vous ne préfériez ‘Remonter l’Orenoque’ avec Mathias Enard, une histoire tragique racontée dans un style vraiment magnifique…
Terminez votre périple par un bond de quelques milliers de kilomètres vers le Nord, et partagez le destin des ‘Mille femmes blanches’ de Jim Fergus (si vous ne l’avez pas déjà lu trois fois ! ) –  best-seller lors de sa sortie en France, avec 400 000 exemplaires vendus !

Extrait

« Notre devoir de charité nous amène trois matinées par semaine dans le campement. Il y a chez ces gens un mélange de mouvement permanent et de quiétude. La population varie tout le temps, passant du simple au triple sans raison, les huttes sont construites et reconstruites à quelques mètres par les mêmes familles, la porte change de sens selon la direction du vent. Il y a tout le temps quelque chose à cuire sur les braises du foyer; poisson, petit rongeur, et chacun se sert tout au long de la journée. Les chiens vocifèrent, les enfants hurlent, parfois les adultes aussi, mais on peut également en trouver quelques-uns assis, ne faisant rien d’autre que de contempler le canal, fixant les îles d’en face avec un sourire extatique. Aneki, que j’interrogeais un jour sur ce qu’il regardait, m’a seulement répondu :
– C’est beau, beau mon pays. »

« Autant le groupe est solidaire pour partager une chasse commune et offrir de la nourriture à ceux qui n’en ont pas, autant le vol, le mensonge, les dissensions sont fréquents. Les criailleries éclatent pour n’importe quoi posé sans surveillance et qui a été accaparé. Ni justice, ni police, ni même chef pour trancher les différends, on s’invective, on gesticule, on mime le combat, mais la conscience de la faiblesse commune empêche d’en venir aux mains. Alors on fait semblant de céder en restituant l’objet d’un:
– Tiens, je te le donne, je suis ton ami et je veux te faire plaisir. »

« Je ne saurais dire pourquoi la fascination que j’avais ressentie à mon arrivée me tient toujours. Il y a ici une puissance des éléments qui peut en affoler certains, mais se communique à d’autres, à ceux qui l’acceptent et l’accueillent. C’est seule que je revis, quand les longues marches me harassent, quand à bout de souffle, le cœur à la chamade, je débouche sur le plateau et que le vent d’ouest manque de me jeter à terre. Je respire à pleins poumons cette odeur de terre et de sel mêlés, si typique de la Patagonie, et elle me lave de l’intérieur. »

 

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