L’héritage des espions ***

P_20180602_164251« L’héritage des espions » est le dernier livre de John Le Carré, considéré comme le maître du roman d’espionnage. En rouvrant après quelques décennies le dossier ‘Windfall’ qui était au cœur de ‘L’Espion qui venait du froid’, l’auteur convoque une fois de plus son double littéraire, George Smiley, dont l’ombre plane au-dessus de l’intrigue – car George a disparu, et d’ailleurs est-il toujours vivant ?

L’histoire

Le narrateur, Peter Guillam, est un ancien agent des services secrets britanniques, placé à l’époque de la Guerre Froide sous les ordres de George Smiley. Retiré en Bretagne, il est subitement convoqué en Angleterre pour s’expliquer sur la mission ‘Windfall’, durant laquelle son collègue Alec Leamas, ainsi qu’une certaine Liz Gold, ont trouvé la mort. De fait, les descendants des disparus ont mené l’enquête, ils réclament la vérité – et incidemment, des dédommagements substantiels.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

John le Carré a aujourd’hui 86 ans, il est à l’heure des bilans et « L’héritage des espions » a un petit arrière-goût de nostalgie, alors que surgit la question de la transmission et du choc des générations: si Peter Guillam et George Smiley étaient intimement convaincus de défendre une juste cause, comment la Guerre Froide, avec son folklore et ses victimes, peut-elle être décryptée aujourd’hui par ceux qui ne l’ont pas vécue? John le Carré nous montre une jeune génération (incarnée par les ‘enquêteurs’ Bunny et Laura, ou encore les ‘héritiers’ Gustav et Christoph) pragmatique, plus intéressée par l’argent que par les valeurs d’héroïsme et de patriotisme. Il leur faudra pourtant bien comprendre que le fameux ‘facteur humain’ pouvait, dans les années soixante, influencer le cours des évènements dans un monde où la technologie n’avait pas encore pris le pouvoir.
En mêlant passé et présent, John le Carré adresse ainsi à ses lecteurs une sorte de testament littéraire, avec ce style si particulier, précis et légèrement humoristique, teinté d’auto-dérision, avec cette multiplicité de personnages, comme pour brouiller les pistes, tenter de nous manipuler nous aussi une fois de plus – avant de s’éclipser du grand ‘Cirque’ dans une ultime pirouette.

Poursuivre la déambulation

En refermant le livre, on n’a qu’une envie : reprendre ‘L’espion qui venait du froid’, puis relire une nouvelle fois ‘L’héritage des espions’ – car on est loin d’avoir percé tous les secrets de Windfall au terme d’une première lecture !
John le Carré a reçu la visite de François Busnel pour la sortie de ce livre, ce qui a donné lieu à une interview vraiment très émouvante, durant laquelle Le Carré se livre sur son enfance, son passé d’espion, la littérature, Trump, le Brexit, et bien d’autres sujets. La vidéo dure une vingtaine de minutes, et c’est par ici !

Extrait

« Je suis mon propre conseil d’être prodigue en menus détails. Garde le reste bien verrouillé dans ta mémoire et jette la clé. »

« Et tout cela fait rire gaiement Tulipe (un peu trop gaiement, mais je ne le dis pas non plus à Bunny et Laura), et elle le rappelle d’un geste, allez reviens maintenant mon chéri, et laisse le gentil camarade tranquille.
Mais Gustav ne veut pas laisser le gentil camarade tranquille, ce qui constitue l’argument central de mon récit humoristique à Bunny et Laura. Gustav, enfant effronté s’il en est, a complètement dévié du scénario. Il a l’impression d’avoir conclu un marché avec le gentil camarade, bonbon contre coquillage, et il a besoin de faire la connaissance de son nouveau partenaire commercial sur le plan social et économique. »

« Quand la vérité vous rattrape, ne jouez pas les héros, filez. »

« Vous êtes tous des malades, vous les espions. Vous n’êtes pas le remède, vous êtes la putain de maladie. Des rois de la branlette qui jouent à leurs petits jeux de branleurs en se prenant pour les plus grands cerveaux de l’univers. Vous êtes des moins que rien, tu m’entends ? Vous vivez dans l’ombre parce que vous n’êtes pas foutus de supporter la lumière du jour. »

 

Une réflexion sur “L’héritage des espions ***

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