Lucia et l’âme russe***

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« Lucia et l’âme russe » est un roman de Vladimir Vertlib, un auteur d’origine russe qui vit maintenant en Autriche. De fait, métaphoriquement, on verra dans ce livre ‘l’âme russe’ prendre possession des habitants d’un quartier de Vienne – où comment le récit, l’émotion brute, la magie et un peu de chaos peuvent venir épicer et infléchir le cours d’une société sclérosée par les procédures et la bien-pensance.

L’histoire

Lucia, une octogénaire, vit seule à Vienne, dans un appartement qu’elle a toujours occupé. Encouragés par le propriétaire de l’immeuble, Willy, qui voudrait se débarrasser des habitants historiques du bâtiment pour entreprendre un programme immobilier, des squatteurs, migrants et SDF envahissent progressivement les lieux. Pourtant Lucia est bien décidée à rester chez elle jusqu’à sa mort; elle trouve un allié et se lance à la recherche d’une certaine Elisabeth, qui pourrait bien l’aider à contrer les desseins de Willy…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher!

Pourquoi le lire

Vladimir Vertlib réussit un portrait très convaincant de cette vieille dame ‘indigne’, qui a vu les transformations de son quartier au fil des évènements historiques et politiques du XXème siècle, et qui aujourd’hui décide de se battre, malgré le poids de l’âge, la vulnérabilité, la fatigue, et bien sûr une résistance à adopter les nouvelles technologies. Au travers de multiples situations souvent burlesques, Vertlib pointe au fil des pages des symptômes du mal-être d’une société autrichienne pourtant favorisée. A cet égard, le récit d’Alexander sur les évènements terribles ayant mené à son départ de Russie forme un contre-point glaçant aux petites misères des pays occidentaux. Pourtant, c’est bien à la fameuse ‘âme russe’, qu’il faudra faire appel pour espérer un heureux dénouement, et la folie, l’irrationnel, qui surgissent par petites touches à peine perceptibles tout au long du livre, s’embrasent et prennent le pouvoir lors d’une scène finale d’anthologie – quand, dans l’espace clos d’une salle de spectacle, Vertlib met en scène avec virtuosité le choc de la réalité et de la fiction.

Poursuivre la déambulation

Je ne peux pas clôturer cette chronique sans évoquer l’immense ‘Maître et Marguerite’ de Boulgakov, que je place au sommet de mon panthéon littéraire personnel, et dont l’influence sur ‘Lucia et l’âme russe’ est évidemment palpable.  Vous avez jusqu’au 10 juin pour en découvrir l’adaptation au théâtre de la Tempête, dans une mise en scène d’Igor Mendjisky. J’avais été totalement bluffée par celle de Simon McBurney en 2013.
Mais pouvons-nous vraiment espérer comprendre l’âme russe ? J’en doute ! Dans le formidable roman d’Owen Matthews ‘Moscou Babylone’, le héros, Roman Lambert, en fait la douloureuse expérience…

Extrait

« Cette nuit, je n’ai pas réussi à dormir, j’ai bien essayé de m’oublier, de me réfugier à l’intérieur de moi-même, en esprit je montais et descendais les escaliers, une course sans fin, croisant sur mon passage les moutons légendaires qui riaient de ma détresse, avec cet air à la fois stupide et sagace qui est propre aux moutons, mais à peine avais-je atteint le seuil de la somnolence que le tintamarre insupportable venants d’en bas me ramenait à l’amère réalité de l’état de la veille. Ca bourdonnait, ça martelait, ça criait de joie, ça hurlait, ça cliquetait, on aurait dit que les sinistres organisateurs du bal de Satan et du sabbat des sorcières s’étaient réunis pour faire la fête, et avaient invité tous leurs amis à cette gigantesque nouba par le truchement d’une espèce de Facebook infernal. »

« Polina ! Tu ne peux pas nous quitter maintenant ! Ce serait le comble ! Nous, on va continuer de souffrir dans ce pays de merde et toi, tu seras en train de te la couler douce dans le plus grand des centres commerciaux qu’on appelle le paradis.  »

« -Comme d’habitude Maestro, comme d’habitude, c’est-à-dire rien de particulier : ces personnes sont venues ici pour se divertir, faire des expériences, sortir de leurs limites, en apprendre plus sur eux-mêmes et leurs semblables, faire des expériences qui vont bouleverser leur existence, nous confier leurs secrets les plus honteux, puis rentrer chez eux ébranlés, troublés, désorientés, un peu traumatisés, rongés par le remords, et démarrer une nouvelle vie. »

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