L’autre voie – Après l’aristonomie **

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« L’autre voie » de Boris Akounine est la suite tant attendue de ‘Aristonomia’, qui, souvenez-vous, m’avait beaucoup plu. J’ai été vraiment déçue par ce second volume de la trilogie, qui aurait aussi pu s’intituler ‘L’amour au temps des soviets’…; l’ensemble manque de souffle romanesque et d’originalité, quel dommage !

L’histoire

Moscou, 1926. Certes on retrouve Anton Kloboukov, désormais anesthésiste , mais l’histoire est centrée sur le personnage de Mirra, une jeune femme sincèrement engagée pour l’instauration du régime communiste dans son pays; elle habite une minuscule chambrette avec son amie Lida, et se destine à la chirurgie. Que ce soit à propos de l’amour ou de la politique, Anton et Mirra n’ont pas nécessairement les mêmes convictions, ils vont donc mettre un petit moment à se tourner autour, avant – fatalement- de tomber amoureux.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Contrairement au précédent volume qui s’apparentait à un roman d’apprentissage, ou même d’aventures, celui-ci met la focale sur les femmes ; les destins et l’amitié de Lida et Mirra sont touchants, et indéfectiblement liés au contexte historique et idéologique dans lequel elles évoluent. Leur candeur de jeunes femmes dans ce pays ‘nouveau’ vient parfois se heurter à de dures réalités. Mais Mirra, malgré les épreuves, se révèle forte et déterminée – féministe avant l’heure.
La construction du livre est identique à ‘Aristonomia’ : le récit, toujours introduit par une photographie énigmatique en début de chapitre, alterne avec le fameux ‘cahier à petits carreaux’ où Anton note ses réflexions personnelles. L’Autre Voie, c’est l’amour, et après de longues considérations sur ce sujet mille fois traité, l’auteur tente de faire converger les deux concepts (Aristonomie et Amour). Mais tout ce processus reste somme toute assez artificiel, je suis restée sur ma faim, et surtout je me demande bien quel sera le thème du troisième (et ultime) volume.

Poursuivre la déambulation

‘L’autre voie’ donne envie de retrouver ces romans d’amour tellement puissants dont les russes ont le secret, et de se ruer sur ‘Anna Karénine’ de Tolstoï ou ‘Le Docteur Jivago’ de Pasternak !
J’ai repensé aussi à ma lecture récente de ‘Berlin Alexanderplatz’, dont l’action se situe à peu près à la même époque, à Berlin. Il est intéressant de noter que si le contexte politique est un élément-clé du récit de Boris Akounine, il n’est pas vraiment prégnant dans le roman de Doblin.

Extrait

« A l’exception des fanatiques de tous bords, les croyants et les athées se regardent comme des gens légèrement toqués. On se dit qu’Untel a l’air normal, mais qu’il a une fêlure quelque part et qu’il vaut mieux ne pas y toucher pour éviter tout malaise. On peut parler de tout sauf de Dieu. Mais une chose est sûre : l’une des deux catégories est forcément dérangée. Ou bien Dieu existe, et les athées devront supporter éternellement les tourments de l’enfer, ce que ces imbéciles ne comprennent pas. Ou bien l’enfer et le paradis n’existent pas, auquel cas les croyants ne sont que des clowns qui font des mouvements insensés de croix avec la main et de la gymnastique à genoux. »

« Je me disais : voilà comment j’aimerais vivre si je le pouvais. Etre dégagé des soucis matériels, des obligations. Exister seul à seul avec ses pensées. Sans se soucier du regard des autres. Et surtout : ne pas avoir de ces attaches qui rendent faible et peureux. »

« Franchement, on n’est plus sous l’ancien régime. Les femmes et les hommes soviétiques, citoyen Kloboukov, sont égaux en droits. Egaux, ça veut dire moitié-moitié.
Pour mettre en pratique sa belle idée, Mirra coupa l’espace en deux parties égales. Elle prit un morceau de craie dont elle avait, l’été d’avant, blanchi ses souliers de toile, et traça la démarcation au sol, d’un mur à l’autre. ‘ La moitié gauche sera la mienne, et la droite, la tienne. Les parties communes resteront communes, cela tombe sous le sens. Quant à ce bureau, nous le partagerons équitablement, en tant qu’outil de production.’ « 

 

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