Scherbius (et moi)***

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« Scherbius (et moi) » est le onzième roman d’Antoine Bello, qui, au travers du témoignage de Maxime Le Verrier, psychiatre, explore avec virtuosité les arcanes du cerveau d’un affabulateur de génie, imposteur insaisissable et terriblement séduisant…mais qui est vraiment le diabolique Scherbius ?

L’histoire

Le récit de Le Verrier commence en 1978, lorsqu’on lui adresse un patient, Scherbius, qui s’est fait cueillir se faisant passer pour une personnalité officielle venue accueillir un dignitaire africain à l’aéroport de Villacoublay (!). Scherbius lui raconte sa vie (rocambolesque), marquée par un passage au monastère Notre-Dame d’Acey, une tournée triomphale des lycées de Lorraine, et mille petits boulots sous des identités toujours différentes. Scherbius a une mémoire phénoménale et un don pour les chiffres – ça aide. Sur la base de ces entretiens, Le Verrier finit par diagnostiquer un ‘TPM’ (Trouble de la personnalité multiple), une affection mal identifiée à l’époque, mais qui grâce à son témoignage, gagne ses lettres de noblesse et lui vaut une reconnaissance unanime de la profession. Enfin, c’est mal connaître Scherbius que d’imaginer qu’il va se laisser coller une étiquette de TPM, et mettre fin à ses entourloupes…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher!

Pourquoi le lire

La première partie, très documentée sur l’histoire des maladies psychiatriques, nous révèle un Le Verrier professionnel, empli de confiance et engagé dans une démarche scientifique. Suite à cette introduction qui regorge d’anecdotes savoureuses sur la vie supposée de Scherbius, surgit tout à coup un second livre, plus court, qui vise quelques années plus tard, à faire une mise au point sur la première édition…et ainsi de suite, tels des repentirs en peinture, jusqu’en 2004, date de la sixième (et ultime) édition. Ce montage audacieux permet à Antoine Bello de mettre en lumière l’évolution chronologique, sur plus de vingt ans, des rapports entre les deux personnages. Plus on progresse dans le roman, et plus la narration se fait introspective et intime; on sent que les convictions scientifiques de Le Verrier en début de carrière ont été passablement ébranlées, et que désormais, il s’intéresse à l’homme Scherbius, plutôt qu’au patient. Le livre se termine sur un feu d’artifice de références littéraires, et on le referme épaté par ce souffle romanesque, cette construction, cet imaginaire foisonnant, pourtant basé sur des références (a priori?!) bien réelles.

Poursuivre la déambulation

Scherbius (et moi) est à mon avis l’un des meilleurs romans d’Antoine Bello à ce jour. Je vous avais d’ailleurs déjà fait part de mon engouement pour cet auteur ! (par ici !). A de multiples reprises me sont revenues durant la lecture des images des génialissimes scènes finales du film ‘Usual suspects’ avec Kevin Spacey. On pense évidemment aussi à ‘Catch me if you can’ de Steven Spielberg avec Leonardo DiCaprio, ou encore à ‘Un héros très discret’ de Jacques Audiard avec Mathieu Kassovitz.
Alors cher Antoine, quand verrons-nous des adaptations de vos livres (et de Scherbius en particulier) au cinéma?

Extrait

« On trouve dans ces affaires, et dans la dernière en particulier, ce cocktail d’audace et d’irrévérence qui constitue la marque de fabrique de Scherbius. Ils sont nombreux à pouvoir échafauder ce genre de scénarios, plus rares à oser les mettre en pratique; lui seul les exécute avec un tel brio. »

« J’ai noté plus haut que Scherbius s’est transformé en crapule le jour où je le déclarais honnête, puis en Casanova après que j’eus exprimé des doutes sur sa sexualité. Il est tentant de voir dans ce contre-pied systématique une manifestation de sa volonté d’échapper à toute tentative de le définir. Se connaissant mieux que personne, il s’estime le seul habilité à raconter son histoire. »

« Ses déplacements semblent n’obéir à aucune logique. Qu’il erre dans le désert de Gobi ou se fonde dans la foule tokyoïte, on dirait qu’il se cherche et se fuit à la fois. Car cet homme, qui abrite une armée sous son crâne, est absolument, irrémédiablement, seul. Il n’a pas de semblables, tout au plus des congénères. »

2 réflexions sur “Scherbius (et moi)***

  1. Bonjour Cornelia,
    Je suis moi-même en train de lire le dernier Bello et je suis happé par le texte !
    Décidément, cet auteur est un génie du mensonge qui sait se renouveler tout en restant fidèle à son domaine de prédilection.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: 1 an déjà, HAPPY BIRTHDAY Cornelia ! | Cornelia

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