Au nord…au sud…à l’ouest…à l’est…***

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« Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau » est le très long titre du très court texte de Laszlo Krasznahorkai…Un auteur hongrois qui produit un roman ‘japonais’, il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité !

L’histoire

Le petit-fils du Genji a pris le train tout seul pour aller visiter un temple où se trouverait un merveilleux jardin. Il accède difficilement à ce lieu presque mythique, chargé d’histoire, et traverse dans une sorte de transe les différents espaces.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Vous l’aurez compris, il n’y pas vraiment d’intrigue, puisqu’il s’agit bel et bien d’une déambulation poétique et lente à travers le temple, sur les pas du jeune garçon. Le titre, archi-long dans sa traduction française, (un peu moins dans l’original en hongrois), est un indice fort de ce qui vous attend : des phrases de plusieurs pages, qui forment 50 courts chapitres, en somme on est aux antipodes du haiku, même si l’envoutement des mots procure finalement le même type d’état hypnotique, un détachement progressif, un abandon aux images, aux sensations, à la contemplation. Le voyage se fait à la fois à travers l’espace (avec une description extraordinairement précise des lieux) et à travers le temps (par l’évocation de leur présence millénaire). L’histoire se termine, le livre se referme, comme une parenthèse de calme et de quiétude, qui n’était peut-être après tout qu’un songe.

Poursuivre la déambulation

Quelle surprise que ce petit livre, incroyablement poétique et tellement différent de l’ouvrage ‘Guerre et Guerre’ du même Krasznahorkai, que j’avais trouvé bien indigeste et assez soporifique. ‘Seiobo’, un recueil de nouvelles, qui vient tout juste de sortir en France me tente assez ! Côté cinéma, Krasznahorkai a collaboré avec Belà Tarr, et si vous aimez le cinéma contemplatif, vous apprécierez sans doute ‘Les harmonies Werckmeister’ ou ‘Le cheval de Turin’.
Enfin je garde un très bon souvenir de la lecture du roman de Philippe Forest, ‘Sarinagara’, une pérégrination poétique à travers différentes époques, au Japon.

Extrait

« …mais en réalité il ne pouvait rien manquer puisque l’itinéraire de la visite reposait sur une invitation au recueillement spirituel, et était donc guidé par un caprice, un caprice vaporeux, immatériel, ludique, et léger, un caprice doté d’une capacité d’improvisation hors du commun, mais qui ne commettait aucune erreur, un caprice dont le produit, ce splendide monastère, offrait l’aspect, si on le jugeait rapidement et superficiellement, d’un conglomérat confus d’éléments disparates assemblés pêle-mêle, telle une immense meule, … »

« Car ce Bouddha n’était pas plus haut qu’un enfant de trois ans, et était si frêle, si fragile, qu’il semblait avoir lui-même grand besoin de protection, et il ne trônait pas sur une feuille de lotus mais se tenait dans une boîte dorée, comme s’il n’était ici que de passage, pour un court instant, et la noble et insondable tristesse qui habitait son regard, et le fait qu’il eût la tête tournée, tout cela laissait présager un tel vent de scandale que les dignitaires de la secte, dans les semaines qui suivirent l’inauguration, décidèrent d’aller chercher le document, existant ou pas, qui expliquait clairement ce qui s’était passé, à savoir que le Bouddha avait été charmé par la puissance et la beauté des paroles d’Eikan, un prodigieux orateur, et qu’il avait bougé la tête pour se retourner vers lui, et était resté figé dans cette position, pour toujours, témoignant ainsi que la beauté de la parole, quand elle était associée à la vérité, était irrévocable, … »

« Sur l’une des façades de la cabane, quelqu’un avait cloué treize poissons d’or; ils pendaient là, inertes, leurs écailles avaient déjà perdu de leur éclat.
Les clous avaient été plantés à travers leurs yeux. »

Une réflexion sur “Au nord…au sud…à l’ouest…à l’est…***

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