Le Monde des hommes **

Le monde des hommes

« Le Monde des hommes » est le premier volet de la quadrilogie (‘Buru Quartett’) de Pramoedya Ananda Toer, dit ‘Pram’, présenté sur le bandeau du livre comme ‘le plus grand écrivain indonésien’. L’auteur a passé un quart de sa vie en prison pour des raisons politiques; pendant sa détention, il a raconté cette histoire à ses compagnons d’infortune, avant de la consigner par écrit à sa libération, en 1975.

L’histoire

A Surabaya sur l’île de Java, Minke est un jeune et brillant étudiant ‘indigène’ ; il est un jour invité dans une très belle propriété, tenue de main de fer par Nyai, la concubine javanaise d’un néerlandais. Leur fille, Annelies, qui est donc métis, est d’une beauté absolue. Minke en tombe aussitôt amoureux. Ignorant délibérément les mises en garde, il ne tarde pas à s’installer dans la maison. Mais le passé ressurgit, et les embûches ne tardent pas à se multiplier sur son chemin.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Ce livre décrit avec une multitude de détails les ‘Indes Orientales’ (ancêtres de l’Indonésie) à la fin du XIXème siècle. Si l’on y retrouve certaines caractéristiques propres aux organisations coloniales, il est frappant de constater à quel point cette société est alors strictement segmentée entre les ‘pur-blancs’ (sic), les ‘métis’, et les indigènes ; tout ce petit monde parle néerlandais, javanais, malais – selon les circonstances. Le sort des femmes ‘nyai’, concubines forcées des occidentaux, est largement évoqué au travers du personnage de Nyai Ontosoroh, une femme éduquée, travailleuse, qui tient les rênes de l’entreprise familiale et devrait susciter un respect mêlé de crainte et d’admiration – mais n’aura jamais d’autre statut que celui, méprisable, d’une ‘nyai’. J’ai été intéressée par la description de cet univers, et par le jeu de pouvoir entre les institutions (justice, police, école) et la presse écrite. En revanche, le style est d’une platitude absolue, et l’intrigue en elle-même ne m’a pas vraiment tenue en haleine, il est vrai qu’il ne s’agit que du premier tome et beaucoup de questions restent évidemment en suspens à la fin.

Poursuivre la déambulation

Figurez-vous qu’il n’est pas évident du tout de trouver des passerelles, car la littérature et le cinéma indonésien ne sont pas fortement diffusés dans nos contrées. Il m’est toutefois revenu le souvenir d’un récit assez drôle, ‘L’anthropologie n’est pas un sport dangereux’ de Nigel Barley, où l’auteur raconte ses pérégrinations sur l’île de Sulawesi.
Reste alors une autre solution pour en savoir plus, l’exploration des collections permanentes d’objets indonésiens au musée du quai Branly, avec comme toujours une présentation qualitative, un éclairage adéquat, et des explications passionnantes !

Extrait

« -On croirait une histoire tirée des Mille et Une Nuits. Pensez, elle trouve plus convenable qu’on l’appelle Nyai ! Je crois que c’est pour affirmer son désir de vengeance. Mais c’est vrai que nyai est le terme qui convient pour la concubine d’un non-indigène. Elle n’aime pas qu’on la traite avec une délicatesse particulière; Elle s’en tient fermement à la position qui est la sienne avec une grandeur mêlée de ressentiment. »

« Tout le monde, dans la haute société, connaît la tragique histoire de Monsieur Mellema et de sa concubine, à l’exception, peut-être, d’Annelies. Sans en avoir conscience, Nyai a fait de sa fille un individu de second plan. Les initiatives émaneront toujours de sa mère, sous forme d’ordres impossibles à discuter. Quelle tristesse pour cette belle enfant. Sa psyché est troublée. C’est sous le crâne de sa mère qu’il faut chercher son esprit. »

« Les Européens sont libres d’acheter des femmes indigènes, exactement comme j’ai été achetée. De telles transactions sont-elles plus convenables que l’amour ? Si les Européens peuvent agir impunément de cette façon, comment se fait-il qu’un indigène devienne un objet de sarcasme parce qu’il vit un amour pur ? N’est-ce pas parce que la richesse et la puissance font toute la différence ? ».

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